A8TOR, LENOX AND
TfLDCN FOUNDATIONa.
t^ Sainte-^nrb^.
Lorsqu'on gravit les sommités de la ru^ Saint-Jacques et qu'on est arrivé à pied jusqu'à la place Cambrai (je dis à pied^ car les fiacres s'élèvent rarement à cette hauteur), on s'arrête d'ordinaire, ne fût-ce que pour reprendre haleine, et inspiré par l'air du pays latin,
air épais^ scientifique et imprégné de citations, on est tenté de s*écrier :
Hic tandem stetimuê nobU ubi defuU orbit ?
Que si cependant le voyageur essoufflé ne perd pas courage et se dirige à l'est, vers lendroit où la place Cambrai va toujours en se rétrécissant; qu'il laisse à sa gauche la rue des Sept-Yoies, rue obscure et boueuse, où les balayeurs et le gaz n'ont pas encore pénétré ; qu'il gravisse intrépidement la rue Charretière, espèce d'escalier sans rampe et à pic, il arrivera, après quelques minutes d'ascension , en face d'un vieux portique que je n'ai jamais pu voir sans émotion : c'est l'entrée du col-^ lége de Sainte-Barbe, état constitutionnel placé entre deux gouvernemens absolus, Henri IV et Louis-le-Grand (1 ), borné au nord par la rue
(1) Les collèges royaux de Henri IV et de Louisle-Grand.
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de Reims, et au midi par les ,bâtimen& de Montaigu et la rue Jean-Hubert. Jean-Hubert ! ce nom fut celui d'un bon curé de Saint-Jean-de- Latran, qui, dan» le mois de mai 1430, fonda en la ville de Paris, au haut de la montagne Sainte-Geneviève, un collège qu'il mit sous le nom et la protection de Sainte-Barbe, patronne de sa mère; collège bientôt célèbre, et qui, pour soutenir sa gloire, ne s'est pas contenté, comme tant d'illustres: malsons, de sa haute antiquité et de ses quatre cents ans de noblesse. Il a conservé intacte d'âge en âge la haute réputation de ses études et de sa discipline classique.
Nos pères nous ont raconté ses succès universitaires et ses longues rivalités avec Montaigu, son voisin , guerres ardentes et passionnées , que les rhétoriciens d'alors comparaient à celles de Rome et de Carthage. — Il paraît que Montaigu fut Carthage, car il a disparu depuis long-temps, et Sainte-Barbe
Eti 98 seulement, ses portes fuTient fermé?», ^s cfasses désertes, ses chaires silencieuses ; Tortie et le chardon osèrent pousser sur cette terre savante, jusque là cultivée. par les muses ; fnais cellesH^i ne furent pas long-temps exilée» : èe premier collège qui se rouvrit eti
^Paiice fut encore celui de Sainte-Barbe, comme si la Itrmière devait toujours venir de là ; non pas qu'elle fût éteinte , mais elle était , tietomiB disaient nos pères, cachée isms k bais^ ^an. il s'agissait de le soulever, ce qui n'était pas'sans danger, car il y en avait tflors à vouloir éclairer les gens. Victor Delanneau eut ee -cotfra^, et fut, après Jean Htrbert, le fondateur de Sain te-©aî*be. Cette antique imkonffjit TWrverte par lui en 1798, sous le mom de 0©<iéye^dës sciences et desarU. A la même époque, •s'ouvraiefft les écoles centrales et le Prytanée, 'teliiplaeéS'depuîs far les lycées iSe l'BlïTpire. 41 5 ^ heaucoitp ée im,f^^m d-ééucaticHî
timfi Pans*; U y en a nn grand «nombre '^ÏN^^ eelimtes^ y 6om{^i« même }«s cdUéges royaux, 0t lem.âe um l'Idée de ^iseuter la fiiipéfiM*î(é 4e6 !itud«s da^ tel oa tel ^ftab^sement; mak je dis qu'aucun n'a su, comme celui de ^at(^- Barbe^ eontlnuer et {perpétuer dans le monde kiB soiFrenirs et les amitiés du jeun« âge ; é'^t une grande et nombreuse famille qm, cbaqure amiée , ^s'augmente sans se désunir , 'Une cbittne immense -qui s'étend sans se rompre^ une protestation de plus «n fayeur de ce -«Fiédie qU'On accuse d'ingratitude et d'égoïsmè.
