‹ Maurice Maeterlinck. Joyzelle: Pièce en 5 actesChapitre 43 sur 82 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

A quoi bon te le dire, Joyzelle, il est trop tard... Tu ne me croirais plus, car il te faudrait croire ce qui n'est pas croyable... Je marchais dans un rêve, dans une sorte de songe invincible et moqueur,.. Mon esprit, ma raison, ma volonté, que sais-jc? étaient plus loin d'euxmêmes que ce corps délabré n'est loin de ce qu'il fut... J'aurais voulu te dire, te crier mille fois que j'étais un mensonge qui n'obéissait plus ; et que les mots honteux qui violaient mes lèvres, étouffaient malgré moi les ardentes paioles d'amour désespéré et l'aveu tout en pleurs qui s'élançaient vers toi... Je faisais des efforts à me rompre la gorge, à me briser le cœur; et j'entendais ma voix perfide me trahir, sans que mes bras, mes mains, mes yeux ou mes baisers pussent la démentir; car excepté mon âme que lu ne voyais pas, je me sentais en proie à une force ennemie, irrésistible, hélas! et incompréhensible...

Mais si, je la voyais!... Et j'ai su tout de suite que ce n'était pas toi qui me mentais ainsi; que c'était impossible...

Comment le savais-tu ?

Parce que je faire

Mais que suîs-je, Joyzelle, qu'aimes-tu donc en moi, en qui j'ai profané, en qui l'on a détruit tout ce que tu aimais?..

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