LA RADE DE LA TRINITÉ-SUR-MER; MORBIHAN
MéRDOr du Croisic à laëfin duvjour, 1e Porinde Trozoul (Trébeurden), le Quai d'Audierne, la Cale du port de Camaret, plus amples tant soit peu, participent du même sentiment placide. Le Grand Port de Douarnenez se développe plus majestueusement, et l’on éprouve, devant la belle inflexion de ses lignes, on ne sait quel charme de
sympathie. Parfois, l’on sent que le port a des habitudes actives même quand le peintre l’a surpris en plein repos. Par le nombre des mâts et des grandes ailes détendues, le réseau relâché et pendant des filets, on voit que ce n'est pas la léthargie mais la simple suspension du travail, repris bientôt, peut-être en pleine nuit, ou bien à la pointe du jour : le Port du Croisic un jour de relâche et le séchage des Vorles dans le port de Camaret, sont deux spécimens très réussis de cette expressive accalmie.
Une fois du moins Maufra a peint un port triste, désolé et désolant : le Vieux Port breton, dans un endroit non dénommé, rustique plus que s'il n'avait jamais connu le moindre embarquement : vieux port rechigné, dominé par son castel de roc, comme un chien hors es aux pieds de son seigneur décrépit.
En revanche, un puissant lyrisme anime la belle série d'entrées ou de sorties, en ce Port du Havre qui avait dû si fort impressionner sa jeunesse au retour anxieux de l'Écosse. La Sortie d'un cargo-boat, l'Entrée d'un troismats, la Gabare anglaise, les Phares, un de ces Phares avec un grand bateau à voiles qui passe devant rapidement en fendant le flot, la Sorlie d'un transport, l’Avant-port du Havre, — autant de spacieuses et vigoureuses vues, qui donnent l’idée d'une action forte, réglée et de grande allure. Dans toute cette série, une couleur sobre et lumineuse, sur laquelle le moindre rehaut d'un ton vif prend une valeur joyeuse, entraînante.
Peut-être Maufra a-t-il atteint la plus complète réussite en ce genre avec un tableau d'un port plus modeste, mais très harmonieux dans sa vivacité, le Bassin à flot du port
du Palais (Belle-Ïle), où de grands bateaux noirs, l'un avec la quille blanche, l’autre rouge, et tout parés de voiles cramoisies dressent leur noble stature en avant des maisons du quai.