LE GOUET, PRÈS DE SAINT-BRIEUC
Aquarelle.
les seuls détails graphiques que je pus me procurer. Je me consolai de n'avoir pu satisfaire ma curiosité à l'égard de ce Nantais inconnu, en me disant qu'un peintre qui avait de tels dons ne pouvait tarder à conquérir sa place au soleil. »
Ainsi un homme de vingt-cinq ans apparaissait comme un artiste complet (nous sommes obligé de répéter ce
terme) à un critique dont on a pu parfois trouver les violences excessives, mais qui, d'autre part, dans ses éloges, n'a pour ainsi dire pas commis d’erreurs. À partir de ce moment, Maufra, quoique ne devant abandonner complètement sa situation (un peu bien vague) de courtier que quatre ans après un tel succès, ne doutait plus de l'orientation de sa vie. « L'œuvre ainsi déterminante était, a-t-1l écrit, très sage, une pochade de nature, rien de plus. Mais, ajoute-t-il, ma vocation était décidée; c'est-à-dire que je pensais me libérer de tout contact avec un autre métier et continuer à exposer régulièrement au Salon, puis aux Indépendants. »
À ce Salon des Artistes Français, il ne montrera pas ses œuvres aussi longtemps qu'il pensait alors, mais encore durant quatre ans seulement. La retentissante scission de 1890 aura lieu alors et, tout naturellement, il s'inscrira du côté du Champ-de-Mars, qui représentera alors le plus de largeur dans les idées et le plus de liberté pour les artistes sans distinction de tendances. Plus tard encore, etilnya pas d'inconvénient à indiquer déjà ce trait de caractère, la Société évoluant peu à peu dans un sens restrictifl passera au Salon d'automne.
Pour le moment, nous n'avons qu'à insister sur la remarque essentielle de ce chapitre : la formalion très avancée du peintre presque exclusivement dans la même région. Une excursion en Vendée, à Saint-Gilles-Croix-de- Vie, en 1885; une autre au Pouliguen et la côte de Batz, en 1886 et 1887; et les mêmes années à Boussaye, sont à peine des exceptions, et encore bien peu éloignées des environs immédiats de Nantes. Il leur restera d’ailleurs longtemps
(9681) LauvRvo ‘HHDHd AA XOVALVA SAQ HHAIMUV,T
50 MA XIME/MAUFR'A
fidèle, même après quil aura étendu et multiplié ses expéditions.
Déjà il se soucie, avec la réflexion qui serait plutôt d'un homme dans la maturité, à donner à ses paysages cette sorte de vie individuelle qui avait excité l'intérêt de Mirbeau. I] se préoccupe de rendre la Marée montante à Batz, les Brumes rosées à Boussaye, le mouvement des Bateaux chargés de foin montant la Loire avec le flot, les éttets delcrépuscule dessoleilerantaere
Ce jeune homme qui, à la fois, médite et va de l'avant, voit avec 1890 une année importante de sa vie : il abandonne son métier importun et fait son premier voyage en pleine Bretagne.
GPA BTE MT
PSS DR EMAGNE ERRENCONTRELAVEC GAUGUIN ET TRAVAIL SOLITAIRE
Miomentemene oUribprend, cet élan, mlatencore quelques scrupules qui, sans dissoner avec la franchise de ses décisions et la passion qu'il
apporte dans ses travaux, font grand honneur à son caractère. Peu d'hommes de cet âge comprendraient cette délicatesse dans la volonté de mieux faire, surtout après tant d’encouragements et un succès aussi enviable que celui du Salon de 1886.
PobrumalureiManpeine à ré pas seConsidérer encore omimenpresque un amateur. Il: resarde nettement ses essais, et juge, il l’a dit formellement, qu'il ne sait rien. L’admission au Salon, la louange d'un Mirbeau faite pour dévoyer un débutant plutôt que pour le servir, il qualifie tout cela de « demi-succès ». I] est vrai que certains de ses envois au Salon ne sont pas admis; mais quel commençant ne prendrait pas là-dessus figure d’incompris ipdenpersécuter
1 voit avec beaucoup de lucidité les conditions dans lesquelles il devra se placer pour réaliser le progrès quil sent nécessaire : l'isolement complet, loin des camaraderies complaisantes et du train-train habituel où il y a plus de dérangements réels que de calme apparent; puis le choix
d'un lieu de travail attirant, varié, difficile, et qui corresponde par là même à sa nature avide d’imprévu et de caractéristique. Retourner en Écosse ? Il y songera plus tard seulement, ayant gardé dans un coin choisi de sa mémoire la grandeur et l’âpreté des lignes et des effets. Mais pour le moment, les fréquentations anglo-saxonnes lui demeurent antipathiques, incomprises peut-être, et de là-bas il a plutôt gardé un souvenir pénible. Pas même ce Pays de Galles où il a reconnu et aimé diverses aflinités bretonnes.
