CHAPITRE PREMIER
Les sources sont les puissances de vie qui émanent des régions profondes. Là, elles coulent dans le mystère et accomplissent un travail secret ; mais elles se déclarent, par des manifestations soudaines, devant les événements importants de la vie.
Ces événements sont révélateurs de sources parce qu'ils montrent les réactions de la personnalité devant les apparitions du destin. Donc, en négligeant les détails qui ne se construisent pas en pensées, nous éviterons les longueurs de la curiosité inutile ; mais, en signalant les faits essentiels de l'existence de Maurice de Guérin, nous serons préparés à définir sa qualité d'âme.
Les révélations de la vie annoncent les tendances de l'œuvre. Les souffrances de l'homme déterminent les inspirations de l'artiste. L'art, c'est la vie méditée, et le monument élevé par le génie est la collaboration de ses douleurs et de ses joies, de sa tristesse et de sa force.
Zyromski. — Maurice de Guérin. i
Maurice de Guérin, comme Lamartine, a grandi parmi les pasteurs. Il passa les onze premières années de sa vie (1810-1821) au château du Cayla, près d'Andillac, dans le Tarn. Enfance solitaire ! Enfance errante dans une solitude inviolée ! Enfance mêlée au cœur de la terre natale et fondue dans l'âme de son vallon ! Ainsi cet amant de la nature, ce prêtre du culte de Cybèle, ce compagnon de Diane et des Nymphes, ce frère du Centaure et de la Bacchante s'est développé à l'ombre des bois et dans le murmure des sources. Donc il conviendra de définir l'action inspiratrice du paysage familier, l'harmonie virgilienne de son vallon, l'abondance des effets d'horizon sur les coteaux qui ondulent, le silence et la solennité de la forêt de chênes.
Eugénie nous a laissé les aveux les plus touchants sur l'enfance de son frère, — enfance illuminée par les joies de l'aube et visitée par les dieux. « Tout enfant j'aimais à t'entendre. Avec ton parler commença notre causerie. Courant les bois, nous discourions sur les oiseaux, les nids, les fleurs, sur les glands. Nous trouvions tout joli, tout incompréhensible, et nous nous questionnions l'un l'autre. Je te trouvais plus savant que moi, surtout lorsqu'un peu plus tard tu me citais Virgile, ces églogues que j'aimais tant et qui semblaient faites pour tout
ce qui était sous nos yeux. » Plus précieuse encore est cette remarque sur les manifestations du génie fraternel, dans les premiers élans de l'imagination vers la beauté du monde. « Maurice était un enfant imaginatif et rêveur. Il passait de longs temps à considérer l'horizon, à se tenir sous les arbres. Il affectionnait singulièrement un amandier sous lequel il se réfugiait aux moindres émotions. Je l'ai vu rester là, debout, des heures entières... Il écoutait longuement les bruits de la nature... Une de ses jouissances, c'était encore d'improviser en plein air... Il y a dans les bois du Cayla, sous un enfoncement, une grotte taillée en forme de chaire, où il montait et qui fut appelée pour cela la chaire de Chrysostome. Maurice avait toujours ses sœurs pour auditoire. »
On aime à suivre Eugénie et Maurice dans ces jeux de l'enfance, parmi les charmes de la vallée. On se plaît à écouter les mutuelles confidences des âmes qui se rapprochent, et on s'assure que cette affirmation de Barbey d'Aurevilly traduit avec exactitude la fidélité des souvenirs fraternels. « C'est dans ces contemplations, dans ces promenades et ces repos, aux bois et dans les plaines, qu'Eugénie étreignit si bien l'âme de son frère que cette âme et la sienne ne perdirent plus la marque de cette vive étreinte. » Le Journal d'Eugénie apporte le témoignage de cette fusion merveilleuse. C'est pourquoi, en décrivant l'existence du frère, la pensée
de la sœur se lève en nous et se mêle spontanément
à notre récit.
A onze ans, Maurice est envoyé à Toulouse au petit séminaire de l'Esquile. Taciturne et mélancolique, il écouta la parole de ses guides et suivit leur discipline façonnée par la sagesse des sages. Quel honneur pour ces maîtres d'avoir entrevu et respecté la qualité de cette âme de choix ! Quelle gloire pour ces murs vénérables d'avoir abrité un si beau génie !
