‹ Maurice de Guérin, d'après des documents inéditsChapitre 6 sur 141 · LES ANNEES D ETUDES · texte numérisé non relu

LES ANNEES D ETUDES

d'esprit et d'un goût très vif pour les idées générales, il chercha à étendre sa culture dans des directions assez variées. Plusieurs fréquentations précieuses, de grandes lectures, beaucoup de réflexions et de rêveries l'aidèrent à développer son intelligence et sa sensibilité d'une manière libre et originale. Toutefois, les soucis matériels, l'inquiétude du lendemain, le travail même, très rude, de ses répétitions, et aussi une certaine indécision de caractère, contribuèrent à gêner cette expansion et à lui faire connaître d'assez fréquents moments de tristesse et de découragement.

Il assista, à Paris, à la Révolution de 1800. En juillet i83i, nous le retrouvons au Cayla. Après les vacances, il reprit dans la capitale sa vie de labeur et de méditation, que venaient égayer de temps à autre quelques sorties mondaines. Il suit, avec une attention passionnée, les polémiques de ÏAvenir et insère même dans ce journal une pièce de vers et quelques articles. D'avril àoctobre 1882, Maurice passe environ sept mois au Cayla et dans la région albigeoise; il y écrit les premières pages de son Journal. Dans le courant de décembre, après un court séjour à Paris, il se décide à gagner la Bretagne et à s'installer à la Chênaie, chez Lamennais, où il retrouve quelques jeunes gens, épris comme lui de haute culture et de recueillement. Quand Guérin arriva dans cette retraite unique au monde, l'heure était des plus, décisives pour le maître dont il allait subir pendant neuf mois le charme et l'autorité incomparables. C'est à cette

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époque que commence la rédaction continue du Journal ou Cahier vert. Dans cette « solitude parmi les solitudes », le travail était sérieux et sans distractions. M. Féli — c'est le nom familier donné par ses disciples à M. de La Mennais (par abréviation de son prénom Félicité) — jeta d'emblée le nouvel arrivant dans les langues vivantes, en commençant par l'italien, et en même temps dans la philosopbic catliolique et l'histoire de la philosophie. Maurice lut enchanté d'apprendre les langues modernes : « Elles sont, écrivait-il, un puissant instrument de science, et puis cette étude ouvre des littératures dont la connaissance décuple les forces et le plaisir de la pensée. )) En môme temps, il se mit au grec. Dante, Shakespeare, Gœthe, Herder et la culture allemande, Byron, Victor Hugo lui furent révélés pendant son séjour sous le toit de Lamennais. Pareillement, il s'initia à l'histoire, notamment à celle des Républiques italiennes, aux travaux de Niebuhr, voire même à la politique générale, sans parler de la physiologie végétale qu'il étudiadans CandoUe. Quelques excursions àDinan, à l'abbaye de Léhon, à Saint- Malo, à la Brousse, lui firent connaître certains des plus beaux aspects de la nature bretonne.

Les conversations du maître du lieu « qui valaient des livres, mieux que des livres », lui furent d'un secours inappréciable. Il ne semble pas, au reste, que M. Féli ait deviné chez son nouveau disciple les dons exceptionnels que la postérité devait admirer en Maurice et que presque personne ne réussit

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