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Maxime Maufra, peintre marin et rustique (1861-1918)

La mer est ton miroir; tu contemples ton âme Dans le déroulement infini de sa lame,

Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer...

OMBIEN de fois, nous qui apprécions l’œuvre de Maxime Maufra, et qui aimions cet homme d’une sensibilité si ardente et si franche, n'avons-nous

pas pensé, en préparant ce livre, à ces vers de Baudelaire ! Ils s'appliquent au spectacle que son œuvre nous présente, comme à l'émotion que son esprit ressentit et nous fait partager après que fut prématurément glacée la main qui l'anima.

Le poète évoque l’image de la vague à l” «infini déroulement »; le peintre nous fait entendre, par les lignes et

les couleurs, la rumeur de la mer et de l’âme et l'harmonie puissäamment obsédante dont nous enivre et nous berce à la fois

Le bruit de cette plainte indomptable et sauvage.

C’est ainsi que l'art extrait simultanément de la nature la triple richesse du verbe, des tons nuancés et des sonorités rythmées, pour en composer les œuvres, diverses dans leurs apparences, unes dans leur résultat et dans leur but, qui sont de faire s'évader l’homme de lui-même, de le mener plus loin que l’homme.

Maxime Maufra, par une impérieuse conviction, par une attraction qui détermina et remplit sa vie, s’acharna à traduire cet accord, — Baudelaire dit : cette lutte, et cela revient au même, entre lui ét l'Océan, et cest pourmeelà qu'il demeure de lui beaucoup de notes heureuses, dont la vérité, et, pour le spectateur la joie, s’affirmeront avec le temps. Sans doute, bien d’autres aspects de la terre le séduisirent et il les rendit avec un généreux éclat. Nous en verrons plus d'une preuve. Maïs "on" "peut non seulement sans restreindre l'étendue de son œuvre, mais encore, en précisant sa portée, que c'est la mer "avecRees alternances de caresse et de fureurs, ses fêtes et sestragédies, qui la domine toute. Même dans beaucoup de ses tableaux où elle n'est pas implicitement représentée, on sent qu'elle est voisine, et qu'elle agit sur la vie.

Ce goût du mystérieux domaine perpétuellement affronté par les hommes est de toute éternité, et les combats, les aventures et les profits les y appelèrent pour ainsi dire dès le début de leur existence. Mais dans les

arts 1! semble ne s'être manifesté aussi exclusif d’autres données que celle de l'Océan seul et lui-même, que depuis des temps relativement peu lointains.

Les grands poètes antiques n'y font que des allusions brèves, si intenses et imagés que soient les termes qu'il

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