‹ Maurice de GuérinChapitre 2 sur 44 · IV PREFACE · texte numérisé non relu

IV PREFACE

nous respectons d'ailleurs la sincérité et auxquels nous savons gré de leurs sympathies pour une mémoire qu'ils prétendaient honorer à leur manière, nous n'opposerons pas notre opinion personnelle. Il nous suffira d'invoquer deux témoignages qui ont, à nos yeux, dans cette question, une autorité décisive.

L'un est celui de Guérin lui-mCme.

Un soir du mois de décembre 1833, il lisait à ses amis du Val de l'Argnenon des passages de son Cahier Vert. Quelques expressions vagues ayant frappé M. de Marzan, il avertit Maurice.

« Voilà, lui dit-iî, une idée grande et certainemeu chrétienne au fond, mais à l'expression de laquelle il se mêle pourtant un accent prononcé de naturalisme que l'école panthéiste pourrait peut-être inteipréter en sa faveur. »

L'auteur du récit continue ainsi :

« A ma réflexion complètement inattendue, Guérin répondit d'abord par ce sourire involontaire que fait presque toujours naître en nous la pensée subite d'une chose invraisemblable; mais comme il vit que j'insistais, il se justifia sans peine de tout soupçon de panthéisme, et protesta que ce passage signifiait ceci, et rien de plus : que le cœur de l'homme est le point d'union du ciel et de la terre, et comme le rendez-vous de Dieu et de la créature dans l'humanité. »

Et, au surplus, Maurice offrit, s'il se trompait, de se soumettre.

Une voix sortie de la tombe, ou plutôt descendue du ciel, mettra fin à ces débats. Les doutes que le Journal de Maurice de Guérin pourrait laisser, celui de sa sœur

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Eugénie les dissipera sans peine. On en croira ce touchant iccord du frère et de la sœur. La vérité est que pendant les trois années qui précédèrent le mariage de Guérin, sa foi fut tiède. On y peut marquer les progrès de l'inlifférence. On n'y voit nulle part l'incrédulité. Amant et poëtc de la nature, il n'avait jamais cessé d'être chrétien. Le récit de ses derniers instants ne permettra pas de méconnaître de quel côté son cœur cherchait l'espéi'ance, et son esprit la vérité. Sur le seuil de l'immortalité, il n'eut qu'à rentrer en lui-même pour y retrouver, sans combat et avec une joie suprême, une foi qui s'était endormie par intervalles, mais qui ne s'était pas éteinte.

Quelques mots seulement sur celle seconde édition.

Nous avons pu revoir sur les manuscrits originaux la plupart des lettres dont nous n'avions eu d'abord entre les mains que les copies faites par Chopin, copies précieuses et le plus souvent exactes, mais où nous avons relevé cependant quel(iues erreurs et des lacunes regrettables.

Le texte a pu ainsi être amélioré en plusieurs endroits. Mais notre plus heureuse fortune a été de joindre aux morceaux que nous avions publiés l'année dernière près de trente lettres nouvelles, et la Bacchante, curieux fragment de cette composition dans le genre du Centaure, et dont l'idée était également venue à Guérin dans une de ces visites que nous faisions quelquefois ensemble au Musée des Antiques.

Ces additions rendent notre recueil complet, à l'exception de quelques poésies dont nous avons dû faire le sacrifice, d'un petit nombre de lettres qui n'étaient pas à

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notre dispordtion, ou qui étaient de celles dont M"'® Sâiid regrettait d.^jà que leur caractère confidentiel ne permit pas de les transcrire en entier. Pour tout ce qui touclie aux détails intimes de la vie domestique, il y a des limites où la curiosité la plus légitime doit s'arrêter.

Nous pouvons donc espérer que notre mission est remplie, et c'est avec un sentiment de profonde reconnaissance que nous rendons grâce à Dieu de nous avoir iaissé le temps et les forces nécessaires pour conduire enfin à terme la pieuse tâche que nous avions entreprise, et que nous avons poursuivie, à travers bien des dilTi' cultes, avec douleur et amour.

Le 1 5 mai 1 840, la Revue des Deux Mondes publiait un article de George Sand sur un jeune poëte dont le nom était parfaitement ignoré jusque-là, Georges -Maurice de Guérin, mort l'année précédente, le i9 juillet 1839, à l'âge de vingtneuf ans. Ce qui lui valait cet honneur posthume d'être ainsi classé à l'improviste, à son rang d'étoile, parmi les poètes de la France^ était une magnifique et singulière composition, le Centaure, où toutes les puissances naturelles primitives étaient senties, exprimées, personnifiées énergiquement, avec goût toutefois, avec mesure, et oà se déclarait du premier coup un maître, « l'André Chénier du panthéisme, » comme un ami l'avait déjà surnommé. Des fragments de lettres cités, des épanchements qui révélaient une tendre et belle âme, formaient, autour de ce morceau colossal de marbre antique, comme ub chœur charmant de demi-confidenees à moitié voilées, et ce qu'on en saisissait au passage faisait vivement désirer le reste. 11 y eut dès lors dans la jeunesse toute une école choisie, une génération éparse d'admirateurs qui se répétaient le nom de Guérin, qui se ralliaient à cette jeune mémoire, l'ho-

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