Après le séjour pacificateur du collège provincial, l'existence plus agitée du collège parisien. De 1824 à 1829, nous retrouvons Maurice à Stanislas. Trop éloigné des siens et déjà offert à la souffrance, il regrette le vagabondage enivrant dans les sentiers d'Andillac. Sa sensibilité se meurtrit dans l'évocation des beaux souvenirs et il fait entendre dans ses lettres la plainte d'un petit romantique. Mais il écarte vite les attitudes à la mode, la mise en scène de Chateaubriand, le pittoresque illusoire de la mélancolie byronienne. Cet enfant, qui voudrait vivre dans l'amitié des arbres et des fontaines, ressent les premiers ravages de la nostalgie. Son esprit est comme égaré ; et son goût de la nature, obéissant à l'exaltation qu'amène la contrainte, développe ses longues et tenaces racines. Pendant ce temps, Eugénie, qui reçoit l'aveu de ces premiers chagrins,
s'inquiète et sa tendresse devient plus ardente. Dans les souffrances de l'internat toujours odieux aux âmes tendres et justes, il évoquait celle qui avait consolé son enfance et qu'il ne voyait plus. Il aimait à se réconforter au souvenir de sa tendresse et dans l'admiration de ses talents, car Maurice remarqua vite cette grandeur émouvante et secrète qui se retenait sous la grâce de la modestie. Rappelons cette lettre, écrite à 19 ans, le 7 janvier 1829 : c'est le plus délicat hommage à des mérites qui se dérobent et que le frère est heureux de mettre en lumière : « Je pense, ma chère Eugénie, avoir deviné ton âme, et voici l'idée que je m'en fais. Écoute : il est un sentiment qu'on a tourné en ridicule à cause de l'abus qu'on en a fait et parce que beaucoup de personnes qui n'en étaient pas susceptibles ont voulu cependant en faire montre pour se mettre à la mode : ce qui est devenu par là minauderie et affectation. Ce sentiment, c'est la mélancolie. Mais il n'en est pas moins vrai que cette affection de l'âme, quand elle est naturelle, ennoblit le cœur et devient sublime. L'homme, dit Platon, plus rapproché de son créateur, guidait autrefois dans leur cours les sphères célestes et repaissait son âme des concerts de leur harmonie divine ; mais, précipité sur la terre par la jalousie des génies, il n'a plus qu'un souvenir confus de sa grandeur et de son bonheur passés. En admettant cette création brillante de l'Homère des philosophes, qui dans cette fiction sublime
approche tant de la vérité, ne dirait-on pas que certaines âmes conservent un souvenir plus vif de la grandeur dont elles sont déchues, et que ce souvenir apporte dans leur cœur une noble et douce tristesse nourrie par les regrets et par les misères présentes de la vie ? A les voir lever les yeux au ciel et prêter une oreille attentive, ne dirait-on pas qu'elles cherchent à saisir quelques sons lointains de l'harmonie divine ? Ces âmes ne voient pas le monde comme le vulgaire et puisent à une autre source de plaisirs. Elles n'aiment pas ces joies bruyantes où le corps a beaucoup plus de part que l'âme ; il leur faut des jouissances toutes spirituelles, mêlées d'un sentiment de tristesse, de même que les anciens rappelaient au milieu de leurs voluptés l'idée de la mort et de la brièveté de la vie. La solitude, le murmure des vents, la contemplation du ciel, voilà ce qui est pour elles une source de délices. Or, s'il est vrai qu'on se peint ordinairement dans ses écrits, tel est le caractère que j'ai cru remarquer dans tes lettres et tels sont les sentiments dont je m'entretiens habituellement. S'il en est ainsi, quelle source de bonheur et de jouissances pour nous deux ! Que de choses n'aurons-nous pas à nous dire? Oh ! qu'ils seront doux ces épanchements de nos cœurs qui se déchargeront l'un dans l'autre des ennuis, des réflexions, des tristesses qui naissent et meurent avec chaque jour ! »
Confidence émouvante, que la postérité recueille
avec respect ! Le comte Gardés qui a vécu, près du Cayla, à l'ombre des souvenirs guériniens, disait avec cette grâce d'élégance qu'il unissait à la force : « Maurice et Eugénie se sont fait l'un à l'autre, au delà de la tombe, le sublime présent de l'immortalité. »
Le regret de la terre natale et le souvenir des confidences d'Eugénie sous le marronnier bienveillant laissent Maurice dans une longue amertume. Il éprouve de plus en plus le chagrin de l'isolement et il fait part de son trouble dans ses lettres mélancoliques. « Je trouve plus de charme à errer dans un bois qu'à parcourir les rues tumultueuses de Paris, et un sentiment bien plus doux, bien plus sublime s'empare de moi à la vue des pompes de la nature et même de sa majestueuse simplicité, que lorsque je mesure des yeux ces trophées de l'ambition et de la vanité, qui ne m'apprennent autre chose que les efforts qu'ont faits les hommes pour élever leur pauvre gloire un peu au-dessus de la terre. Enfant de la nature, je suis étranger dans ce séjour où tout est le produit de l'art, même les sentiments ; car on dirait que la perfection de la société est la perfection de l'art de se tromper. Mais bientôt je reverrai ma solitude chérie, et ce sera, je l'espère, pour ne plus la quitter. »
Là-bas, dans le silence du vallon que traverse toujours l'ombre fraternelle, le cœur d'Eugénie commence à s'alarmer devant la plainte de cet
enfant qui se froisse et déjà se dévore. Elle pressent le mal des transplantations qui fatigue la fragilité des tendres, — des tendres qui ont toujours besoin de la sauvegarde de la tendresse. Alors elle a la force de taire la tristesse de ses pensées, le chagrin de sa solitude, son désir ardent de revoir le frère éloigné, la joie qu'elle aurait de vivre sans cesse avec le frère repris pour toujours. Qu'elles sont touchantes les recommandations de la sœur qui oublie sa souffrance pour donnei les conseils de la sagesse ! « Si la campagne a ses agréments, elle a aussi ses misères... Notre part à nous, les sœurs» c'est les caresses ; toi, tu dois agir... Je crains que tu ne te plonges trop souvent dans la rêverie, dans un monde idéal... » Avec la lucidité de l'affection qui s'inquiète, elle signale ce mal de la rêverie qui épuise l'âme guérinienne et consume l'ardeur du désir dans le délire de l'insatiable.
