‹ Maurice Maeterlinck. Joyzelle: Pièce en 5 actesChapitre 39 sur 82 · SCÈNE PBEMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PBEMIÈRE

LANCÉOR, puis J,OYZELLE

(On aperçoit Lancéor amaigri, voûté, vieilli, méconnaissable.)

LANCÉOR, devant un miroir.

Qui suis-je? En quelques heures j'ai vieilli de trente ans. . . Le poison fait son œuvre, et la douleur aussi... Je me regarde avec effroi dans ce

miroir qui me renvoie les débris de moi-même... Pourtant, il ne ment pas. (Allant à un autre miroir.) Car en voici un autre qui dit les mêmes choses... A moins qu'ils ne mentent tous; comme tout semble mentir et se jouer de moi dans l'île extraordinaire, tu se tMe le visage.) Hélas! ils ont raison!... Ces rides que suit ma main, ce n'est pas leur cristal malveillant qui les forme... Elles son t bien dans ma chair ! ... El ces taches affreuses qui ne s'effacent pas, je les sens sous mes doigts... Ces épaules qui se voûtent, ne se redressent plus ; mes cheveux sont éteints comme une cendre pâle que la llamme a quittée; mes yeux, même mes yeux se reconnaissent à peine... Ils s'ouvraient, ils riaient, ils saluaient ia vie... Ils clignottent maintenant, et leurs regards me fuient comme les regards d'un fourbe... Il ne me reste rien de tout ce, que je fus; et ma mère passerait devant moi sans me voir... C'est fini... (Tirant le rideau d'une haute renJtre.) Cachons-nous ; et que la grande nuit recouvre tout ceci!... [H »a s'étendre

dans un coin obscur de l'appartement.: Je renonce, jecOQ-

sens... J'ai fait ce que l'amour ne peut point par-

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