LA VALLÉE DE SAINT-JEAN-DU-DOIGT
geante avec les seules ressources du camaïeu. Les deux Ruysdaël, Jacob plus inquiet et plus poignant, Salomon avec plus de fraîcheur, rendent avec leur émouvante assiduité un grand nombre d’aspects familiers à leur riche clientèle navigatrice, et, pour les quelques occasions où il s'y intéresse, Albert Cuyp peint avec un égal bonheur la limpide dorure des calmes, ou l'éclair qui vient frapper la
vague furibonde. Toutefois ce ne sera que beaucoup plus tard que la peinture hollandaise reprendra possession de la marine, qui, avec Backhuyzen, était devenue un peu trop esclave de l'étiquette.
Le xviri* siècle, en tant que peintre, sinon en tant que littérateur, ne s’est pas très intéressé à un Neptune aussi peu marin que ses bergers étaient peu rustiques. Il n'y a même pas dans la peinture une seule note analogue à ce que sont, pour les lettres, la sombre constatation des « animaux farouches » par La Bruyère, ou même, à la rigueur, la copieuse description de la tempête dans Paul et Virginie. Louis XV répond bien à La Tour qui veut faire le censeur et déplore devant Sa Majesté que la France n'ait plus de marine : « Pardon, monsieur le peintre, vous oubliez celles de Vernet. » Mais, malgré l’art accompli, le soin, la flatteuse exactitude de Joseph Vernet, si ses ouvrages avaient été ce quelque chose de plus redoutable que l’exact : le vrai, qui affirmerait que le roi ne les aurait pas ignorés et ses sujets compris ?
Chose singulière, l'Angleterre elle-même, pendant longtemps, pour l'art, ne paraît pas être une île. Il faut arriver à Wilson, au vieux Crome, et surtout à Turner, pour qu'elle regarde de près ces « vagues qu elle régente » ainsi que le proclame avec orgueil son hymne national. Turner, jouant merveilleusement dans l'imaginaire, ouvrira les yeux. des peintres surtle-récl AI <a maps bion d’autres, l’initiateur de l'artiste qui fait le sujet de cette étude. Maufra, pendant son séjour de jeunesse à Londres, ne verra, ne sentira vraiment que Turner.
Depuis, presque en concordance avec le temps où
Michelet médite et écrit son poème en prose exaltée :
la Mer, et quelques années après que Géricault dans l’immense toile où il en fait sentir tout l’effroi, bien qu'elle