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LE FOND DU PORT DE GOULPHAR, BELLE-ILE-EN-MER

Il souhaitait que trois grands moyens de propagande, le musée, le théâtre et la chanson, en Bretagne, fussent consacrés avant tout à l’art et à la poésie de la région. Les lignes qu'il écrivait, entre autres, sur la chanson valent d’être citées, car elles sont de véritables paysages dans la manière même de notre peintre.

« Passants, arrêtez-vous; écoutez la chanson qui vous dira les belles choses de la vie, les rêves de là-haut et les peines d’ici-bas.

« C'est vous, les vagabonds, errants du monde, qui la portez ; c'est vous les simples, qui l'entendez ; eh bien, chansonniers, faites-la simple, aux symboliques pensées; qu'elle soit le cri de votre âme, ce que je réclamerai aussi aux poètes;

« Chantez, poètes, en vos œuvres, hors les formules admises : ciel gris, landes et brüyères; chanter dise cette Bretagne puissamment colorée;

« Chantez ces prés aux verts étincelants, cette mer aux tonalités de pierres précieuses, ces rocs recouverts de jaunes lichens ;

« Chantez ces arbres aux formes majestueuses, et ce joli clocher enfoui dans la verdure, ou celui qui s’élance, là-bas, sur la hauteur dans la nue infinie ; |

« Chantez ces ciels tragiques, immenses et flamboyants;

« Chantez ce peuple fort, ces rudes gars de la mer, ces femmes aux larges flancs, ces simples paysans... »

Ces idées de décentralisation, ou plus exactement comme le disait Maufra, de «centralisation bretonne », eurent alors beaucoup de retentissement dans toute la province, et un commencement de résultats assez brillants.

À Ploujean, près de Morlaix, il y eut une représentation du Mystère de saint Guénolé, joué par des ouvriers, des cultivateurs, des employés, suivant les vieilles coutumes, avec une conviction naïve et touchante. Il n’y aurait eu qu à continuer dans ce sens pour que ce coin de la Bretagne devint une facon d'Oberammergau. Maufra avait brossé de beaux décors pour le drame, notamment celui de la scène

où saint Guénolé sauve le roi Grallon dans sa fuite lors de l’'engloutissement de la ville d’Is par la mer. Toutefois, il ne devait pas tarder à être repris par son

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