Pourquoi les séjours de Maurice au Cayla ont-ils été si intermittents et toujours traversés } Pourquoi n'est-il pas revenu et resté au foyer de la tendresse ? Dans l'asile de la terre natale, il aurait déployé l'abondance de ses beaux dons en évitant les fièvres qui menacent toujours une sensibilité trop ardente. Mais sa famille était pauvre et devait soutenir le prestige déclinant d'un grand nom. Le descendant
des Guérin, le petit-fils de ces Guarini italiens qui avaient donné, disait-on, d'illustres compagnons aux doges de Venise et des cardinaux à l'Église Romaine, connut vite le chagrin des soucis matériels et la nécessité des combats. Donc, en 1830, il fut envoyé à Paris, à la Faculté de Droit, pour la conquête des diplômes, dans une atmosphère d'orage. De plus en plus, et malgré l'enivrement de la jeunesse dressée vers l'avenir dans les élans de l'ambition, il regrettera la paix de son Cayla. Poussé par l'inquiétude qui tourmente le cœur du déraciné, il cherchait la solitude et le silence, car son âme anxieuse se donnait aux délectations du songe.
Le tumulte de Paris étonnait l'esprit encore incertain de Maurice. Il sentit qu'il fallait trouver, pour l'épanouissement de sa pensée, un cadre plus harmonieux et une direction plus énergique. Les âmes fortes comprennent, même dans l'égarement de l'adolescence qui confond si souvent la liberté et l'indiscipline, la nécessité de ces redressements. Ce cadre pacificateur et cette maîtrise si désirée, il les trouva dans la terre bretonne, auprès de Lamennais, du puissant et secrètement tendre Lamennais, qui avait fondé une sorte d'École Normale, au milieu des grands bois de La Chênaie, aux environs de Dinan. Là, de décembre 1832 à septembre 1833, Maurice vécut neuf mois, les mois les plus pleins de sa vie, dans les joies de l'amitié, de la méditation et de la prière. Son génie se fortifia sous la parole
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d'un maître qui fut un grand maître, puisqu'il éleva dans la grandeur et dans la lumière l'esprit de ses disciples enivrés. La tendresse d'âme d'un abbé Gerbet, les élévations lyriques d'un Lacordaire, les générosités enflammées d'un Montalembert, tout le guérinisme de Guérin ont trouvé, sous les ombrages de la forêt bretonne, dans le souffîe inspirateur d'un cœur magnanime, les plus beaux motifs d'exaltation.
La Bretagne enrichit sa sensibilité en renouvelant sa puissance d'émerveillement. En Bretagne, il vit l'Océan, et il accueillit dans son âme avide la grande émotion de la mer. Car la mer est un désert, un désert mouvant, un désert en tumulte, un désert qui retentit d'un chant de sérénité ou d'un bruit d'apocalypse. La mer est solennelle, comme l'espace illimité, comme la solitude indéfinie, comme tout ce qui échappe à la prise de la pensée. La mer est accablante, avec son agitation sans fin, la monotonie de son murmure et l'obsession de son horizon insondable. La mer, c'est le mirage toujours fuyant et inaccessible. Combien la montagne, avec son air robuste et la certitude de son immobilité silencieuse, est plus maternelle ! Donc Maurice, Maurice le terrien, l'enfant charmé par les coteaux modérés de son Cayla, est placé soudain devant la mer. Qui nous dira les méditations gucriniennes devant ce mouvement qui n'aboutit jamais au repos, dans le bruit d'une force éternelle qui se dévore éternellement
et ne s'épuise jamais ? Son sentiment de la nature, déjà profond, va éclater en un magnifique épanouissement où la mélancolie se mêle à l'ivresse. C'est pourquoi la mer apparaîtra comme un élément essentiel dans le paysage traversé par le délire de la Bacchante et le déchaînement du Centaure.
La Bretagne, qui avait offert un asile si propice aux rayonnements de la jeunesse, apporta un nouveau motif d'approfondissement. Quand l'orage éclata sur l'École de La Chênaie, quand Lamennais, condamné par la cour Romaine, se replia dans le silence, l'adolescent désemparé connut la détresse de l'incertitude. Il quitta ces beaux lieux où il avait entendu la voix de la puissance, et il passa quelques mois, dans le voisinage des flots et le recueillement de la lande, au Val de l'Arguenon, auprès d'Hippolyte de la Morvonnais. La femme de son ami avait une âme tendre et profonde, chargée de langueur et frémissante de soudaines dilatations. Maurice éprouva pour elle le charme et l'angoisse d'un amour qui sut rester dans le mystère. Exaltation enivrante d'un enthousiasme secret ! Le mot de passion est trop brutal pour désigner la plus respectueuse des tendresses. Le mot de culte est nécessaire pour traduire ce mélange d'ardeur et de pureté. C'est la religion de l'âme qui déploie la noblesse de ses aspirations dans la Vita Nuova de Dante, les sonnets de Pétrarque, les poèmes de Michel- Ange.
