CANAL, PRÈS BRUGES
Aquarelle.
vation et de la formation de son esprit, le croquis est trop
Joli pour que nous nous privions de Île faire figurer parmi
les paysages qu’on verra. « Mme de Stoess est une de ces
femmes qu’un romancier prendrait pour héroïne, dont un
Pouipteunudirait: cc Quel"beau modele" et-dont un
peintre (comme moi ce matin) s'arrêterait étonné quand,
pour la première fois, il la verrait s'avancer vers lui. Native de la Nouvelle-Orléans, elle en possède au plus haut point (du moins autant que je puis me le figurer) le caractère demi-sauvage et demi-civilisé. Elle n’est pas jolie, n’a aucune régularité dans les traits, et c'est la tête la plus étrange que j'aie jamais vue. De grands yeux bleus fendus en amande, cerclés de noir, tantôt vifs et tantôt langoureux; les pommettes saillantes et le nez épaté montrent qu'elle a du sang noir dans les veines. La bouche, plutôt grande, est entourée de grosses lèvres qu'il est impossible de rendre. Les cheveux, relevés sur la nuque et retenus par une grosse épingle d’or et frisés en avant, lui cachent le front en entourant la tête poudrée en blanc. Cela cache leur véritable couleur et contribue à lui donner une physionomie plus étrange. Grande, élancée et bien proportionnée.…., les bras d’un blanc mat et du modelé le plus correct, comme toutes les créoles les doigts chargés de bagues..., sa physionomie est des plus changeantes. Tantôt raide, impassible, elle darde un regard fixe, puis, se laissant retomber sur le dossier de sa chaise, on la croit morte; elle ne vous montre que le blanc de ses yeux et elle écarte avec ses mains d’albâtre les quelques mèches de cheveux qui lui retombent sur le nez. Puis soudain, renversant la tête en arrière, la poitrine en avant, elle se redresse aussi vivement qu’une panthère, fait quelques pas, sonne pour rien, et retombe dans sa torpeur, pour recommencer toujours du nouveau... »
Jl est dommage que ce portrait ne soit pas suivi de la conversation qui eut lieu « toute la journée » au cours de cette réception, et que Maufra l'ait gardée pour la redire
de vive voix et expliquer à ses parents combien il était peu surprenant que cette héroïne « ait été choisie par le chevalier ». Mais un jeune Nantais, et qui veut faire de la