lies nombreux élèves sortis de 8ainte- Bai4>e se sont successivement répandus dans toutes les classes de la société ; j'en citerars qui brillent dans les deux chambres et à 'Pinstitut, dans Tadministration , dans la banc^, dans le oommerce^ dans les rangs de nos ma-rins ou dans ceux de nos soldats ; nous en trouverions Hnéme^ 4in seul il est vrai ^ ^ la 6Mnde-01mMreu#e ^e Gfenoble... £h bieni
malgré le temps et l'absence, malgré les préoccupations d'un état ou les chagrins ordinaires de la vie; au milieu des réyes de gloire , de fortune ou même d'ambition, tous sont restés barbistei par le cœur.
Et ce nom, mille exemples le prouvent, n'a jamais trouvé d'indifférent , même dans le monde, où tout s'oublie.
Dès que la rhétorique et la philosophie sont terminées, dès que s'ouvrent les portes du collège, chacun, entraîné par sa vocation présumée^ s'élance dans un sentier différent. Tous les chemins ne conduisent pas à la fortune , mais sur tous du moins^ on est certain de rencontrer conseil, appui et protection, car dans toutes les carrières on trouve des barbistes qui tous tendent la main et vous disent : « Courage ! » Bien plus, il y a entre eux , comme aux jours du collège, bourse commune! et tous les ans, des extrémités de la France ou même de l'Afrique, chacun envoie sa cotisation à
Paris à la caisse de Saint^Barbe, dite came de secours, trésor qui appartient à tout le monde et où puisent tous ceux qui en ont le droit. Ce droit, c est d'être barbiste et malheureux. C'est ainsi que depuis bientôt trente ans, époque de sa fondation, cette caisse, sans cesse épuisée et sans cesse renaissante , répare les infortunes passées, vient en aide aux besoins présens, et souvent même assure l'avenir en créant des bourses en faveur d'orphelins, barbistes , auxquels on donne ainsi le bienfait de l'éducation aux lieux mêmes où avaient été élevés leurs pères. C'est ainsi que depuis long-temps la grande famille barbiste croissait et prospérait, grâce à Tunion de ses enfans, lorsque tout à coup un terrible désastre menaça son antique berceau.
Les vieux murs élevés en 1 430 par Jean Hu-* \ bert tombaient en ruines de toutes parts ! comment les rebâtir ! comment songer à des constructions immenses et dispendieuses, surtout
mi*i]{i "terrain -dont on n'était pa« propriétaire ! B faudra dowe voir «'éerouier-oes omrs où s'ééonla notre j^messe et où «'élève «oc ^néra- 6on noimeene^ oes aiurs témeifie de nos j^wx , de nos pimsin et de nos umiiàH '^remièrefi , d^andonner eette terre de eouvenirs,
Et campoê ubi Troja fuit!
A cette nouvelle, les anciens barbisies s'énmreîit, se rassemblèrenf ei tinrent conseil, pour a^Jhéter les terrains de la vieille Sainte-Barbe et pour construire de nouveaux Mtimens, il Mlait six cent mille francs.
— Donnons -les, s ecria-t-on, et, pour sau^^ ver notre berceau, ne nous adressons qu'à nousmêmes ! Quelques jours après, les six cent mille francs étaient réunis ! Seulement, et pourqu^un plus grand nombre de camarades fût admis à apporter son offrande, on avait décidé que les actions ne seraient que de 500 fr. Ainsi'lesanètens barbidtés devinrent seuls propriétaires de
''-... ^imçs^^^-::orrt£'
Sainle-^rbc, on nomma pour directeur lito ancien barbiste, un barbiete pour arcbitede, d^anciens barbistes pour membres du <5ott&e?l d'^adnrmiistration^ et^ ce que ne demafidmèUft point ees actionnaires improvisés^ lews ^«piiaux, hypothéqués sur de vastes terrains -et de bettes constructions, proéuisirent 'bientâl. 4m revendus certains et abondan s. Citait d'^sA)^ une bonne action, et ce ftit plus tord «uiife honn^ affaire que tes hnmenses reiatioM dts l'union barbiste rendent chaque jour phisfitÊK tissante.
