‹ Maurice de GuérinChapitre 14 sur 44 · SUR MAURICE D3 GUERIN. XXXIII · texte numérisé non relu

SUR MAURICE D3 GUERIN. XXXIII

sit. Cette pari faite aux nécessités matérielles, Guérin se réfii.;:ia d'autant plus, aux heures réservées, dans la vie du cœur et de la fantaisie; il abonda dans sa propre nature; retiré, comme dans son terrier, dans un petit jardin de la rue d'Anjou, proche de la rue de la Pépinière, il se reportait en idi'e aux grands et doux spectacles qu'il avait rapportés de la terre de l'Ouest; il embrassait dans son ennui la tige de son lilas, « comme le seul être au monde contre qui il pût appuyer sa chancelante nature, comme le >eul capable de supporter son embrassement. » Mais bientôt l'air de ce Paris qu'il fallait traverser chaque jour agi! sur ce désolé de vingt-quatre ans; l'attrait du monde le gagna peu à peu ; de nouvelles amitiés se firent qui, sans elTacer les anciennes, les rejetèrent insensiblement dans le lointain. Qui l'eût rencontré deux ans après, mondain, élégant, fashionuble même, causeur à tenir tète aux brillants causeurs, n'aurait jamais dit, à le voir, que ce fût un actif via l gré lui. Il n'est rien de tel que ces poltrons échappés, dès qu'ils ont senti l'aiguillon. Et, en même temps, ce talent dont il s'obstinait b douter toujours se développait, s'enhardissait; il l'appliquait enfin à des sujets composés, à des créations extérieures; l'artiste proprement dit se manifestait en lui.

Et ici que la piété d'une sœur qui a pi ésidé à ce monument dressé à un tendre génie nous permette une réflexion. Dans le juste tribut que l'on paye à la mémoire d'un mort chéri , il ne doit se glisser- rien d'injuste envers les vivants, et l'omission peut être une injustice. Les trois ou quatre années que Guérin eécut à Paris, et où il vécut de colle vie de privations et de /utte, d'études et de monde, de relations diverses, ne sont nuV lemont des années à mépriser ni à voiler. Cette vie est celle qve beaucoup d'entre nous ont connue, et qu'ils mènent encore. H perdit d'un côté sans doute, il gagna de l'autre. Il fut en partie Infidèle à la fraîcheur de ses impressions adolescentes; mais, comme tous les infidèles qui ne le sont pas trop, il ne s'en épanouit que mieux. Le talent est une tige qui s'implante volon-

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