La mort foudroyante de Marie de la Morvonnais
à 26 ans, — janvier 1835, — vint apporter à l'esprit de Maurice la lumière des grandes révélations. Il entendit d'abord au fond de lui-même la plainte qui sort de la solitude infinie d'un cœur dévasté. Puis il médita sur cette mort, et sa méditation l 'éleva à des pensées si hautes que l'inspiration éclata soudain en des pages d'une splendeur incomparable. Donc la mort de Marie fut pour Maurice de Guérin ce que la mort de Julie fut pour Lamartine : elle détermina l'éclosion du génie dans l'explosion de la douleur. Les fonds de la mer cachés sous les flots apparaissent soudain dans le tumulte de la tempête. Ainsi, dans l'orage du cœur, l'âme découvre ses énergies secrètes et longtemps amassées dans le silence. Un poète contemporain, que le chagrin a meurtri et renouvelé, a dit : « C'est d'un sein déchiré que les moissons renaissent ».
On peut voir, par les Lettres d'Eugénie, que ce séjour en Bretagne fut, pour la vie morale de Maurice, particulièrement fécond en joies et en inquiétudes. Car les espérances et les troubles et les tendresses du frère retentissaient, au cœur du vallon, en échos triomphants ou douloureux. La sœur revécut le charme des heures heureuses et l'exaltation des heures illuminées par l'espoir. Elle aima cette Marie de la Morvonnais si tendre et compatissante. Elle déplora sa mort prématurée qui ravagea le foyer amical. D'autre part, quelle angoisse quand elle apprend que la foi du frère a tremblé ! Quelle fer-
veur de prière et quelle attente effrayée quand elle entend le bruit de la révolte mennaisienne ! Et qu'elle est émouvante, cette âme de sœur qui s'épouvante et supplie et se désespère devant les aveux incertains du frère qui s'égare ou devant son silence plus tragique encore que ses aveux ! Le Journal retentit de la plainte de sa tendresse alarmée.
A la fin de 1835, après quelques mois passés au Cayla, dans le charme des fraîcheurs apportées par les confidences du paysage, Maurice s'agite encore, au tumulte de Paris, dans l'âpreté des combats. Après le labeur de la retraite studieuse, voici la besogne rude et stérile de l'existence quotidienne, et le choc sanglant de la Vie et de l'Ame. Après l'éclosion du génie dans l'asile de la solitude et de la tendresse, voici les heures moroses de la fatigue et l'usure imposée par la contrainte.
Car, pour vivre, Maurice dut comprimer la voix de son génie naissant. Il imposa silence à son ambition. Avec le courage de la force, il fit les exercices et les gestes obligatoires. Il prépara les examens universitaires et il connut à Paris la vie sombre et pressée du professeur errant. Puis, cherchant une existence moins vagabonde, il revint au collège Stanislas pour surveiller la jeunesse qui est toujours indocile. Mais cette âme, qui avait goûté les ivresses
du génie sur les sommets de la pensée, s'épuisa vite dans le froissement et dans la tristesse. Dans son cœur ouvert à tous les retentissements de la sensibilité, les résonances du chagrin étaient inépuisables. Donc seul, affreusement seul, il fut très malheureux. Évoquons, pour écouter sa plainte, ce jeune homme paré de dons magnifiques et plié aux exercices de l'agrégation dans une salle d'étude sans cesse traversée par les gestes de la malice. Qu'il est attristant le spectacle de cette noblesse infortunée et de ces forces perdues ! Pourquoi assistons-nous, avec une résignation si facile, à tant de déchets et à tant de naufrages ?
« Je souffre de grands dommages dans les soucis matériels : mon fleuve se perd dans les sables. »
« Je n'ai presque pas de réserves dans cette immense usurpation de la subsistance journalière sur le temps de ma pensée, et je prévois que, dans ma vie, il me faudra toujours jeter de cette divine proie à la cruelle nécessité. »
« Ma liberté se lève dans la nuit. »
Les plaintes de Maurice qui mêle toujours à ses soucis trop visibles les aveux de ses secrètes douleurs soulèvent les craintes d'Eugénie, et la sœur se répand en alarmes : « Écris-moi, parle, explique-toi, fais-toi voir : que je sache ce que tu souffres et ce qui te fait souffrir... » — « Il me semble voir en toi je ne sais quoi qui t'empoisonne, te maigrit, te tuera, si Dieu ne t'en délivre. » — « J'ai de tristes
pressentiments. » — « Que Dieu te donne une bonne nuit ! Je ne m'endors jamais sans m'occuper de ton sommeil. » Les inquiétudes d'Eugénie s'achèvent toujours dans un geste de tendresse : la mère vient consoler la souffrance de son enfant.
Le corps de Maurice était trop fragile pour supporter les ébranlements d'une âme toujours déchirée. Malheur à ceux qui n'apportent pas aux souffrances de l'âme l'appui d'une force intacte qui permet les rebondissements ! Notre poète ne résista pas à cette vie chargée de désillusions. Pourtant il eut le courage, dans les heures si brèves qu'il arrachait à la souffrance, d'écrire la Bacchante et le Centaure ; mais, dans ce cri de joie d'un esprit qui se déploie enfin dans la liberté, nous entendons un accent de plainte. Qu'il est facile d'expliquer l'amertume qui traverse l'élan de cette ivresse et de comprendre le murmure de mélancolie qui accompagne en sourdine ce chant de triomphe !