La loi TOtée 1 année dernière pow la bMfiK Ifeèque Sainte-Geneviève permet à Sait!te«- Sarbe ide s'agrandir encore et d'obtenir sm* in place du Panthéon une entrée plus momiinêfiH iate, plus belle et surtout plus aoocMibte Xfm te sentier escarpé de^la rueCbarretièie. £iMr ees nouv^les acquisitions, de nouveaux fmete devenaient nécessaires. Vot^ comme ^tes >pre^ ttiers ^j^ar acclamations, 'ils ^«oift déjà {n^s(^
réalisés ; de tous eôtés les barbistes accourent, les barbistes seuls, car pour empêcher leur ouvrage d'être détruit par des mains étrangères ou ennemies, pour empêcher la spéculation ou l'agiotage de profiter de leur prospérité, ils ont décidé par leur acte constitutif que les anciens barbistes ou ceux qui auraient un fils à Sainte- Barbe pourraient seuls acquérir cette propriété de famille, patrimoine de Tamitié/ qu'ils trans*mettront à leurs enfans, et que ceux-ci transmettront aux leurs.
On comprendra sans peine, d'après ce que je viens de dire, que le collège Sainte-Barbe ne ressemble à aucun autre, et que les relations intrà et extra muros y sont intimes et continuelles. Les triomphes obtenus dans le monde par les anciens barbistes soût la propriété des nouveaux, et le petit élève de sixième ou de cinquième parle avec orgueil de son camarade le général Cavaignac, vainqueur en Afrique, ou de son camarade Eyiiard, qui rapporte
à Paris les drapeaux et le parasol marocains.
Les discours prononcés à la chambre par.
nos camarades députés sont toujours les meilleurs ; et une comédie ou une tragédie en cinq actes d'un ancien barbiste est un événement pour tout le collège ; on y est radieux d'un succès^ et si Tauteur entre à TÂcadémie, chacun se croit membre de l'Institut. En revanche^ à la fin de Tannée, lorsque vient l'époque des concours universitaires, les anciens s'y intéressent et y prennent part; si l'année a été bonne, si les prix remportés par Mainte-Barbe ont été nombreux, on v^it les anciens barbistes accourir au collège, féliciter les vainqueurs, ajouter à leurs prix de nouvelles récompenses d'honneur, votées par Tassociation barbiste. «-* Si l'année a été moins bonne et moins heureuse que d'ordinaire, on accourt de même et plus nombreux encore pour consoler les vaincus, pour leur tendre la main, pour ranimer leur
— u — jwme coiimge^ et recevoir d'eux des prci»ififi6e% presque toujours remplies , un prix ou vkOf aaof&aii pour Taniiée suivante.
Il y a un grand charme dans Qe& vkitas mt q^Uége elles ocoaeions s'en renmiveUeiit: %mhlient. U.va sans dire que les ancâeiis barbîateft ftmfcéle^er trars fils à Saintes-Barbe^ Mai$ tmi^ lea pères n'habitent pas la capitale ; un graftik nombre d entre eux^ fi&és dans, les départe*mmsv oa retenua loin de Paris par laur étaU lew'a fonetionsy leur tortuoe^ sont obligés de m sépansp de leum eu&ns ; ceuxr-ci oependant: nm (piittwt pas toutràr&it la maison paternelle^ cac en arrivant à Paris ils trouvent une rxQUr velle fwtille^les anciens camarades de leitrs. pères^ auxquels ils sont recommandes et. qui se font un véritable plaisir et: un devoir d aGCopr* ter le patronage ou plutôt la tutelle qu'on leur propose.
Un camarade avec qui j'avais fait toutasjnes^ classes^ brave ei/esceU^it garçon^dont la mor
ét^éi^ égateit le $ayoît> s'étuit, retiré k sa^Mfftî» ^ Qfièl^ daa» la> Um de s£(» nftÎMivBat^ um vill& duMîdî qu'il' aa jitmata quittée. -- hàp'û 9in\ w»iAp Ikj s'est éeoul^e sa vîe ({oi fuV aisi^ ]^ ejt paUiblei.mai^ estimée etiboporée d^tott». Uavaîtt suivi la earrière de la^magî&tratuire^. <it ^MTiqtia apfè» vingt ans. de travaui^ la mmtfi fit l'aQci«i»&6té le firent. enfioi arriver aux éroi^i»r Xêfk fafitction» dô président, du tribunal da^a^aa vill^-natab^ tous sas vo^x ftirent eomblés^ ai^ cune autre ambit'on ne lui parut pluspQ$^Udi$ pédant les cent jours^ la- reatauratioa et les J9J)rné«# de juillet,, tout changea^ ei&ceptèlui; etJe flot des révolutions vint expirer au pied deson fauteuil de président.
