FIN D'APRÈS-MIDI D'HIVER, CÔTE DE BELLE-ILE-EN-MER
Ils ont leur beauté imposante et grandiose. Mais leurs mouvements déconcertent l'œil parce quil n’en perçoit pas les causes, parce que leur moteur demeure secret, caché dans la coque comme les mobiles d’une femme dans le fond de son cœur. C'est des oiseaux qui voleraient
sans ailes. Le bateau à voiles, c’est l’oiseau qui vole à
pleines ailes. La goélette est ailée comme le goéland. Maufra est familier des bateaux. Il a su en rendre la vie aventureuse et ardente, le mouvement qui doit être juste, sous peine de mort. Le grand vapeur qui sort du port dañs une majestueuse émotion, le mâle trois-mâts chargé
LES MOULINS A VENT, ARS-EN-RÉ; ILE DE RÉ (I1Ot1I).
de toile et la goélette taillée comme une belle femme, et le thonnier hardi et solide comme un athlète mince, dressant au ciel ses longues antennes dont il caresse la houle dans ses fortes gîtes, et, plus petits, les sardiniers, hauts sur l’étrave, dont la flottille frémissante semble, de loin, comme un essaim de scarabées ouvrant leurs élytres géminées, tout cela vit et remue sur les toiles de Maufra, au large ou près de la côte, ou dans le port, ...jusqu aux
humbles ports de pêche dont une douzaine de canots homardiers constitue toute l'escadrille. »
Qu'ils soient disséminés, ou qu'ils partent, ou bien
PIE NA EUR MOULIN M AN EINERSNRCE R ET OlISSMIEN ÉNONT
reviennent par troupes plus ou moins denses, les bateaux, dans les toiles de Maufra, jouent toujours un rôle expressif dans le drame de la mer. Jamais déclamatoire, ce rôle, mais la simplicité et la vérité même. Ces manœuvres des sardiniers, si ardues parfois, mais parfois si rapides et si précises que nous les avons vus certains jours rentrer au
port et doubler le môle avec la sûreté des chars évoluant dans un cirque, notre peintre les retrace avec une réussite toute spéciale. Dans un tableau comme les Bateaux sardiniers par temps de pluie, on voit qu'il avait fait une étude profonde, non seulement des coques bondissant légèrement sur les vagues clapotantes, mais encore des pêcheurs entassés, dont les silhouettes sont évoquées en quelques touches, et des voiles qui commencent à se gonfler. Ea Rentrée des sardiniers à Concarneau; les Bateaux de pêche à Yport, la Rentrée à Sauzon, une autre encore aux Sables-d'Olonne ; les tableaux qui ont pour sujet l’Arrivée des bateaux de pêche à Morgat, le Départ des bateaux de pêche à Yport où le mouvement d'hésitation est si justement saisi, — voilà quelques-unes de ses meilleures réussites en Ce centre. |
11 arrive qu'il donne idée de cette vie“partlescalme relatif, dans tel tableau de Bateaux au mouillage, ou de Sardiniers au large de Saint-Guénolé, ou bien en rapprochant de nous les embarcations au point que nous pourrions héler leur équipage {Goëéleites au mouillage à Camaret); ou lorsque, toutes voiles déployées, elles passent, à contrejour, devant nos yeux comme de grands oiseaux sombres {Voiles à Camaret). Quand le dramatique s'accentue c’est souvent sans grands mouvements, presque sans souligner l'effort ou le danger. Une toile très typique est celle deda Pêche aux sprats, en hiver, dans la baie de Douarnenez, qui donne si bien l’idée d’un maigre et ingrat labeur tout contre la rive. Dans une autre émouvante toile, Orage à Beuzec, l’on découvre du haut d'un rétrécissement de la falaise quantité de barques qui reçoivent stoïquement le
grain. Vu de cet observatoire, le mauvais moment semble une simple ondée; mais on sent qu'il vaut mieux n'y pas être. Nous nous rendons compte de la sécheresse et du