Pendant ce temps, le chagrin du frère retentit là-bas, dans le cœur d'Eugénie, en échos de plus en plus douloureux qui soulèvent enfin les gémissements. Le malheur qui menace est pressenti, et la sœur voit errer un fantôme dans les sentiers du vallon mélancolique. Lorsqu'elle apprend que Maurice est malade, lorsqu'elle croit entendre la
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voix de Maurice, la voix rauque de Maurice, cette voix des phtisiques qui ressemble à une plainte à la fois stridente et sourde, elle nous dit son effroi et les hallucinations de ses nuits de cauchemar. « Cette toux me frappe comme un marteau. Quelles transes sous mes rideaux ! Quels rêves noirs ! La moindre alarme me mène à la mort et toute la nuit j'ai vu un cercueil, un réel cercueil. » — « Il tousse ! il tousse encore ! Ces mots retentissent partout depuis ; une pensée désolante me poursuit, passe et repasse dedans, dehors et va tomber sur un cimetière. Je ne puis voir une feuille verte sans penser qu'elle tombera bientôt et qu'alors les poitrinaires meurent ! »
Nous sommes en 1836. A partir de ce moment, la vie du malade se précipite dans le déclin, à travers les intermittences tragiques de la confiance et du désespoir. Pourtant il vit se pencher sur son cœur douloureux la tendresse d'un cœur passionné. Il aima l'orageuse et compatissante Marie de Maistre qu'il appelait, dans l'ivresse de sa gratitude, la reine des enchantements. Certaines lettres récemment publiées par Abel Lefranc nous introduisent dans l'ombre du mystère. Qu'ils sont graves les accents de cette âme qui tremble devant la solennité de l'Amour ! « Ma vie qui n'avait pas de valeur s'est augmentée d'un grand prix ; par vous le plomb vil s'est changé en or. Je suis le dépositaire attentif de ce qui t'appartient ; je vivrai bien loin de toi,
ma bien-aimée, mais qu'y aura-t-il qui puisse me faire sortir de la présence de ton amour ? N'entendrai-je pas toujours la douce voix de tes sollicitudes ? Ne serai -je pas toujours suivi de tes prières si émues, et cesserai-je jamais de voir les alarmes de tes regards ? O la plus attendrissante des femmes, tu as attaché à mon cœur des causes impérissables d'attendrissement. Comment pourrais-je sortir de ton empire ? A la simple approche d'un souvenir, je serais vaincu jusqu'aux larmes. » — « Je vous laisse dans votre solitude ; que l'image de votre ami vous demeure, non point tel que vous le voyez aujourd'hui, si morne et si abattu qu'un enfant de cinq ans en a pris de l'étonnement, mais animé de ce contentement qui éclaire son visage lorsqu'il vous parle seul à seul et que ses pensées suivent sans alarmes leur cours qui va se perdre en vous. » — « Mon amie, je ne vous aimerai assez que dans ma douleur ; ma douleur seule, lorsque je vous aurai perdue, prendra des degrés moins éloignés de vous. Ici ma vie est sous la tendresse de votre sollicitude ; vous êtes ma gardienne, je ne puis sortir de l'étendue de votre surveillance ; partout elle me suit, m'éclaire et me préserve. » Ces aveux, où l'attendrissement s'exprime avec gravité, sont précieux ; et il convenait de les recueillir, car la manière dont nous aimons révèle la qualité de notre âme.
Mais les ébranlements de la passion ne pouvaient contribuer à guérir sa faiblesse. Il comprit trop tard
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qu'il pourrait trouver, dans l'asile de son Cayla, le repos réparateur et les joies bienfaisantes. Des amis songèrent à lui assurer ce calme et ce bienfait. Le 15 novembre 1838, il épousa une jeune Indienne de Batavia, Catherine de Gervain, enfant claire et vive et prête au bonheur. Mais, dans ses Lettres, Maurice nous déclare qu'il ne fut pas heureux. Peut-être continua-t-il à subir le charme de l'enchanteresse. Peut-être sa jeune femme eût-elle préféré à cette grandeur mystérieuse l'éclat d'une existence mondaine ; mais entre Eugénie et Maurice, dans une région intellectuelle qui lui sembla trop ardente, elle dut s'étonner et ne put que souffrir. A coup sûr, tant de sublime ne convenait pas à son âme charmante et légère de petite Indienne. Eugénie s'en aperçut vite, et, dans le silence des heures les plus noires, elle confia sa douleur à son Journal qui ne garda pas son secret.
Ces dilatations et ces resserrements d'une vie toujours agitée, ces accablements et ces délires devaient aboutir à un état maladif de langueur et d'exaltation, à cet état insoutenable où la langueur déchaîne les fièvres de l'exaltation, où l'exaltation s'achève dans la mélancolie des langueurs. Avec la terrible lucidité de ceux qui entendent l'appel de l:i mort, Maurice sent la profondeur de sa blés-
sure. Il se voit mutilé par le mal implacable. Il se juge dévasté par la fatalité du chagrin. Contemplons cet adolescent qui demeure clairvoyant devant son génie en ruines d'où émanent encore de magnifiques lueurs. Un jour, dans une lettre à Barbey d'Aurevilly, avec l'accent d'une voix qui sort de l'ombre envahissante, il fait le suprême aveu de sa puissance et de sa mutilation. Qu'il est pénétrant ce lyrisme d'une grandeur qui se sait grande et qui va mourir ! C'est une méditation poétique qui signale en traits de sang les motifs d'une sonate de Beethoven, — une méditation lyrique où chante le conflit du désir et de la déception, — une méditation tragique, à la fois soulevée par le vent de la Vie et traversée par le souffle de la Mort qui ravira demain tant de grandeur et tant de beauté.