Trois ou quatre foison voulut leJHuawier député^ il. refusa; il attrait fallu pourqu^uos mois abandonner ses fooctions. Eu vain.oa^ camarades qui siègent maintenant à la cour royale ou à la cour de cassation, lui écrivaieuttiU que, sa. place était auprès d'eux, quand, il re-
cevait des lettres pareilles, il se hâtait de les faire disparaître et n'en parlait à personne de aa famille, non pas qu'il ne fût à même de juger sainement des hommes et des choses; mais dès qu'il s'agissait de lui, il cessait devoir juste, car il ne voyait plus qu'à travers sa modestie qui grossissait/ le mérite des autres et diminuait le sien! Chaque année il nous écrivait pour envoyer sa cotisation à la caisse de Sainte- Barhe et des vers latins pour la fête de notre patronne.
Quand son fils unique eut neuf ans, il l'en^voya à Paris par la diligence, le recommandant aux soins de deux anciens camarades, c'était moi et Jules Cl... t, actuellement un des plus habiles et des plus renommés chirurgiens de Paris. — Jules C...., sorti en même temps que nous de Sainte-Barbe, avait fait ses études à l'école de médecine, pendant que nous faisions les nôtres à Técole de droit, et avait continué un commerce de lettres avec notre ami le pré-
aident : nous ne pouvions plus Taimer que par eorrespondance*
Vous pensez bien que Tenyoi de notre ancien camarade fut accueilli avec reconnaissance et plaisir ; nous conduisîmes son fils à Sainte- Barbe, où il entra en septième.
Le jeune Maurièe avait une figure charmante, une physionomie douce et intelligente, et, ce qui vaut mieux encore, un cœur bon et aimant. Aussi eut-il bientôt la réputation d'un excellent camarade, et sa vie de collège s'en ressen*tit, car au collège, comme ailleurs, l'orgueil et les prétentions ne réussissent pas. On y est heureux par le caractère plus encore que par le succès, et ce qui rend l'éducation en commun si préférable à Téducation particulière, c'est que chacun dans son propre intérêt y comprend bientôt la nécessité de corriger ou de faire dis-» paraître les défauts qui peuvent lui nuire; c'est qu'on y apprend de bonne heure à ne compter que sur soi, à se faire son sort et sa
position, à se créer des relaliane et des amis; à obliger pour qu'on vous oblige, à être aimable pourjqii'on tous aime. C'est déjà le monde, o*en eat du moins l'apprentissage et le surnumérariat.
Maurice l'avait compris ou plutôt sob oœur le lui avait fait deviner, et quand nous allions le voir, ce qui nous arrivait souvent, c'était à qui nous ferait son éloge. Le premier au jeu et au travail, fort à la balte et en version , joyeux , insouciant et bon enfant, Maurice était, dans toute Tacception du mot, un excellent écolier; il avait eu des succès dans toutes ses classes ; mais à la fin de son année de troisième, son nom retentit trois fois dans ta distribution du concours général aux acclamations de ses camarades barbistes, qui accueillaient chaque neminatidn par les cris de : Vive Sainte- Barbe I Maurice partit pour les vacances, por>*tant ses trois prix et ses couronnes à son père, qui pensa en mourir de joie, et, bien pins en-
core, en oublier un référé qu'il devait présider.
