‹ Maurice de GuérinChapitre 6 sur 44 · XVI NOTICE · texte numérisé non relu

XVI NOTICE

suivre l'infini dans les soufïles, dans les murmures des vents et des eaux, dans les odeurs germinales et les parfums; lui, qui dira, en projetant des voyages : « Il y aura du charme à errer: quand on erre, on sent qu'on suit la vraie condition de l'humanité; c'est là, je crois, le secret du charme; » il essaye, à ce moment de sa vie, de concilier le Christianisme et le culte de la nature; il cherche, s'il se peut, un rapport mystique entre l'adoration de cette nature qui vient se concentrer dans le cœur de l'homme et s'y sacrifier comme sur un autel, et l'immolation eucharistique dans ce même cœur. Vain effort! il tente l'impossible et l'inconciliable , il ne réussira qu'à retarder, à lui-même, son entraînement prochain, irrésistible. Car il n'y a pas de milieu : la Croix barre plus ou moins la vue libre de la nature; le grand Pan n'a rien à faire avec le divin Crucifié. Une certaine sobriété méfiante et craintive est imposée, comme première condition, au contemplateur chrétien. Et Guérin, au contraire, n'y résiste pas; tous les accidents naturels qui passent: une pluie d'avril, une bourrasque de mars, une tendre et capricieuse nuaison de mai, tout lui parle, tout le saisit et le possède et l'enlève ; il a beau s'arrêter en de courts instants et s'écrier : « Mon Dieu ! comment se fait-il que mon repos soit altéré par ce qui se passe dans l'air, et que la paix de mon âme soit ainsi livrée aux caprices des vents? » il ne laisse pas de s'y livrer, il s'abandonne, il s'enivre de la vie des choses et voudrait par accès s'y confondre, s'y universaliser :

« 25 avril. — Il vient de pleuvoir. La nature est fraîche, rayonnante; la terre semble savourer avec volupté l'eau qui lui apporte la vie. On dirait que le gosier des oiseaux s'est aussi rafraîchi à cette pluie : leur chant est plus pur, plus vif, plus éclatant, et vibre à merveille dans l'air devenu extrêmement sonore et retentissant. Les rossignols, les bouvreuils, las merles, les grives, les loriots, les pinsons, les roitelets, tout cela chante et se réjouit. Une oie, qui crie comn e une trompette, ajoute au charme par le contraste. Les arbres immobiles semblent écouter tous ces bruits. D'innombrables pommiers fleuris paraissent au loin comme des boules de neige; les cerisiers

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