« Hier, accès de fièvre dans les formes ; aujourd'hui, faiblesse, atonie, épuisement. On vient d'ouvrir les fenêtres ; le ciel est pur et le soleil magnifique. Ah ! que ne suis-je assis à l'ombre des forêts ! Vous rirez de cette exclamation, puisqu'on ne voit pas encore aux arbres les plus précoces ces premiers boutons que Bernardin de Saint-Pierre appelle des gouttes de verdure. Mais peut-être qu'au sein des forêts, dans la saison où la vie remonte à l'extrémité des rameaux, je recevrais quelque bienfait et que j'aurais ma part dans l'abondance de la fécondité et de la chaleur.
« Je reviens, comme vous voyez, à mes anciennes
imaginations sur les choses naturelles, invincible tendance de ma pensée, sorte de passion qui me donne des enthousiasmes, des pleurs, des éclairs de joie, et un éternel aliment de songerie.
« Il y a un mot qui est le Dieu de mon imagination, le tyran qui la fascine, l'attire, lui donne un travail sans relâche et l'entraînera je ne sais où : c'est le mot de vie. Mon amour des choses naturelles ne va pas au détail ni aux recherches analytiques et opiniâtres de la science, mais à l'universalité de ce qui est, à la manière orientale. Si je ne craignais de sortir de ma paresse et de passer pour fou, j'écrirais des rêveries à tenir en admiration toute l'Allemagne, et la France en assoupissement.
« J'ai le cœur si plein, l'imagination si inquiète, qu'il faut que je cherche quelque consolation en m'abandonnant à vous. Je déborde de larmes, moi qui souffre si singulièrement des larmes des autres. Un trouble mêlé de douleur et de charmes s'est emparé de toute mon âme.
« L'avenir plein de ténèbres où je vais entrer le présent qui me comble de biens et de maux, mon étrange cœur, d'incroyables combats, des épanchements d'affection à entraîner avec soi l'âme et la vie et tout ce que je puis être ; la beauté du jour, la puissance de l'air et du soleil, ail, tout ce qui peut rendre éperdue une faible créature me remplit et m'environne. Vraiment je ne sais pas en quoi j'éclaterais s'il survenait en ce
moment une musique comme celle de la Pastorale.
« Il y a pour moi tel moment où il me semble qu'il ne faudrait que la toucher du doigt le plus léger pour que mon existence se dissipât. La présence du bonheur me trouble, et je souffre même d'un certain froid que je ressens ; mais je n'ai pas fait deux pas au dehors que l'agitation me prend, un regret infini, une ivresse de souvenirs, des récapitulations qui exaltent tout le passé et qui sont plus riches que la présence même du bonheur ; enfin ce qui est, à ce qu'il semble, une loi de ma nature : toutes choses mieux ressenties que senties.
« Demain vous verrez chez vous quelqu'un de fort maussade et en proie au froid le plus cruel. Ce sera le fol de ce soir. Caddi corne corpo morto cade. Adieu : la soirée est admirable. Que la nuit qui s'apprête vous comble de sa beauté ! »
Il est émouvant cet élan d'un malade vers toutes les joies du monde ! Il est poignant ce cri d'un mourant dans l'embrassement des beautés qui semblent l'envahir et qui l'abandonnent ! C'est la révolte suprême de la puissance envahie par la fatigue. C'est l'éclair qui étincelle et qui précède l'orage où soudain va sombrer cet opulent coucher de soleil.
Maurice était trop meurtri pour se ressaisir et se redresser. Il continua à souffrir dans le trouble de son corps languissant et à plier sous les ardeurs de l'insatiable. Avant de mourir, il refit une dernière
fois le voyage vers la terre natale. Il put revoir les sentiers où il écoutait, dans son enfance, le retentissement de ses pas. Il retrouva les peupliers qui frissonnent sur le silence de la prairie, le marronnier dont l'ombre était si accueillante, le chêne qui protège la source du Téoulé, et la paix du bois de Septfonds et l'air d'attente de la grotte inspiratrice. Qu'elles furent douces et tristes, les dernières courses du malade à travers les beautés et les harmonies de son vallon ! Quel long regard attendri et mélancolique sur le paysage amical encore illuminé par le souvenir de ses songes ! Et quelle angoisse devant ces douceurs qui se voilent et ces images assombries par la menace de la mort !
Huit mois après son mariage, quelques jours après son retour au Cayla, le i8 juillet 1839, Maurice mourut, à 29 ans, en priant le Dieu d'Eugénie, — et son corps, qui avait tant aimé la beauté du monde, fut déposé dans le petit cimetière d'Andillac, à l'ombre des cyprès tranquilles et tutélaires.
Les révélations de la vie annoncent les tendances de l'œuvre. Les souffrances de l'homme déterminent les inspirations de l'artiste. Le monument élevé par le génie est la collaboration de ses douleurs et de ses joies, de sa tristesse et de sa force.
