INONDATION AU PRINTEMPS, PORT-MARLY (1Q9O
là, à des vitrines de marchands {alors heureux de se faire les intermédiaires pour des achats d’un louis et même audessus), des dessins entrevus par des fureteurs, ou complimentés par des camarades, tout cela avait peu après son débarquement créé déjà autour de Maufra une ambiance
de luttes utiles, de réussite possible et de bonnes sympathies. La rondeur et la simplicité du jeune peintre, son allure un peu de voyageur ou de marin en disponibilité, son sourire parfois un peu moqueur mais toujours bon enfant, ses yeux vifs, regardant un peu de côté derrière le binocle, son parler franc avec une pointe du traînant des gars de l'Ouest, tout cela composait une bonne et cordiale physionomie, non de rapin, mais d'artiste solide.
Ceux, amateurs ou écrivains, que l'habitude d'état avait incités à déchiffrer cette physionomie-là {preuve que du moins s’il n'avait pas laissé de racines dans le public, l’article de Mirbeau avait éveillé les curiosités qui comptent), quittaient cet atelier sur une bonne impression. Les récits du voyage en Écosse, l'amour de la Bretagne commencée d'explorer et le sentiment persistant d'affection pour le pays nantais aux notes saines et fraîches, enfin la conviction avec laquelle ce garçon de trente ans soutenait, avec témoignages de travaux à l'appui, des idées différentes de celles, alors classées, de l’impressionnisme, étaient suflisamment exempts de banalité pour qu'on s’y intéressât.
L'art est, en effet, plus qu'on ne pense, plus qu’on ne voudrait, le pays des redites, et sur ce pays plat tout ce qui s'élève tant soit peu est vite remarqué.
Une autre cause avait contribué à la formation de ce petit cénacle. Les villes de Paris contiennent toutes des colonisations provinciales, départementales même si l’on préfère. Il était inévitable qu’il y eût une colonie nantaise, — et active. Un avocat et journaliste aux allures un peu lentes et rêveuses, mais dans l’occasion à la parole exempte de lenteurs et à l'écrit nullement nuageux, et
plutôt terriblement fracasseur, — Aristide Briand ; un autre compatriote, débutant dans le journalisme d’information, où 1l apportait, avec un physique de Don Quichotte