DE MORALE
jes vices entrent dans la ^compofition des ver- Etus, comme les poifons (entrent dans la compofition des remèdes de la médecine : la prudence les affemble, & les tempère, & elle s'en fert vtilement, contre les maux de la vie.
La vertu des gens du monde Al eft
eft vn fantofme formé par nos paffions. à qui on donne vn nom honnefte, pour faire impunément ce qu'on veut.
Toutes les vertus des hom- . mes fe perdent dans l'intereft, comme les fleuves fe perdent dans la mer.
Les crimes deviennent innocents, mefme glorieux par leur nombre , & par leurs qualités : de là vient que les volleries publiques font des habiletés , & aue prendre des provinces injuuement s'appelle faire des conqueftes. Le crime a fes héros, ainfi que la vertu.
La honte , la parefle , & la timidité ont fouvent toutes feules le mérite de nous retenir dans noftre deuoir , pendant que
noftre
noftre vertu en a tout l'honneur.
Si on auoit ofté à ce qu'on appelle force, le defir de conferuer , & la crainte de perdre, il ne luy refteroit pas grand 'chofe.
La clémence eft vn meflange de gloire, de parefle, & de crainte ; dont nous faifons vne vertu; & chez les Princes c'eft vne politique, dont ils fe feruent pour gaigner l'afFeQion des peuples.
La conftance des fages n'eft qu'vn art , auec lequel ils fçaùent renfermer dans leur ame leur agitation.
La Granité eft vn myftere du corps , inuenté pour cacher les denauts de 1 efprit.
La feuerité des femmes eft vn ajuftement; & vn fard , qu'elles adjouftent à leur beauté.
A i C'eft
C'eft enfin vn attrait, fin & délicat, & vne douceur deguifée.
La reconciliation auec nos ennemis , qui fe fait au nom de la fîncerité , de la douceur , & de la tendrefle , n'eft qu'vn defir de rendre fa condition meilleure, vne laffitude de la guerre, & vne crainte de quelques mauvais euenement.
Il eft de la reconnoifTance , comme de la bonne foy des marchands : elle fouilient le commerce , & nous ne paions pas par la Juftice de payer , mais pour trouver plus facilement des gens qui nous prêtent.
Les hommes ne font pas feulement fujets à perdre égallement le louvenir des bienfaits, & des injures , mais ils hayfient
ceux.
ceux, qui les ont obligés. L'orgueil &. l'intereft produit par tout Tingratitude. L'application à recompenfer le bien, & à fe vanger du mal , leur paroift vne fervitude, à laquelle ils ont peine de s aflujettir.
On efleue la prudence jufques au ciel, & il n'éft forte d'éloges qu'on ne luy donne. Elle eft la règle de nos adions, & de nos conduites : elle eft la Maiftreffe de la fortune : elle fait le d'éclin des Empires : fans elle on a tous les maux : auec elle on à tous les biens : & comme difoit autrefois vn Poste, quand nous auons la prudence il ne nous manque aucune diuinité , pour dire que nous trouvons dans la prudence tout le fecours, que
A4 nous
nous demandons aux Dieux. Ce-' pendant la prudence la plus confommée ne fçauroit nous afleurer du plus petit effet du monde, parce que trauaillant fur vne matière auffî changeante, & auffi commune, qu'eft l'homme, elle ne peut exécuter feurement aucun de Tes projets.
Dieu feul, qui tient tous les coeurs des hommes entre fes mains, & qui peut quand il luy plaira en accorder les mouvemens, fait auffi reûffir les chofes qui en dépendent. D*où il faut conclure , que toutes les louanges, dont noftre ignorance, & noftre vani-r té flatte noftre prudence , font autant d'injures que nous faifons à fa providence.
On n'eft jamais û ridicule par
les
les qualités que l'on a , que par celles que l'on affeâe d'auoir.
Nous promettons félon nos efperances , & nous tenons félon nos craintes.
On eft au defefpoir d'eftre trompé par fes ennemis , & trahy par fes amis ; & on eft fouuent fatisfait de l'eftre par foy mefme.