Les événements de la vie nous ont montré une
sensibilité tourmentée, une intelligence anxieuse, une volonté toujours troublée par les alarmes. L'œuvre qui traduira cette vie sera mélancolique, pliée à la plainte, et pourtant ardente et soulevée d'élans vainqueurs vers la puissance et vers le sublime.
Il écrira un Journal intime, le plus sincère et le plus déchiré des journaux intimes, — soliloque émouvant où s'expriment les mélancolies et les allégresses de la grandeur, — méditation d'un penseur qui gravit les plus hautes cimes, — chant d'un poète qui est le plus attendri des élégiaques, — confidence d'un grand romantique, qui n'étale pas avec orgueil les somptuosités de son romantisme, mais qui mourra, en pleine jeunesse, de son romantisme même, je veux dire de sa sensibilité aux ardeurs indisciplinées et de son imagination aux curiosités insatiables.
Il écrira la plus belle des élévations religieuses, cette complainte sur Marie de la Morvonnais qu'il aima comme Dante aima Béatrice, avec la ferveur d'une passion immatérielle et brûlante. Enveloppé par les ombres de la Mort d'où jaillissent tous les secrets, il s'écarte dans les sentiers du mystère pour monter vers l'âme de la défunte, et il assiste à la vie merveilleuse qu'engendre la force informatrice de la douleur, à la splendeur des évocations que suscite la vision de l'au-delà, à ces révélations qui luisent dans les ténèbres, quand l'esprit dérobé
aux amertumes de ce qui passe s'unit aux idées essentielles qui dirigent le monde et participent à la divinité de Dieu.
Il écrira le Centaure, un poème en prose où retentit, sur un verbe d'airain, l'accent des choses éternelles. Poème obscur et chargé de sens, qui développe en profondeur des sentiments inépuisables puisqu'ils expriment les aspirations de la sensibilité et de la pensée guériniennes.
Il écrira la Bacchante où il instaure, avec l'autorité des gestes créateurs et des magnificences platoniciennes, l'originalité d'un symbole nouveau, puisqu'il fait servir le plus emporté des songes antiques à l'apologie de la mesure, de l'adaptation, de l'ascension lente et sûre vers les sommets qui semblent inabordables. Ainsi cette âme ardente et inassouvie comprend enfin la nécessité d'unir la fougue de Bacchus à la sérénité d'Apollon et d'inscrire le mythe de l'ordre dans le mythe du déchaînement.
Car cette âme, si enivrée par la beauté de la vie, se savait surveillée par la fatigue et arrêtée déjà par les menaces de la mort. Elle sentait qu'elle apportait au monde un désir surhumain, un sensibilité ravagée par la fièvre de l'Infini, une volonté déchirée par toutes les formes du pathétique.
C'est pourquoi son œuvre, qui est l'expression d'un mal si glorieux mais si redoutable, est la recherche et la révélation du remède souverain. Cette nostalgie obstinée sera décrite dans le Journal.
Ce combat de l'agitation et du calme sera mis en scène dans le Centaure, et la Bacchante apportera l'apaisement de ce trouble et la solution de ce conflit.
Pourquoi faut-il qu'une mort si prématurée ait arrêté ces manifestations de puissance et anéanti tant de magnifiques espoirs ^ ?
I. Indiquons ici les textes et les ouvrages de critique qui permettront au lecteur de prolonger notre étude et de contrôler nos affirmations.
I. Éditions. — Le manuscrit original du Journal, du Centaure et de la Bacchante semble à jamais perdu.
— M. de Guérin : Journal, Lettres et Poèmes. Edition Trébutien, Paris, Victor Lecoffre. — Le teste du Journal a été publié pour la première fois, en 1861, par Trébutien dans les Reliquix de Maurice de Guérin. 2 vol., Paris, Didier.
— Les Plus belles pages de Maurice de Guérin, avec une notice de Remy de Gourmont. Paris, Mercure de France, 1909.
— Le Centaure, notice de Rémy de Gourmont. 1900.
— Le Centaure suivi de la Bacchante et précédé d'une notice par Edmond Pilon. Paris, Sansot, 1909.
— Le Cahier Vert. Journal intime. Édition revue sur les manuscrits de Trébutien et publiée avec des notes et des éclaircissements par Ad. Van Bever. Paris, Georges Grès, 1921. — On trouvera, dans cette édition, une description des copies de Trébutien.
IL Les inédits de Maurice de Guérin récemment publiés. — Lettres de Maurice de Guérin à Barbey d'Aurevilly. Paris, Sansot, 1908. Ce volume, publié grâce à l'obligeance de M'" Read, est précédé de l'étude de Barbey d'Aurevilly sur Maurice.
Lettres inédites 1831-1838. Publiées par l'abbé Barthès dans le Correspondant, 10 juillet 1910.
Pages sans titre. Trouvées dans les Archives de M. de la Blanchardière, petit-fils d'Hippolyte de la Mor\-onnais, et publiées par Anatole Le Braz. Revue de Paris, 1" août 1910.
Quelques lettres inédites de Maurice de Guérin publiées par Marc Gillet. Lyon, 1900.
Des lettres et des fragments ont été donnés par Abel Lefranc dans
son livre : Maurice de Giunn, d'après des documents inédits. Paris, Honoré Champion, igio.
