‹ Maxime Maufra, peintre marin et rustiqueChapitre 35 sur 91 · LA CASCADE DE SARENNES, BOURG-D'OISANS; ISÈRE · texte numérisé non relu

LA CASCADE DE SARENNES, BOURG-D'OISANS; ISÈRE

maisons à grandes traditions, est devenu une bourse des valeurs indépendante de toutes convictions esthétiques.

Un de ces protecteurs était le propriétaire du café des Variétés, Bauchy, ancien voyageur en bijoux imitation. Enthousiaste et, de plus, hospitalier, il avait attiré dans son établissement le plus possible (il n'avait pas eu de peine à les faire répondre à l'appel) de jeunes peintres ardents, négligés et loquaces. Il exposait leurs travaux dans la salle qui régnait au-dessus du café, et n'usait pas de contrainte pour leur faire payer leurs consommations. Il ne vendit pas beaucoup leur peinture, mais en revanche leurs façons tumultueuses éloignèrent la clientèle de petits bourgeois et de vieux comédiens apaisés qui fréquentait la maison. M. Bauchy dut céder sa maison, reprendre son commerce de bijoux; Maufra rentra en possession des toiles qui avaient pris place dans cette galerie éphémère, et, Sil avait eu des illusions de vente, dut y renoncer.

Le « Père Thomas » fut un autre spécimen du marchand convaincu qui ne fait pas fortune. Il avait à la fois un atelier-dépôt avenue Trudaine et un magasin boulevard Malesherbes sur une partie de l'emplacement occupé maintenant par la galerie Devambez. La vitrine de belle apparence de cette boutique servait plus souvent, dans l’esprit de ce curieux négociant, à « punir le public » qu à exposer des ouvrages à sensation. Passionné surtout de Carrière, d'Anquetin, de Lautrec et de Willette, il montrait quelquefois derrière cette glace quelque morceau réussi de l'un d'eux. Mais lorsque quelques jours s'étaient passés sans que l’amateur se présentât, ou que le passant enthousiasmé s’arrêtât longuement, il retournait la toile du côté boutique, et n'exposait plus du côté boulevard qu'un symbolique crapaud de bronze. Parfois il ajoutait

une plume pour faire une allusion parlante à la critique. Maufra, du moins, plus apprécié par Thomas comme dessinateur que peintre, trouva en lui, pour ses crayons

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