Il eft aufii aifé de fe tromper foy mefme , fans s'en apperceuoir, qu'il eft difficile de tromper les autres fans qu'ils s'en aperçoiuent.
Rien n'eft plus diuertiftant. que de voir deux hommes s'aflembler, l'vn pour demander confeil, & l'autre pour le donner :
l'vn paroift avec vne indifférence refpeduôufe, & dit qu'il vient receuoir des conduites , &
A 5 fouf-
lO
foufmettre fes fentimens ; & fon defir, le plus fouuent . eft de faire Daffer les fiens , & de rendre ceuy, qu'il fait Maiftre de fon aduis , garant de l'affaire qu'il luy propofe. Quant à celuy qui eft conîeillé , il paye d'abord la fincerité de fon amy , d Vn zèle ardent & deintereffé, qu'il luy monftre. & cherche en mefme temps dans fes propres interefts , des règles de confeiller : de forte que fon confeil luy dénient plus propre, qu'à celuy qui le reçoit.
La foiblefTe de l'efprit eft mal nommée : c'eft en effet la foibleffe du tempérament . qui n'eft autre chofe qu'vne impuifTance d'agir, & vn manque de principe de vie.
Rien n'eft impoffible : il y a
des
des voyes qui conduifent à toutes chofes ; & fi nous auions alTés de volonté, nous aurions toujours affés de moyens.
La pitié eft vn fentiment de nos propres maux , dans vn fujet eftranger : c'eft vne preuoyance habile des malheurs . où nous pouuons tomber, qui nous fait donner des fecours aux autres, pour les engager à nous les rendre dans de femblables occafions : de forte que les ferVfices que nous rendons, à ceux qui font accueillis de quelque infortune , font à proprement parler des biens anticipés que nous nous faifons.
Celuy-la n'eft pas raifonnable, qui trouve la raifon ; mais celuy qui la connoifl , qui la goufle , &.
qui la difcerne. Nous
Nous auoûons nos deffauts .
pour reparer le préjudice , qu'ils nous font dans l'efprit des autres, par l'impreffion que nous leur doqnons de la juftice du noftre.
L'humilité eft vne feinte foumiffion , que nous employons pour foufmettre efFediuement tout le monde. C'eft vn mouvement de l'orgueil , par lequel il s'abaiffe deuant les hommes , pour s'efleuer fur eux. C'eft fon plus grand déguifement, & fon premier ftratageme ; & comme il eft fans doute, que le Prothée des fables n'a jamais efté : il eft certain auffî que l'orgueil en eft vn véritable dans la nature. Car il prend toutes les formes comme il luy plaift : mais quoy qu'il foit
mer-
merueilleux & agréable à voir, dans toutes fes figures, & dans toutes fes induftries , il faut pourtant aduouôr qu'il n'eft jamais fi rare, ny fi extraordinaire, que lors qu'on le voit les yeux baiffez , fa contenance modefle & repofée , fes parolles douces & refpeduôufes , pleines de Teflime des autres , &. de dédain pour luy mefme : il eft indigne de tous les honneurs , il efl incapable d'aucun employ, & ne reçoit les charges où l'on l'éleue, que comme vn effet de la bonté des hommes, & de la faueur aueugle de la fortune.
La modération dans la bonne fortune n'eft que la crainte de la honte , qui fuit l'emportement ou la peur de perdre ce que l'on
a. C'efl
a. C'eft le calme de noftre humeur, adoucie par la fatisfaâion de l'efprit : c'eft auffi la crainte du blâme & du mefpris. qui fuiuent ceux qui s'enyurent de leur bonheur : c'eft vne vaine oftentation de la force de noftre efprit : & enfin pour la définir intimement la modération des hommes dans leurs plus hautes eleuations , c'eft vne ambition de paroiftre plus grands que les chofes qui les éleuent.
Qui ne riroit de cette vertu & de l'opinion qu'on a conceu d'elle : elle n'a garde, ainfi qu'on le croit , de combatre & de foufmettre l'ambition , puifque jamais elles ne fe peuvent trouver enfemble : la modération n'eftant véritablement qu'vne pa-
reffe.
reffe , vne langueur, & vn manque de courage : de manière qu'on peut juftement dire , que la modération eft la bafleffe de rame , comme l'ambition en eu 1 eleuation.
