‹ Maxime Maufra, peintre marin et rustiqueChapitre 38 sur 91 · VUE DE LOCRONAN PAR SOLEIL D'HIVER · texte numérisé non relu

VUE DE LOCRONAN PAR SOLEIL D'HIVER

sionnellement les préoccupations du loyer ou du marchand de couleurs, si cela n'avait pas contribué à donner à ses tableaux cet accent à la fois solide et intrépide qu'ils ont fréquemment alors. Puis, il n'est pas sans ajouter une touche à notre portrait de révéler aujourd'hui que ses propres difficultés ne l'empêchèrent point de venir en aide

fraternelle à ceux qu’une gratitude ou une sympathie lui avaient fait amis.

Ainsi, ce sculpteur Le Bourg, mal récompensé de son talent et peu favorisé des circonstances, qui l’avait encouragé dans la prime jeunesse, et l'avait aidé à franchir les résistances, eut, à plus d'une reprise, l'occasion d'échanger avec lui des démarches et des obligeances matérielles. À quoi bon dissimuler ces traits de la vie artistique, aujourd'hui que la disparition des personnages ne peut plus blesser leur discrétion, mais qu'au contraire elle permet de faire entrevoir que la fraternité existe parfois autrement que dans les clichés des discours et des rapports ?

Envers ce Gauguin, dont il aimait tant l’art et Île caractère et dont il partageait si peu les théories, — on en trouverait encore d’autres sans peine, — il se montra également, malgré la différence des âges, bon camarade.

Il allait souvent lui rendre visite dans son atelier jaune du plus lointain Vaugirard, encombré de primitifs instruments de musique polynésienne, et animé, les soirs de modestes réceptions, par la présence d’une petite femme de couleur, habile à offrir le maté avec-des=manières câlines. De son côté, Gauguin, lorsqu'il était en humeur de s épancher ou bien de chasser le spleen, vint plus d’une fois partager le repas sur le premier plateau des Alpes montmartroises, essayer même peut-être. mais en vain, de s'assimiler un peu de cette calme activité de son ami. Angoisses que l’on devine mieux aujourd'hui, à distance, qu'au moment où elles se cachaient sous des discours tranchants et des allures superbes.

MAXIME MAUFRA IOI

Maufra fut ainsi le confident des désirs de départs qui brûülaient Gauguin, de départs loin d’un milieu füt-il admirateur, où, malgré son amitié, celle de Mallarmé et de Charles Morice, sa sauvagerie native étouffait.

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