‹ Maurice de GuérinChapitre 1 sur 44 · Maurice de Guérin · texte numérisé non relu

Maurice de Guérin

je n'écrirai que quelques lignes en tête de ce volume C'est moi qui en ai rassemblé et disposé la matière; mais ce n'est pas moi qui dois parler de l'auteur. Je dirai seulement ici qu'à une époque déjà lointaine, j'ai connu Maukice de Guérin; je l'ai aimé, j'ai vécu avec lui dans une intimité , l'honneur de ma vie et aujourd'hui ma meilleure joie.

Les amis de Maurice ont toujours regardé la publication de ses manuscrits comme un devoir et un titre de yloire pour eux. Cette publication, si ardemment désirée surtout par sa sœur Eugénie, a été suspendue, retardée par des circonstances inutiles à rappeler et qui semblent avoir eu quelque chose de providentiel. Elle s'accomplit enfin, et sous les plus heureux auspices. M. Sainte-Beuve, qui depuis longtemps y prenait un sympathique intérêt, s'est empressé de l'annoncer dans le Moniteur Universel, et, par une précieuse faveur, m'a permis de reproduire la belle Étude qu'il a consacrée à l'auteur du Ce.ntaure. Ce nom de tant d'autorité placé au frontispice de ce livre lait mieux qu'en présager la fortune : il l'assure.

n PRBFACB.

La plupart des fragments q;ie je publie étaient posséflés par des amis de Guérin, qui gémissaient de les savoir dispersés comme des diamants inconnus , bientôt perdus peut-être. Ils me les ont confiés par un choix que j'ai dû reconnaître en travaillant de tout mon pouvoir à leur Tendre ces trésors réunis et sauvés pour toujours ; c'étaien 1 des restes inestimables qui m'ont imposé le devoir de leur préparer un reliquaire. Qu'il me soit permis de le dire, j'ai mis dans l'accomplissement de cette tâche sacrée, que je regarde comme ma mission ici-bas, ce qu'il y avait de meilleur en moi : la conscience, le soin scrupuleux, le dévouement, la foi vive et entière au talent consacré par la mort. Il y a quelques années, je suis aUé visiter le Val de l'Arguenon, en Bretagne, d'où Maurice a daté ses plus belles inspirations. J'ai voulu voir les lieux où il avait vécu ses jours les plus heureux, la mer qu'il avait chantée, toutes les choses où il avait répandu son âme et où je tenais à mêler un peu de la mienne. Si des circonstances accessoires et personnelles m'ont fait trouver lâ"goutte amère cachée mystérieusement au îoïid des calices les plus doux, j'en suis deux fois payé par la certitude d'avoir accompli le vœu suprême d'Eugénie, morte avant le jour qu'elle attendait, et par l'orgueil dont je ne puis me défendre en plaçant en tête des Œuvres de Guérin et au-dessous de son nom la signature de l'amitié et du souvenir.

G. s. TREBUTIEN.

Kbliothèque de Caen , 28 novembre 1860.

Post-scri'ptum [30 novembre 1861]. — L'éditeur de Maurice de Guérin écrivait, il y a juste un an . les lignes

PRÉ PAC B. m

qui précèdent. Le court intervalle d'une année a suffi oour donner raison à ses pressentiments et consacrer un 'uccès qui a même dépassé ses espérances.

En tête de cette édition nouvelle , il ne songeait à <Tiettre que le témoignage de sa gratitude pour les voix cmies qui, dans la presse parisienne, ont contribué à éveiller la curiosité publique et faire connaître de tous un nom que la publication du Centaure et l'article de M"* Sand avaient, il y a vingt ans, rendu cher à quelquesuns. Il lui reste malheureusement un devoir plus délicat à remplir.

La critique, unanime a reconnaître l'originalité du talent de Maurice de Guérin, s'est divisée lorsqu'elle a voulu déterminer les idées philosophiques et religieuses qui avaient été la source de son inspiration poétique. Sur ce point, la lutte, dont il ne nous a pas été permis à nousmême d'effacer entièrement la trace dans ce volume, a été assez vive pour alarmer la conscience délicate d'une sœur tendre et pieuse, gardienne Odèle de la gloire de sa maison, mais plus fermement attachée encore aux croyances qui ont été celles de tous les siens. C'est à M. de Marzan, c'est à nous que, pour prévenir le vœu secret de M"^ Marie de Guérin et dans l'intérêt même de la vérité, un parent qui a été le meilleur ami de Maurice et en quelque sorte son second père, M. A. Raynaud, adresse la prière a d'écarter de cette figure chrétienne tout nuage d'incrédulité et d'irréligion. »

Nous voudrions remplir un vœu, qui est sacré pour nous , sans être accusé de renouveler nous-même une discussion qu'à tout prix nous aurions voulu prévenir et voudrions encore fermer A l'opinion des écrivains, dont

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