La Bretagne même est à la porte, et pourtant elle offre avec le pays nantais des contrastes si tranchés qu'on irait loin avant d'en pouvoir trouver d’aussi divers et d'aussi inspirateurs.
Un beau jour, aux environs du 14 juillet 1890, Maufra débarque à Pont-Aven, et descend, au hasard dans l'auberge, digne de devenir historique, et du reste qui le fut pendant quelques années (jusqu'à ce qu’elle appartint plutôt à l'histoire américaine) de la « mère Gloharec ». Maufra n'a pas réfléchi que ce pays est déjà rempli de peintres.
l'est vrai que ceux-ci n’ont'que trés-peurdemenpons avec l'art qu'il rêve. Élèves de l'atelier Julian pour la plupart, ils cherchent des sujets : des Bretonnes élégiaques à la mode de celles qui ont valu un succès extraordinaire au Pardon de M. Dagnan-Bouveret; des mendiants et des cornemuseux « pittoresques », en un mot toute cette rusticité costumée, charmante, mais un peu trop exploitée, que l’amoureux de solitude donnerait pour une belle clairière déserte et triste, ou pour quelques rochers furieusement taquinés par la vague. Puis, ces peintres de mœurs ou de paysages bien propres ont un autre sujet de conversation
qui les passionne et n’intéresse guère le nouveau venu : les médailles et les moyens de les décrocher.
Aussi s’ennuie-t-il aux heures où il ne va pas dessiner
LE PORT DE TROZOUL, TRÉBEURDEN (189;).
à l'écart. Lorsque se produit une entrée autrement peu banale que les scènes de genre. Le 13 juillet, une bizarre carriole, contenant quatre non moins bizarres personnages, débouche sur la place, et ces étrangers pénètrent fièrement dans l'auberge sous les regards peut-être
consternés, mais plutôt mécontents de la colonie Julian.
Maufra entend murmurer ces mots significatifs : « Bon! voilà les Impressionnistes ! »
L'un: de ces intrusrest dé hautetaille:AINpossedenus type péruvien et emploie tous les moyens d'expression physionomique et d’accoutrement pour l'accentuer. Le second est un Christ aux longs cheveux et à la barbe d'un blond ardent, avec les sages” allures et lemdenme sourire convaincu du théoricien. Le sourire illumine aussi, mais figé dans une expression mystique, le visage replet du troisième. Un petit bossu, “coiffe d'uneNChecn em rouge le plus vif, et s'exprimant dans un français difficile avec un accent étranger, ferme la marche avec importance. Le premier est Paul Gauguin, ancien boursier devenu peintre ét novateur, qui préoccupe fort, et Austen car 1l a‘ un réel:taient, les ateliérs avancés: "1ResS Psp descendant des Incas. Le second est Paul Séruzier, qui fut, peu d’années plus tard, grand semeur d'idées dans une école qui n’existait pas encore à ce moment pour la bonne raison que ses instigateurs étaient sur les bancs des collèges; et ce « Christ » a lui-même accompli, dans une retraite très digne et très fière, une Œuvre ciimebett sentiment, pour laquelle l'heure du succès retarde même à présent. Le mystique est Filiger, qui s'en tient au style giottesque, et même cimabuesque, dans des compositions peu fréquentes. Le dernier, Hahnen, est un Hollandais enthousiaste et incompréhensible, quoique comprenant très bien le français. Il est chargé des fonctions d’introducteur auprès du descendant des rois Incas, et s’acquitte avec ferveur du rôle du chœur antique.
MAXIME MAUFRA | se)
Maufra comprit aussitôt que c'était au moins plus amusant de ce côté-là, et comme le clan Julian avait
abandonné, après le dîner, la salle à manger aux enva-