‹ Maxime Maufra, peintre marin et rustiqueChapitre 84 sur 91 · INONDATION, LE MOULIN; GUÉ-DU-LOIR; LOIR-ET-CHER · texte numérisé non relu

INONDATION, LE MOULIN; GUÉ-DU-LOIR; LOIR-ET-CHER

son jardin, et seule la margelle était inachevée, une margelle de l'ancien temps, avec ses belles assises de granit, son treuil de bois massif et la niche pour la statuette de la bonne sainte Vierge. Il en avait donné attentivement le dessin et fait toutes recommandations au tailleur de pierre qui devait l’achever durant son absence.

Un matin, il arrangeait un parterre dans son jardin et il indiquait à son fils, avec qui il causait de façon affectueuse et familière, la facon dont il devrait continuer les plantations. À un moment, il lui dit : « Tu es appelé à me remplacer; j'aimerais que tu saches comment il faudra t'y prendre. » Pendant ces jours précédant le départ, son humeur souvent vive de bourru bienveillant s'était rassérénée et reflétait plutôt le côté doux que le côté rude dela presqu ile.

Quelques années auparavant, examinant avec une franche ironie divers traits entachés d’un peu de charlatanisme, qui diminuaient à ses yeux son admiration pour certains grands artistes de son temps parvenus à la célébrité la plus retentissante, il avait confié à son journal cette expressive déclaration : "Jar "rèvé unetesplite simple et moins ostentatoire. » Et il s'était bravement tenu parole.

Un autre vœu plus étrange, et dont on ne saurait décider s’il était de résignation, de résolution eue détresse fièrement envisagée, était maintenant également sur le point d’être exaucé. « Il ne faut jamais, avait-il écrit, vieillir, moralement ni physiquement; il faut conserver une santé robuste et ne pas être atteint par la maladie. Plutôt la mort que ces oiseuses légendes nées à la disparition des grands hommes! »

Üne fois arrivé à Poncé, il "se”mit au#travaret brossa quelques peintures sur des motifs d'eaux courantes parmi de légères verdures printanières. Le 23 mai de sa cinquante-septième année, la journée était faite. Dans la grande tranquillité de la vallée, il regardait alterna-

tivement, sa bonne pipe à la bouche, son étude sur le chevalet et le clair paysage près de s ‘endormir dans le soir. Il se leva et chancela. Le petit paysan qui lui portait son attirail, accourut. Celui qui avait souhaité si ardemment de se voir épargner les tristesses de la décrépitude venait, en pleine force, dans une minute heureuse, de tomber foudroyé.

CATALOŒUIE

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