Nous lisons, à la page 50 du livre de Lefranc : « D'autres '.résors restent assurément cachés : l'énorme cahier des Miscellances et celui qui renfermait des Paysages dont parle Barbey en 1S53 ; il doit subsister quelque part une réunion de ces projets, essais, canevas, que Guérin affectionnait de rédiger sur de petits papiers, à la manière d'André Chénier, dont certains traits le rapprochent si naturellement ». Qui nous apportera le cahier des Miscellanées, — le recueil de Paysages dont parle Barbey, — les poèmes conçus sans doute dans la manière du Centaure et de la Bacchante, dont nous entretient François du Breil de Marzan, l'ami de Maurice ?
III. Ouvrages relatifs a Maurice de Guérin. — Eugénie de Guérin : Les Lettres, Le Journal, et un Cahier inédit du Journal publié par le comte de Colleville dans le Mercure de France, 16 février 191 1.
François du Breil de Marzan. Souvenirs et impressions de la vie de M. de Guérin. Caen, Domin, 1861.
Lamartine. Entretiens de Li/Zi-ra/urc (avril-juin 1865).
Barbey d'Aurevilly. Lettres à Trèhutien. Paris, Blaizot, 1908. — Premier Mémorandum, 1836-1838. Paris, Lemerre, 1900. — Deuxième Mémorandum, 1858. Paris, Stock, 1906. — Amaldce, roman publié par P. Bourget. Paris, Lemerre, 1890.
— E. de Robillard de Beaurepaire. Notice sur Trébutien. Caen,
— Edmond Pilon. Pot traits français. 1904.
— R. Canat. Du sentiment de la solitude morale che^ les romantiques et les parnassiens. Paris, Hachette, 1904.
— A. Roussel. La Mennais d'après des documents inédits. 2 vol. Rennes, Caillére, 1892.
— Ernest Seilliérc. Eugénie de Guérin et Barhcy d'Aurevilly. Revue des Deux-Mondes, 15 novembre 1909.
— Abbé Fleury. H. de la Morvonnais. Paris, Champion, 191 1.
— E. Grêlé. /. Barbey d'Aurevilly. 2 vol. Caen, 1904.
— G. Maze-Sencier : Eugénie de Guérin. Revue Hebdomadaire, 1912.
IV. Études critiques sur i. 'œuvre de Maurice de Guérin. — George Sand : Article de la Rn'ue des Deux-Mondes, 15 mai 1840.
— Sainte-Beuve : Lundis XII, XV. — Nouveaux Lundis III, IX,
— H. de la Morvonnais : Article de VUniversitè Catholique, 1841.
— Camille Selden. Eugénie et Maurice de Guérin. Revue Nationale, 1S62.
— A. Claveau. Revue Contemporaine, 186}.
— A. de Pontmartin. Dernières Semaines littéraires, 1864.
— Scherer. Maurice de Guérin ou le Mélancolique, dans les Nouvelles études sur la Littérature contemporaine, 1865.
— G. Merlet. Portraits d'hier et d'aujourd'hui. Tome H, 1865.
— Montégut. Nos morts contemporains. Tome H, 1884.
— O. Barbano. Leopardi et Maurice de Guérin. Turin, 1905.
— Maurice Pujo. M. de Guérin, dans VArt et la Vie. 1895. — Cette étude a été reproduite et complétée dans le Régne de la Grâce. Alcan, 1894. — Deux nouveaux articles dans l'Action Française : 5 août 1910 et 27 juillet 1912.
— Joachim Mariant. Sénancour. Paris, Fischbacher, 1907.
— H. Roujon. Figaro, 5 décembre 1908.
— H. Clouard. Mercure de France, i" janvier 1909. — Les Disciplines. Paris, Rivière, 191 3.
— Abel Lefranc. Maurice de Guérin d'après des documents inédits. 317 pages. Paris, H. Champion, 1910.
— Max Egger. Maurice de Guérin. Revue Hebdomadaire, 6 août
— Noziére. Un Anniversaire. Le Temps, 5 août 1910.
— Max Egger. Maurice de Guérin. Les origines de sa renommée littéraire. Revue d'histoire littéraire. 191 1.
Nicole : Le Roman d'une Sœur. Figaro, 50 septembre 1911.
Francis Jammes. Eugénie de Guérin. Feuilles dans le Vent (Mercure de France).
Remy de Gourmont. Le Temps, 16 juin 1912.
Anatole Le Braz. Aux fêtes du Cayla. Journal des Débats, 23 juillet 1912.
Anatole Le Braz. La Bretagne et Maurice de Guérin. Revue Bleue, 24 août 1912.
Eugénie et Maurice de Guérin. Souvenir. Fêtes d'Andillac et du Cayla, 18 juillet 1912. Rabastens-sur-Tarn, Imprimerie Mauriès. (On trouvera dans ce recueil les articles de Le Goffic, de Le Braz et du comte Gardés dont j'ai cité quelques fragments.)
Ad. Van Bever. Les notes et les éclaircissements qui suivent le texte du Cahier Vert. Paris, Georges Crés, 1921.
Disons, en terminant, une bonne nouvelle. M. l'abbé Barthés, qui est — avec Abel Lefranc — le plus averti des guériniens, prépare, à la lumière de documents inédits, une édition nouvelle des œuvres de Maurice de Guérin. Nous attendons ce monument avec une impatience resi>ectueuse.