‹ Maxime Maufra, peintre marin et rustiqueChapitre 22 sur 91 · SOIR D'ORAGE · texte numérisé non relu

SOIR D'ORAGE

des rochers, la vie végétative des vieux arbres. De plus en plus, il aimera ces primitifs et sera aimé d'eux.

C'est cette loyauté qu'il ne trouva pas suffisamment à Pont-Aven pour y rester plus de quelques mois. Cependant il n’y perdit pas son temps : quelques vues de la rivière, du moulin à eau, des clairières voisines, des groupes de

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chaumières, portent déjà sa marque et méritent de figurer dans son œuvre. Mais il ne tarde pas à s'éloigner vers les attirantes sauvageries de la mer, où vraiment les spectacles sont plus rudes et plus beaux, où les marées montantes semblent exiser du peintre une-espèce de lutte not trouvera à la fois son excitation et sa récompense dans la variété des effets de soleillou-de*brume -Cesticet trouve déjà un peu plus richement au Pouldu, en attendant que plus tard, complètement aguerri, il cherche des adversaires plus difficiles à maîtriser.

Mais à partir de ce moment, il a déjà pris contact pour de bon avec cette Bretagne qu'il avait pressentie dès ses jeunes ans, à laquelle il songeait pendant son séjour en Angleterre. [1 s’est vraiment mis en rapport avec la mer, qui deviendra la dominante et la grande accompagnatrice de toute son œuvre.

Deux où trois ans de ce “fort régime ÆCIRP one arriver à Paris, bien armé, sachant ce qu'il veut, capable dellentreprendre et déja quelqun.

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PANRÈLLER DE MONTMARTRE; LES PREMIERS SUCCÈS NCA ENSPROSSESSION DE" SAN CONCE PAMION DE SA VOLONTÉ ET DE SES MOYENS

ALGRÉ les idées de chansons et de dessins facé- HÉLEUILeCENnoMmMenoquendanselespritedu passant et la fascination de débauches nocturnes

qu'il exerce sur celui des étrangers en rupture d’hypocrisie, Montmartre n’est pas essentiellement bouffon, licencieux ni frivole. [ n y a pas, plus exactement, un Montmartre, mais bien plusieurs qui coexistent et ne se confondent pas. Il ne s’agit pas seulement de l’envers de la gaîté et du plaisir, qui n'est pas toujours gai ni doublé de roses. Mais en dehors de ce qui soupe, danse, ou blague, il y a, — Paris étant, dans toute son étendue, une mosaïque de petites villes juxtaposées, -— sur Montmartre, une ville du mystimnesesplustexalté, une dé-l'effort le plus dur, et'une de l'art le plus ardent ou le plus grave. Il s'y est passé des révolutions et des drames, et il en est descendu des œuvres qui ont enrichi les domaines du rêve. -

C'est un de ces coins laborieux que vint habiter Maufra après l'expédition en Bretagne qui le séparait de sa vie et de son milieu nantais, en 1892.

Sans doute, à ce moment, la Butte avait bien perdu de son aspect agreste de jadis, et le seul moulin qui y

subsistât ne travaillait que le dimanche. Mais on y trouvait encore des jardins, des bouts de taillis presque vierges, et des ateliers peu coûteux de loyer. Le revers, qui oubliait de s’enorgueillir de la maison habitée jadis par Berlioz, avait tout un de ses pans envahi par des broussailles et des baraques, le « maquis » aujourd hui complètement disparu, et nivelé au point que l'on pourrait croire possible, en regardant les vastes immeubles qui s'élèvent sur-son emplacement, à la Butte tout entière l'application des vers prophétiques de Ronsard prédisant l’abaissement des montagnes les plus hautes

O Dieux! que véritable est la philosophie . Qui dit que toute chose à la fin périra “Et qu’en changeant de forme une autre vestira!

Le point où s'était arrêté Maufra était situé sur la pente opposée à celle qui a subi cette métamorphose, c'est-à-dire sur celle d’où l’on peut voir s'étendre Paris et y descendre sans détours, ou presque, versant de conquête à la descente, et de fatigue mais aussi de recueillement à la remontée, qui commençait à l'atelier (à présent cinéma, ô symbole des temps !) de Puvis de Chavannes, et finit au temple du Sacré-Cœur. C’est à peu près aux trois quarts de cette ascension qu'était son atelier, un des alvéoles d’une ruche assez complexe, et ce recoin escarpé, pauvre, et qui semble encore appauvri depuis ce temps, est vraisemblablement un de ceux qui changeront les derniers.

Après avoir grimpé une des rues qui montent du boulevard extérieur, on pouvait, si l’on en avait Île loisir, noter trois arrêts : le premier à la petite place du Théâtre

alors un des derniers conservatoires du mélodrame; le second à la place des Abbesses qui n'aurait pu ni prévoir, ni même concevoir, la bouche de sortie d’un chemin de

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