L'ANSE DU VIEUX CHATEAU, BELLE-ILE-EN-MER
Avant de repartir, hélas ! il fallait de l’argent. Toute une petite cour de flatteurs, moins désintéressés, mais moins intéressants que ces amis éprouvés, l’entretenait dans la certitude qu’une vente publique de ses œuvres le mettrait à même d'effectuer un somptueux voyage, précédé d’une non moins somptueuse séparation. Cette vente eut lieu
à l'Hôtel Drouot le 18 février 1895, et fut un désastre. Quelques amateurs de choix tels que Degas, Olivier Sainsère, le D' Viau, avaient commencé à pousser les enchères jusqu'aux prix, honorables pour l'époque, de cinq cents à mille francs. Mais bientôt les opérations prirent un autre tour; quand on approchait de ce chiffre, les « amis » trop bien intentionnés faisaient monter par cent francs, à des sommes si élevées et que l’on voyait factices, que les véritables acheteurs bien intentionnés s'éloignaient peu à peu, et que les œuvres demeuraient la propriété du vendeur. Tous les frais liquidés, il revenait environ 800 francs au pauvre Inca. Maufra qui venait de vider toute sa bourse en achetant cent francs une étude, emmena Gauguin, qui pleurait comme un enfant, dîner dans son petit atelier de Montmartre, cependant que les auteurs de ces magnifiques enchères l’abandonnaient et se dispersaient avec plus de discrétion qu’au moment de leur brillante manœuvre.
Nous serons excusés d’avoir reparlé de Gauguin une dernière fois, avant qu'il allât porter à Taïti une détresse fleurie de parfums et de rêves, ayant seulement voulu accentuer un trait de la physionomie affectueuse de Maufra lors d’un de ces passages de la vie où la plupart n’ont pas #rop de préoccupations et de sollicitude pour eux-mêmes.
Il n’est pas sans utilité, maintenant que nous connaissons mieux l'homme et que nous avons franchi la période des débuts, avant d'étudier l’œuvre dans celle“ de#la maturité et celle ”de. [afin d'en tracer unenseuest chronologie.
Nous avons vu que, sauf en 1883 et 1884, où il fait
en Écosse, et notamment aux lacs Lomond et Etive ses premières tentatives d’affranchissement, toute la période de l'éducation qu'il se fait à lui-même et qui le rend vite maître de son orientation et de ses moyens, se passe dans le pays