‹ Maxime Maufra, peintre marin et rustiqueChapitre 62 sur 91 · SOIR ORAGEUX, PORT-GOULPHAR · texte numérisé non relu

SOIR ORAGEUX, PORT-GOULPHAR

galope et se rue en éparpillant son emportement sur les rochers plats de Saint-Guénolé. De degrés en degrés, par des transitions qui ont fourni la matière de dizaines de marines, l’on arriverait à la terrible explosion des Z'empétes a Penmarch.

Deux, entre autres, de ces peintures, n'ont point

d’analogues dans tout le paysage français, nous ne craignons pas de le dire. Personne n’a pu se tirer comme Maufra de cette difficulté suprême : donner la sensation de la violence la plus déréglée avec point de construction apparente, et-ici,-présqueouspoint de COLIN SERRES Grosse mer à Penmarch, nous montre les lames formidables, avançant en trois ou quatre rangs empanachés d’écume, dont la brisure ainsi que la résistance s'expliquent par un bout de roche à peine découvert, au premier plan, à gauche. L'autre, l'empéle à Penmarch, est plus déconcertante encore, par des sortes d’enroulements tourbillonnants dont le couronnement spumeux s’est totalement éparpillé en pulvérulents embruns. Trait remarquable : il y a peu de mouvement pour exprimer ce mouvement fou; des surfaces sonflées très larges et très simples donnent l’idée de cette irrésistible turgescence, et non moins surprenante encore est la couleur, réduite à la plus simple harmonie d’un vert blafard.

Du spectacle que viennent de nous donner toutes ces phases on pourrait revenir à plus de calme et d'espoir avec les belles et riches tranquillités de la baie de Concarneau et de Beg-Meil et leurs couchers de soleil irradiés, ou bien avec les Levers de soleil sur Port-Goulphar en Belle-Ile, les levers de lune sur la baie de Douarnenez, très souvent étudiée par Maufra, ou encore une vue de la Baie du Croisic, d'une harmonie délicieuse, où, sur la vaste mer légèrement clapotante, se tiennent maintes barques aux voilures jaunes, vert émeraude et d’un rose de conque.

Un jour, Maufra synthétisa toutes ses sensations et conceptions de la mer en ces trois toiles de Morgat que

nous avons mentionnées : le Calme, le Vent et la Tempéte, destinées au Grand Hôtel de l’endroit, qui ne les a pas conservées, — et en un ouvrage encore plus vaste, une grande marine d’une harmonie très soutenue, avec l'aperçu des rives et du port et la vie des barques aux sombres voiles rouges, sa plus ample peinture, commandée par l'État qui déclina l'obligation d’en acquitter le prix et d’en prendre livraison sous un prétexte discutable.

Ces quatre pages, capitales, sont dignes en tout point de l’œuvre qu'elles condensent et couronnent. Toutefois leurs dimensions mêmes ne les désignent guère que pour le musée, et peut-être fatalement pour un musée hors de France, car maintenant le talent du peintre sera trop haut consacré pour que les trois premières puissent de nouveau décorer la plus ambitieuse auberge, et les usages officiels ne permettent guère l'acquisition (ou dans le cas présent la réacquisition) d'une œuvre d’un artiste mort, avant que de longues années ne l’aient rendue nécessaire, "et onéreuse.

La même progression de la bienveillance de la nature à son âpreté se constate dans les séries qui, sans perdre de vue la mer, la tiennent rattachée aux côtes que tour à tour elle fuit et revient caresser ou battre aveuglément.

Une de ses œuvres de jeunesse, l’Arc-en-ciel, qui avait été très remarquée aux environs de 1894, semblait être le prélude et le programme de cet accord si dramatique parce quil est si instable. Le segment irisé s’appuyaiïit sur une massive falaise et allait se plonger en poudroyant dans le flot. Le peintre traita encore une fois ce motif dans l’anse de Dinan.

Au Pouldu, sa première étape accentuée vers la mer, comme Pont-Aven avait été la première vers la Bretagne rustique, il trouva de beaux motifs de plages et de côtes

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