‹ Maxime Maufra, peintre marin et rustiqueChapitre 13 sur 91 · MOULINS, PRÈS BRUGES · texte numérisé non relu

MOULINS, PRÈS BRUGES

Aquarelle.

que celui du mariniste Ulysse Butin, « encore un de mes patrons », dit-il.

Mais il va voir de bien autrement captivants paysages. A l’occasion des fêtes de la Pentecôte, il va enfin quitter un moment Liverpool et sa rivière grise. Un bateau d’excursions à prix réduits pour Llandudno lui fera visiter le Nord

du pays de Galles. Le Hollandais Tilanus l'accompagne, et Maufra ne s'ennuie pas trop avec lui, dessinant pendant la plus grande partie du voyage.

Llandudno, au fond de sa vaste baie montagneuse (enfin il donne à son père un renseignement susceptible de l’intéresser : il y a par là, quelque part, une mine de cuivre), le fait se sentir vivre et le pousse à croquer. « Le vent soufflait avec une violence excessive et le soleil couchant au milieu des montagnes produisait un effet grandiose, puis, au pied, la mer qui avait la couleur la plus étrange que je lui aie jamais vue : du bleu elle passait au violet, du rouge au vert et au jaune. La rapidité effrayante avec laquelle marchaient les nuages contribuait à ce chansement. » En vérité, c'est déja presque "un Matte

Il est enchanté de tout cela, d’une solitude où les faisans et les lapins ne font même pas attention aux touristes, d'un grand pont suspendu dont il envoie un croquis, — et cest en rentrant de cette belle promenade qu'il trouve l'invitation de M. de Stoess à passer la journée dans le home de Southport, où il put contempler la beauté créole, journée qui devait être suivie d’une proposition de prendre l’emploi de l'amusant Pivetta, lequel en sait assez pour réintégrer l'Italie.

Cela «lui avait fait du bien de voir à l'exposition un peu de bonne peinture » et avait seulement avivé son regret de ne pouvoir « en faire lui-même » tout à loisir. Une autre exhibition, d'aquarellistes anglais, celle-ci, l'enthousiasme moins que « celle de la rue de Sèze », alors dans tout l'éclat de sa vogue. Décidément les qualités, pourtant si curieuses, des peintres de water-colour ne lui disent rien. Il n’est pas fait pour en goûter le travail patiemment nourri. C’est par

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le sol même qu'il explique ce peu d'attrait, sol trop discipliné, comme la vie, et trop peu capricieux. Ce sol est, écrit-il, comme ces aquarellistes : «un brin d'herbe ne pousse qu à sa place comme s’il avait réfléchi, avant, qu'il doit être là et d’une longueur telle, mais pas plus. Où est le fouillé qu'offrent certains petits coins de notre Bretagne, où la végétation présente un aspect demi-sauvage, toutes les branches, herbes, broussailles s'enlacçant les unes dans les autres et mêlées de mille fleurs aux couleurs les plus rares? Voila ce que je cherche et-que je“nepeuxspas trouver. » S'ils n’ont pas l'expérience et si le jugement est trop prompt chez eux, les jeunes gens ont de sûrs avertissements d'avenir, et 1l suffit d'un très petit -nombrerde ces avertissements pour déterminer et occuper plus tard une vie. Ce retour soudain vers la Bretagne est une de ces notes qu'il faut fixer au passage.

L’Angleterre, pourtant, garde des révélations encore inattendues à notre voyageur, et il n y aura pas parmi elles que des paysages. Son émotivité est fortement secouée un soir par la vue d'un immense et fantastique incendie. Un autre Jour par un départ d'émigrants pour l'Amérique. Les silhouettes et les groupes lamentables et pittoresques se détachant, avec le steamer qui va dévorer cette proie humaine, «tout noir sur le ciel rouge du soleil couchant, c'était le plus beau tableau, qu'un Gervex, un Manet ou un Bastien-Lepage puisse rêver». Evidemment, les admirations du jeune homme sont encore un peu mélangées, mais il ajoute aussitôt ce cri: « Ah! si je savais ! » qui aurait dùü certainement édifier d'une manière définitive son père sur sa destinée commerciale.

Toutefois, il est encore loin d'avoir renoncé définitivement aux affaires. I] ne les a pas essayées par contrainte: et certains passages de sa correspondance le montrent

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