UN PLAN D AVENIR 1 4 I
blissement de ces souvenirs. Ce parfum ne périra qu'avec le vase où il est attaché.
Adieu encore. Mille amitiés vraies à Paul, Amédée, François. Mes remerciements bien sincères à vos bons serviteurs.
Paris, ce 8 avril i83G.
A SON Père.
Je suis sorti des incertitudes où vous me croyez encore : mon choix est arrêté, je serai professeur. Quand ? je ne sais ; je me présenterai à l'agrégation l'année prochaine, et je déborderais de science classique que je ne pourrais m'offrir avant, attendu qu'il faut avoir porté deux ans le titre de maître d'étude et que le mien ne date que du commencement de cette année-ci. Triompherai-je à la première épreuve .^ C'est douteux. La plupart échouent ; mais cela ne tue pas un avenir : il y aura toujours un jury d'examen, je serai toujours là pour revenir à la charge et il se présentera toujours quelques leçons dans Paris pour me faire subsister jusqu'à ce que j'emporte la place. Je viens de vous tracer en raccourci tout le plan de mon avenir ; il est basé sur l'opiniâtreté d'une volonté bien établie, renforcée par le besoin, je ne connais pas de meilleure garantie.
(Extrait.)
32 mai i836.
A so> Père.
— Vous me croyez donc toujours de ïécole et endurci dans Vhéi-ésie ? Je serais fort fâché que mon attachement aux écoles, systèmes, petites rebellions, réformes au petit pied, apocalypses républicaines, etc., eût la cent millième partie de la force de la persuasion où vous êtes que je suis encore une de leurs dupes les plus ferventes. Voilà, je crois, la seconde fois que je me défends formellement d'appartenir au collège des apôtres
l'l2 MAURICE DE GLEUIN
do M. do Lamennais ; me forcerez-vous de renier trois fois comme Saint-Pierre ? Quatre et cinq, si vous voulez ; je ne sortirai pa^ au chant du coq pour pleurer amèrement.
(Extrait.)
Paris, 17 décembre i83G.
A Paul Quempf.r.
Votre lettre, mon cher Ami, a rappelé ma pensée du milieu de l'Océan où elle s'attachait à suivre votre sillage. Du charme triste que j'avais à vous faire, dans ces lointains, un secret cortège de tout ce que le cœur engage sur les traces de ceux que nous aimons et qui nous sont ôtés, me voilà rejeté sur le rivage et contraint de trouver fâcheux que vous soyez encore si près de moi. Ma part est d'autant plus grande dans l'incomparable ennui que vous soulTrcz, que votre absence va s'accroître de tous ces relards ; et quels mécomptes plus cruels que ceux qui surviennent dans l'attente d'un retour ? — Me voici au moment d'exécuter mon grand projet de retraite et de travaiP, mais que d'embarras et dans quels misérables réseaux le sort se plaît à tenir nos pieds empêchés ! L'emprunt d'où j'attends ma délivrance souffre mille diiricultés : les prêteurs sont rares en ce moment, un seul jusqu'ici et qu'on ne fait encore qu'entrevoir. Voudra t-il se prêter aux conditions que je proposerai et hors desquelles je ne dois pas m'engager ? Faut-il emprunter la subsistance de deux ans ou d'un seul ? Les chances de mon succès valentelles le sacrifice que je vais leur faire? Toutes questions encore à résoudre et dont le nœud est terriblement serré. J'ai écrit à mon père qui consent à contresigner ma dette, mais ce n'est pas, comme vous pensez bien, de la meilleure grâce du monde, C'est un point bien fâcheux dans l'accomplissement de mon dessein qu'il me faille ainsi aliéner derechef mon indépendance, car en se portant caution pour moi dans cet emprunt, mon père acquiert des droits d'examen sur l'usage que j'en
I. II voulait se présenter à l'agrégation pour le professorat.