ACTE III, SCÈNE II
Il est tout où je suis; et si tes yeux t' égarent. . .
jIOrZELLE
Vous ne savez donc pas que je le porte ici, dans ces yeux qui vous voient et comparent ce qu'il est avec ce que vous êtes?... Vous n'avez donc pas vu ce qu'il est dans mon cœur, pour l'imiter ainsi!... Vous, à côté de lui; vous sous ses vêtemenls et sous son apparence, ah! c'est comme si la mort voulait être la vie!... Mais vous seriez vingt mille qui lui ressembleriez, et lui seul parmi vous ne serait plus pareil à ce qu'il était hier; que je renverserais les vingt -mille fantômes, pour aller au seul homme qui ne soit pas un son^e parmi les autre songes !... Oh ! n'essuyez donc pas de vous cacher dans l'ombre... Vous reculez trop tard; je vous ai découvert cl je sais qui vous êtes... Je connais vos prestiges; et comme j'en rirais, si je ne
craignais point que par vos maléfices, vous n'ayez usurpé, en le faisant souffrir, une forme si chère et si méconnaissable!... Que lui avezvous fait?... Où est-il?... Je saurai... Vous ne partirez pas sans avoir répondu... (Saisissant la main de Merlin.) Je suis seule, je suis faible... Mais je veux, mais je veux... Je saurai, je saurai!...
Je t'aime Irop, Joyzelle, pour lui faire aucun mal, tant que tu l'aimeras. — Il n'a donc rien à craindre. — Ne me crains pas non plus. Je ne suis pas ici pour profiter de l'ombre et surprendre ton cœur. J'avais un autre but. — Écoule-moi, Joyzelle, ce n'est plus le rival ou l'amant malheureux; c'est un père prévoyant et inquiet qui te parle... Avant que fût venu celui qui t'a conquise, comme jamais homme au monde n'a conquis une femme, j'avais, je le confesse, enlrevu un bonheur qu'il est vain de poursuivre au déclin des années... Aujourd'hui, je renonce, triste, mais de bonne foi... Je sais combien lu aimes
le pauvre être inconscient qu'un hasard malveillant a placé sur ta route... Et ne l'y trompe point, je t'en parle, à présent, sans haine et sans envie, mais non pas sans effroi, lorsque je pense aux jours navrants qu'il te prépare... C'est pourquoi je m'obstine à l'éclairer sur lui, au risque de te déplaire... Je n'ai plus d'autre soin que de te détourner d'un malheureux amour, où toutes les déceptions, toutes les larmes t'attendent... Je n'espère rien pour moi... Je ne demande pas que tu m'aimes à sa place. . . Tu m'as assez montré que ce n'est point possible... Je souhaite simplement que lu ne l'aimes plus ; c'est tout ce que j'implore de la bonté du sort; et le sort, cette nuit, exauce ma prière...
JOïZELLE
Comment?...
L'épreuve est grave et triste ; j'aurais voulu te
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l'épargner... Mais tu sais mieux que moi qu'il y a des souffrances salutaires, devant lesquelles il est honleux de fuir... Un geste va suffire pour renverser un monde... Un petit mouvement de ce cou qui se penche encore sans inquiétude, un unique regard de ces youx trop confiants et trop pleins d'innocence, va détruire devant moi la chose la plus belle que l'amour ait créée dans le cœur d'une femme... El pourtant, il le faut... Il est juste, il est bon, qu'elle s'abîme aujourd'hui dans des larmes qui ne seront peut-être pas ineffaçables, puisque plus lard, elle aurait dû crouler dans des douleurs que rien n'eût consolées.
Que voulez-A
Qu'en ce moment même, où tout ce que ton cœur a d'intact etde vrai, de limpide et d'ardent,
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