LES VIEUX SAULES, ENVIRONS DE NANTES
geant et mobile. Le paysage des Z'rois F'alaises, les Hautes Falaises à Vaucottes; les Falaises noires hantées de vols d'oiseaux entre leurs inébranlables piliers, le Cap de la Chèvre; les implacables granits de la Pointe du Raz, les Falaises de Polhor, d’un si beau dessin, nous font admirer
leurs inflexions hardies ou leurs brusques et roides déchirures, remparts vus d'en bas, abîmes vertigineux aperçus si l’on ose se pencher du haut de leurs bords. Tels sont les sujets où, avec les tempêtes, la fougue de Maufra, secondée par ses longues observations, et ses nombreux dessins, son ‘expérience enLun-mot,-sest le plus tranchement adonnée et a conquis les plus difficiles réussites. C’est pourquoi, même après des entreprises célèbres, et dignes de l'être, ses tableaux de Belle-Ile, Port-Coton, Goulphar, roches dressées au milieu des houles sans trêve, sont tous si émouvants, si forts, et à l'abri de toute critique, partie importante de son œuvre, qu'il a complétée et affirmée à diverses reprises. Toutefois, dans certaines pages plus complexes, il a saisi certains états de la nature maritime qui sont attachants précisément à cause de la difficulté de les expliquer, mais non de Îles ressentir. En voici un exemple ou deux : une l’luie à Morgat, où se trouve une belle opposition de la mer proche, et de l'ondée qui plus loin brouille tout le reste; une Tempéle à Etrelat, où les vagues se ruent au pied des falaises-éléphants; enfin peut-être la plus complète et la plus belle de ces histoires, la grande Côte bretonne reproduite dans ce livre, où tout vit et tout palpite d'ensemble, et la falaise si robuste et si résignée, surmontée de ce village fait aux rafales, et les rocs tapissés d'algues, et le grand champ de la mer aux sillons mouvants, et acharnés, et les barques qui semblent y plonger, ou qui, au loin, subissent et bravent (du moins on l'espère) le déversement hargneux et noir d’un grain.
Nous serions trop incomplets dans cet essai de classer et d'analyser l'œuvre marine de Maufra, si nous omettions
de parler tout spécialement d'un élément qui lui donne le plus de vie. Nous voulons parler de l’individualité quasi humaine des embarcations et, pour ainsi dire, de leurs
CHALAND SURIUN CANAL (1010).
mœurs sociales. Il a étudié et conquis comme peu d’annalistes de la mer leur personnel caractère, leurs mouvements, leur obstination ou leur louvoiement, manœuvres pour la récolte ou pour l'existence vis-à-vis des complicités capricieuses et la plupart du temps hostiles du vent et de la vague, de la rageuse et du traître, ainsi que, d’autre
part, le dandinement dont elles conservent, comme les vieux loups qui les montent, l'habitude et l'allure.
I] faudrait, pour bien faire apprécier le mérite de cet élément si important et si typique de l'œuvre, une science spéciale de la navigation qui nous manque, forcé que nous sommes de goûter l'action et les formes sans leur appliquer les noms appropriés. Maufra possédait cette expérience qui donne tant de vérité à ses peintures de la mer. Elles ne sont pas des paysages mais des scènes où tout parle, où rien nest hasardeux ni hors de sa place et de son rôle.
Ne savons-nous pas que Maufra, dès sa jeunesse, avait été, comme la plupart des Nantais, enclin aux sports nautiques? Sa passion du dessin, et son observation incessante de ce qui fait la vie même de la mer, avaient fait le reste. Aussi sa science des vagues et des bateaux est à abri de toute critique. À défaut d’un vocabulaire exempt d’hérésies, et plutôt que de recourir à des expressions fantaisistes, nous ne pouvons mieux faire que de citer ce bref, mais précis apercu, dans l'excellente étude de M V.-E. Michelet
« Avant même de songer à les peindre, Maufra a connu la mer et son atmosphère; les corps à corps de l'Ondin et du Sylphe, ila dûMHes/observer soustcettetose qui sait dessiller les yeux : la nécessité. Car lorsqu'on est sur mer dans un bateau, il faut regarder ce qui se passe autour de soi, si l'on ne tient pas à aller dessous. Il était donc armé pour devenir le peintre de la mer et des bateaux. Il connaît le bateau, cet être vivant auquel on lie sa vie. Il
sait, à voir sa structure et son gréement, comment il se
comportera dans sa lutte avec l’eau. Est-ce bien des bateaux, ces masses de fer mues par des organes très compliqués, qui dansent sur les vagues en halenant des fumées noires ?
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