‹ Maxime Maufra, peintre marin et rustiqueChapitre 83 sur 91 · LE PONT SAINT-GOUSTAN A AURAY; MORBIHAN · texte numérisé non relu

LE PONT SAINT-GOUSTAN A AURAY; MORBIHAN

sec d’un coup de fusil isolé, tiré quelque autre part, bruit qui signifiera que la guerre est là, au milieu de ce calme et de cette solitude, que le soleil déjà levé ne semble pas devoir égayer, et dont seule la beauté du spectacle magnifie

encore la grandeur. »

Si nous avons tenu à reproduire ce Maufra, bien qu'il

soit en dehors de son œuvre, c’est pour mieux faire pénétrer le lecteur dans le fond même de sa sensibilité d'homme et de peintre: C'ést;"enrquelque Sorte “unesalss du sentiment qui anime ses paysages, et l'attestation est irrécusable des convictions que nous l'avons vu professer dès le début de sa carrière, quant au devoir de rendre par des moyens réfléchis une émotion soudaine et conservée toute vibrante.

Cette carrière d’un homme müûri, mais toujours plein d'une ardeur qui couvait sous ses apparences tranquilles et robustes, allait se terminer. Juste un an s'écoule à dater de cette expédition, pendant lequel il revient à Kerhostin où les fureurs de la mer sont moins terribles et moins folles que la démence meurtrière des barbares. Il reprend des thèmes de la presqu'île, entre autres le Port-Blanc, le coin le plus souvent agité. Il se complaît aussi à étudier minutieusement, mais sans mièvrerie, le vieux pont d’Auray, avec ses vieilles maisons aux toits d'un noir bleuâtre. Puis les délicieuses fraîcheurs de la Sarthe, à Poncé, l’attirent en ce mois de mai au cours duquel il avait, en 1917, vu le soleil rouge se lever sur l'horizon inondé du Nord. | pe

Est-ce un besoin de contraste, une inquiétude, un mirage d'apaisement pour son esprit qui depuis trente-cinq ans avait été si excité par la lutte, si tendu par l'effort du travail, si prompt aux joies comme aux soucis de la vie, qui le poussent ainsi à abandonner sa maison au moment où les fleurs seront près de s'ouvrir? Est-ce une inconsciente recherche d'un inaccessible repos ? |

Pourtant, c'est à cette heure de son existence où comme un pressentiment informulé vient le frôler d’une

certaine solennité, qu'il dit au revoir à sa demeure et prend congé des siens. Il restait une touche à apporter à cette habitation élue : un puits venait d'être creusé dans

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