LA. VIE SOUS LES CAMPAGNES
Enfin, après avoir entendu une symphonie, il fait cette confession :
« Ma tête est dégarnie de fantômes que les sons y avaient assembles, Virgile, Le Poussin, Claude Lorrain, et de plus doux encore : je suis rentré dans ma solitude.
« Vous savez ce que j'aime dans ma pensée, sous quelles préoccupations je me plais à placer mon esprit : la vie étendue sous les campagnes, des sens tirés au gré de ma fantaisie du nombre infini des apparences, des rapports menés d'un objet à l'autre non par le raisonnement mais par le caprice ou je ne sais quel instinct ; enfin, comme ce berger qui voyait les eaux courir dans l'épaisseur du sol comme il eût fait à travers le cristal le plus pur, mon imagination est attentive à mille scènes qui se passent, dit-elle, sous l'impénétrabilité de la matière. La symphonie d'hier n'a-t-elle pas chanté tout cela ? mais sur ce large fleuve chacun pouvait lancer son navire et le voir voguer les voiles pleines. » (7 juin.)
Et cette analyse du secret de sa nature :
« Froid et enthousiaste ; examen et imagination. Pas de beauté humaine vivante qui ait échappé aux redites après la chaleur du premier regard. Découverte immanquable de quelque attitude, mouvement de traits, geste ou façon, qui désenchante et gâte tout l'idéal. La beauté se dément toujours par quelque endroit. Courte admiration, amour impossible. Esprit mécontent, disposition à la satire triste et amère, dominée par un amour et une puissance extraordinaire pour l'idéal. Chutes subites de l'enthousiasme ou de la gaîté par des traits connus de moi seul. »