Loin de se ralentir, Maurice redoubla d'ardeur et de travail , il sortait du collège tous les dimanches , et venait les passer tour à tour chez le docteur C, ou chez moi, et nous suivions dans notre pupille, avec un intérêt toujours croissant le passage de Teufance à la jeunesse et le développemertt des facultés les plus précieuses et des dons les plus heureux. Non seulement Maurice devenait un grand et beau jeune homme, aux beaux yeux noirs, à la figure expressive et distinguée, mais de nobles et généreux sentimens germaient dans son cœur, et s'en échappfcitent en pensées étoquentes et chaleureuses ; son imagination , vive et exaltée, se passionnait aisément et sottvent l*abusait; mais dans ses erreurs mêmes il y avait tant de vérité, il les défendait avec tant de bonne foi, qu'on éprouvait du regret h le combattre et prej^qtip le désir de ?e tromper
comme lui. Cette ame si franche et si expansive, cette Sensibilité déjà si profonde, devait être mise bientôt à une terrible épreuve. Maurice, qui tous les ans avait remporté des couronnes, venait de terminer sa philosophie par les succès les plus brillans ; il sortait du collège ; le monde s'ouvrait devant lui , il s'élançait impatient du bonheur et des plaisirs qu'il croyait y trouver. Un affreux malheur l'attendait : la perte de son père! Le digne magistrat venait de mourir à cinquante ans; les regrets et les larmes de tous ses concitoyens, les éloges qui environnèrent^ sa tombe, ne purent consoler ni ses amis ni son fils * d'une perte aussi cruelle qu'imprévue.
Pendant trois ans Maurice resta accablé du coup qui venait de le frapper. Il lui était impossible de se livrer aux plaisirs de son âge; le seul qu'il eût! . . . était dans la société des anciens camarades et des amis de son père , pour parler avec eux de ce père bîen-aimé qu'il avait
trop peu connu. A cq titre^ j'avais souvent sa visite, et je n'ai jamais vu de meilleur jeune homme ; il y avait dans la candeur de son regard et dans la douceur de son esprit un charme auquel on ne pouvait résister* Sa douleur même avait tourné au profit de ses études : ne sortant presque jamais et depuis trois ans travaillant toujours, Maurice était devenu un des jeunes gens les plus instruits de son 4ge. Son père qui lui avait laissé une honorable et modeste fortune^ quatre mille livres de rente, avait toujours désiré qu'il fût avocat. Ce désir était un ordre, et Maurice avait passé ses examens de droit à toutes boules blanches ; il s'étaitfait recevoir docteur, il avait terminé son lAage, et tout nous disait, au docteur C... et à moi, que notre ami et notre pupille serait un des plus illustres élèves sortis de Sainte-Barbe et deviendrait Thonneur du barreau. Or, comme de nos jours la toque d'avocat est presque la couronne de France, nous nous représentions
-^ ii --
iiéjà eu perspactive Maurice député et miuiî^tve^ cerUinst quel que fût sou poste^ qu'il y défeudrait diguemeat les intérèta et la gloire du pays. Il avait abandonné le quartier Latin ^ et pour se rapprocher de ses tuteur», qu'il regar-* dait comme sa seule famille^ il avait loué dans le fond de la Chaussée^d'Antin, non loin de la fontaine Saint « Georges ^ un appartement, riant et confortable, un second composé de trois pièces meublées avec simplicité et élégance , et de plus, au sisième étage, une espèee de belvéder avec un jour magnifique ; c'est là que, pour se délasser de ses travaux sérieux, Maurice allait de temps en temps dessiner et peindre, car Maurice était pour la peinture et la musique d'une première force d'amateur ; on ne néglige point à Sainte-Barbo les taieas d'agiHsmens. Dans les premierâ jourj» de son installation, il vint noua voir fréquemment, puis un peu moins, puis octobre et novembre s'écoulèrent sans que nous eussions
reçu ^A viiiito. Nqus euvoyàmes davoii* trèa souvent de ses nouvellea^ il ge portait à mer*^ veiUe, m^i^ il était toujours sorti* L'idée qui se présenta à notre esprit fut qu'il s'occupait de se$ débuts au barreau et d'une première cavse tiès importante qui lui avait été confiée à la recommandation de Jules C..., qui avait daiia sa clientèle les premières et les plus riches fa-* milles de Paris ; nous nous attendions d'un jour à lautre à apprendre par lui-même son triomphe^ et nous ne pouvions^ du reste^ pianquer de le voir bientôt^ car nous étions à la fin de noveflibre, et le 4 décembre approchait.
Vous me demanderez ce que c'est que le 4 décembre ?
C'est la Sainte-Barbe !
