‹ Maxime Maufra, peintre marin et rustiqueChapitre 21 sur 91 · LE MATIN, TONQUÉDEC · texte numérisé non relu

LE MATIN, TONQUÉDEC

n’exercèrent sur Maufra la moindre influence. Ils exaltèrent pendant toute la soirée les vertus du vert véronèse et du jaune de chrome employés purs, et hors desquels il n’était point de salut pour la peinture nouvelle. I] n’était pas sur

ce chemin et nous savons déjà que sa nature était de creuser

avec ténacité un sillon commencé et de subordonner au sentiment qui le dominait les moyens patiemment acquis. La grande beuverie théoricienne du 13 juillet 1890 n'eut donc pas plus pour effet de l’affilier au ton pur, que les conversations précédentes ne l'avaient converti à l'étude dela ”coifreset au cultésdes rmèdailes?

Le lendemain, au bal du 14 juillet, Gauguin redevenu ce qu'il était réellement, un très grand enfant, dansa beaucoup, ne but pas moins, et le 15 il s'en alla.

Il n'est pas inutile de compléter ces indications sur Pont-Aven, non seulement pour montrer Maufra, comme nous le ferons le plus souvent possible, sur la place même où il travaille, cherche et évolue, mais aussi pour que l’on comprenne par où il diffère des peintres du même moment, dont des jugements trop superficiels l'on dit influencé.

L'endroit même est charmant, frais, verdoyant, mais sans Véritable grandeur. Les coins boisés sont légers, lumineux; l'absence de vieux géants forestiers leur donne seulement un caractère de jeunesse. La rivière d’Aven est claire et babillarde. Les filles, jolies souvent, et le sachant toujours, sont en harmonie avec cette gentillesse de la nature. Quant aux peintres, qui fourmillent aujourd’hui dans ce décor d’opéra-comique, bien que l'école de Pont- Aven nait pas été tout à fait une fiction. ét qu'OnSenER parlé beaucoup vers 189r et 1892, moment le plus typique de son existence éphémère, elle ne présente pas une très grande cohésion.

Gauguin est le chef de ce qui fut le plus particulièrement l’école. [1 y fit du paysage fin et gracieux, vaporeux presque, et que le temps a rendu encore moins robuste

tout en demeurant charmant, — puis du symbolisme d'une candeur assez roublarde, dont le Christ jaune, alors ayant valeur de manifeste. À ses côtés (nous avons dit le caractère

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de Séruzier, de Filiger, et de Meyer de Hænen) nous devons mentionner Émile Bernard, esprit cultivé et chercheur, devenu depuis un des rares grands classiques que nous ayons encore, et très loin des notes de cette époque, où il apporta d’ailleurs beaucoup d'idées et de recherches, qu'on

ne saurait attribuer à Gauguin seul; — puis Séguin, qui mourut jeune et qui aurait eu de nobles développements. Schuffenecker, très lié avec Gauguin qui le portraitura dans son atelier, est demeuré un paysagiste des plus délicats, au talent féminin presque. D'autre part, G. Loiseau“et H. Moret, qui se rattachent exclusivement à l’impressionnisme à la suite de Monet et de Sisley, se seraient plus rapprochés de Maufra, si celui-ci n'avait pas eu de plus qu'eux la volonté de composer et la technique beaucoup plus diverse et plus affranchie des formules impressionnistes proprement dites ; fort bons peintres d'ailleurs, et dont on appréciera même, plus tard, les mérites. Quelques étrangers encore : Verkade; Wilumsen, Danois; O'Connor, Irlandais remarquable par une rare vigueur. Enfin deux peintres qui ont subi très fortement l'influence de Maufra : E. de Chamaïllard, breton, et Dezaunay, nantais.

Ïl est aisé de voir que dans ce coin de Bretagne la nature ne lui offrait pas les éléments de résistance qu'il cherchait pour se fortifier dausson métiersetmpoir rencontrer des thèmes en rapport avec son tempérament épris de mouvement et de force. Il n’était pas davantage en accord avec des caractères ni des tendances correspondant à son esprit, à son but. Maufra, en effet, n'avait pas de goût pour les voisinages camarades, et l’énmulation ne lui était pas nécessaire : il se la créait constamment avec lui-même. Dès sa jeunesse, nous l’avons vu, et nous ne cesserons de le voir, concentré, solitaire, se renfermant beaucoup en lui et chez lui, lorsqu'il ne va pas « sur le motif », le plus loin possible des peintres, se créant même ses amitiés dans le monde littéraire, scientifique ou poli-

tique, de préférence au milieu pictural. Il se trouve même beaucoup plus à l'aise avec des paysans, avec des marins, qui lui offrent des analogies et des harmonies avec les larges et simples aspects de la terre, les rugueuses solidités

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