‹ Maxime Maufra, peintre marin et rustiqueChapitre 23 sur 91 · LE CHEMIN DE LA CHAPELLE, ROSPORDEN · texte numérisé non relu

LE CHEMIN DE LA CHAPELLE, ROSPORDEN

fer souterrain traversant les entrailles mêmes de la hauteur sacrée, ni l'église en ciment armé où furent célébrées les obsèques de Degas; le troisième enfin à une plate-forme appelée arbitrairement Place Ravignan, mais non pas dans les répertoires municipaux qui ne connaissent que la Rue de ce nom.

C'était une place, en effet, cet élargissement de la rue, une petite place affectant la figure d’un triangle fortement disloqué, et cabossé par surcroît. La rue Ravignan, montant à essoufflement de la rue des Abbesses, s'arrête net à des degrés de pierre, et là, après un ressaut qui élève soudain le niveau, elle se met à son aise pour jouer son rôle.

À gauche, la place donc est limitée par une haute et triste bâtisse, abritant à tous ses étages et dans ses profondeurs, nombre de ménages ouvriers et de misères, ce qui lui vaut son nom de maison de rapport. La ligne se brise légèrement et les constructions s’abaissent en un groupe de baraquements bas précédés d’un étroit jardinet sans végétation; une ruelle suit qui semble dangereuse et qui n'est que sinistre; puis des villas de banlieue perchées sur des socles de maçonnerie et c’est la fin de ce côté du triangle. A droite, un hôtel meublé, alors d'une modestie extrême, était baptisé Hôtel de Poirier, contenait un choix très limité, pour cause de place, de couples ou de célibats artistiques, sous la direction d’une vieille femme barbue, mais maternelle; une maisonnette bourgeoise au jardin ombragé de trois marronniers, aujourd’hui effroyablement délabrée, formait l’autre côté du triangle, dont la base était le perron et ses garde-fous.

À son sommet, cet isocèle raté continue de braver les Jois de la géométrie et la rue celles de l'urbanisme. Cette dernière s’évase brusquement en un vaste espace qui, lui, aurait mérité bien mieux le nom de place, et elle n'a plus qu'un côté. Au delà, c’est le sommet.

La légende rapporte que la Place Ravignan, avec sa

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forme en fer de guillotine, était ombragée d’ormes « vénérables », qui auraient été abattus au début de a Commune en vue de placer, pour les braquer sur le Paris bourgeois, les canons confisqués par Montmartre aux Versaillais. Mais un examen de l'endroit fait plutôt penser que de tels arbres se seraient gênés. Les quelques grêles tiges qui donnent aux gamins pullulants et aux mères, berceuses indolentes, une illusion d’ombrage, sont bien plus en harmonie. |

C'est dans les baraquements ci-dessus inventoriés que Maufra élut un atelier qui convenait à l’exiguité de ses ressources et suffisait à l’opiniâtreté de son labeur.

Ces locaux étaient d'ailleurs plus grands et plus commodes que n'aurait pu faire supposer l'extérieur. D'assez nombreux ateliers se succédaient de chaque côté d'un couloir de bois résonnant sous les pas. Celui de notre arrivant était spacieux. L’ameublement en était plutôt de campement, mais les toiles aux parois y créaient déjà une richesse de spectacles que les parvenus ne peuvent réaliser. Par hasard, un grand vieux crochet de fer, qui demeurait fixé à une poutre du plafond, devait fournir l’occasion de maintes plaisanteries dans le petit cercle qui ne tarda pas a se former autour de ce jeune homme totalement inconnu, — Car on ne peut pas penser qu'un article -élosreuets Mirbeau en 1886 donnait une force de prestige capable de durer autant qu’une demi-douzaine d'années. Et pourtant, 1892 était de l’âge d'or, au prix où maintenant les rivalités, les triomphes bruyants et les avortements précipités tourbillonnent et s’écrasent sur le champ de bataille artistique.

Cependant ce succès de 1886, le refus même ou le mauvais placement de certains envois aux Salons suivants, puis quelques expositions aux Indépendants, enfin çà et

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