Tout ce qui se trouve ce jour-là d'anciens barbistes à Paris a Thabitude de se réunir dans un banquet consacré à l'amitié et aux souvenirs de collège. Figjurez-vous, chez Lemai*delay^ une saUe imioense où s'élèvent de longues
files de tables qui n'en forment quune seule ^ image embellie des réfectoires du collège. Arrivent successivement deux ou trois cents convives, les uns à pied comme autrefois^ d'autres en de somptueux équipages; mais les distinc-^ tions de rang ou de fortune restent sur le seuil. Dès qu'on a mis le pied dans la salle du banquet, à la gaîté, à la fi^ancfaise qui régnent sur tous les visages, on s'aperçoit qu'il n'y a plus là que des camarades et des frères ; le monde est loin, le collège revient, et l'égalité recommence. Que n'en est-il de même de la jeunesse et de la santé! Chacun cherche dans la foule ceux qui étaient de sa classe et de son temps. Souvent tel camarade, absent depuis bien des années, a de la peine à reconnaître et à être re-' connu; on se devine du moins! et la mémoire du cœur vient en aide à celle des yeux : — Qwot, c'est toi !... et Ton se serre la main, et l'on s'assied Tun à côté de l'autre, et les causeries commencent : — Te souviens-tu?... c'est
le mot qui est sur toutes les lèvres. — Et toi ? — Oui^ toujours. — C'était là le bon temps I — ËS'tu heureuœ ? — Dans ce moment^ du moins !
et la sonnette du président interrompt tous ces souvenirs qui se croisent, car il y a tous les ans un nouveau président choisi parmi les barbistes. Celte année-là, c'était un jeune ambassadeur, qui, à l'étranger, représente la France avec talent et dignité (1); mais alors il représentait Sai&te-Barbe, et chacun avait repris avec son excellence letutoiementdu^oUége. Après saspirituelle et amicale allocution, les toasts commencent : — Au fondateur de Sainte^Barbe! — A Vamitié et auœ souvenirs de collège /—A ceuœ que le malheur ou l'absence empêche de se trouver à cette réunion ! — Aux succhs de nos jeunes camarades ! Tous ces toasts, arrosés de vin de Champagne , sont^ suivis de longues acclamations, le dernier surtout, car une députation de la jeune
(1) M. de Bussiëre ambassadeur p^ la cour deSa&e.
âaiiite^arbe b«i là vi&4^Yi$ le préa^ideot. Toitô ceux qui ont été les premiers , dans leur classe soot invités à cette fête de famille, et l'on ne peut voir sans émotion ces petites figures rian* tes et fraîehes^ à Tair curieux et étonné y aux beaux cheveux abondans et boudés au milieu des tètes grisonnantes et des fronts brunis qui les entourent. C'est le présent et l'avenir, ce sent toutes les générations comme toutes les opinions qui se confondent et trinquent en«> semble... le député de ropposition, le légitimiste et le conservateur. Dans ce moment-^là, il n'y a plus de partis, il n'y a que des barbis* tes. {jC dessert arrive, et tout finit, comme autrefois, par des chansonà* Il y a là quelques vieux auteurs de vaudevilles qui apportent leur contingent, lequel, quoi qu'il advienne , est toujours trouvé délieieux et applaudi avec transe port, amitié de collège , tu es capable de tout ! Enfin sonne l'heure de la retraite ; ou se donne une dernière poigaée de main, on se
sépare, et Y ou va reprendre, Vun ses opiuiausi l'autre sa fortuue., celui-ci ses chagrins, et Y ou attend une année de plu^^ la Sainte-Barbe prochaine^ pour rsyeunir encore.
J'étais arrivé en même temps que Jules Ci..,| e| nous avions gardé entre nous deux upe place à notre ami Maurice, qui était un peu en rei^ tard. Nous le trouvâmes m^iigri et changé ; mais ce qui redoubla notre étoimpient^ c'çst que lui, d'ordinaire si expansif, ét$kit triste et silencieux. Ni la vue de se^ anciens camarades» ni le spectacle joyeux qui nous entourait^ nilep éclats de cette gaîté turbulente ne pouvaient dissiper sa tristesse. Quelquefois, il feûsait det eff<>rts pour s'animer et s'étourdir, i|iais ce rire contraint expirait bientôt sur ses lèvres ^t ilre^ tombait dans sa préoccupation ; oous TiAterrogeames vainement, -^ lln'avait rien. -^11 était bien. — 11 était heureux doBQus voir, et en par^ laut aiosi un sombre accablement pe peignait S)ur iQU^ ses traits. ^ C'est nerveux, me dît le