La chafteté des femmes eft l'amour de leur réputation & de leur repos.
Il n'y a point de libéralité, & ce n'eft que la vanité de donner, que nous aymons mieux que ce que nous donnons.
La fobrieté eft l'amour de la fanté , ou l'impuiflance de manger beaucoup.
La fidélité eft vn inuention rare de l'amour propre , par laquelle l'homme s'erigeant en depofitaire des chofes precieufes , le rend luy mefme infiniment
pre-
précieux. De tous les trafics de amour propre , c'eft celuy où il fait moins d'auance & de plus grands profits. C'eft vn rafinement de.fa politique : car il engae les hommes par leur liberté par leur vie ( qu'ils font forcés de confier en quelques occafîons) à efleuer l'homme fidelle au deflus de tout le monde.
L'Education, qu'on donne aux Princes , eft vn fécond amour propre qu'on leur infpire.
Noftre repentir ne vient point de nos aQions , mais du dommage qu'elles nous caufent.
Il eft bien mal-aifé de diftinguer la bonté répandue & generalle pour tout le monde de la grande habileté.
Qui confiderera fuperficiel-
lement
lement tous les effeds de la bonté qui nous fait fortir de nous mefme. & qui nous immole continuellement à l'auantage de tout le monde, fera tenté de croire que lors qu'elles agit , Tamour propre s'oublie & s'abandonne luy mefme ; & mefme qu'il fe laiffe defpouiller & appauvrir fans s'en apperceuoir : en forte qu'il femble que l'amour propre foit la duppe de la bonté. Cependant la bonté eft en effet le plus propre de tous les moyens, dont l'amour propre fe fert pour arriuer à fes fins. C'eft vn chemin defrobé, par où il renient à luy mefme plus riche & plus abondant. C'eft vn defintereffement, qu'il met à vne furieufe vfure. C'eft enfin vn reflbrt
B de-
le
délicat, auec lequel il réunit & difpofe & tourne tous les hommes en fa faueur.
Nul ne mérite d'eftre loué de bonté , s'il n'a la force & la hardieffe de pouvoir eftre mefchant :
toute autre bonté n'eft en effet qu'vne priuation de vices , & leur endormiffement.
L'amour de la Juftice dans les bons Juges, qui font modérés, n'eft que l'amour de leur éleuation: dans la plufpart des hommes ce n'eft que la crainte de fouffrir l'injuftice , & qu'vne viue apprehenfion, qu'on ne nous ofte ce qui nous appartient. De là vient cette confideration , & ce refped pour tous les interefts du prochain , & cette fcrupuleufe application à ne luy faire
aucun
aucun préjudice. Sans cette crainte, qui retient l'homme dans les bornes des biens , que fa naiflance ou la fortune luy a donnés, preffé par la violente paffion de fe conferuer , il feroit des courfes continuellement fur les autres.
La véritable Juftice ne voit que ce qu'il faut voir , la droiture prend tout le bon droit des chofes, la delicateffe aperçoit les chofes imperceptibles, & le jugement prononce ce que les chofes font. Si on l'examine bien on trouvera que toutes fes qualités ne font autre chofe que la grandeur de l'efprit, lequel voit en toutes rencontres , dans la plénitude de fes lumières, tous les aduantages, dont nous venons de parler.
Ba * Le
Le jugement n'eft autre chofe que la grandeur de la lumière de î'efprit : on peut dire la mefme chofe de fon eftenduô , & de fa profondeur , de fon difcernement , de fa juftice , de fa droiture & de fa delicateffe. L'eftenduS de I'efprit eft la mefure de la lumière , la profondeur eft celle qui découvre le fonds des chofes , le difcernement compare & deftingue les chofes.
La perfeuerance n'eft digne de blâme ny de louange, parce qu'elle n'eft que la durée des goufts & des fentimens, qu'on ne s'ofte ny qu'on ne fe donne.
La vérité qui fait les gens véritables, eft vne imperceptible ambition qu'ils ont, de rendre leur témoignage confiderable ,
& d'attirer à leurs paroles vn refpedde religion.
La vérité eft le fondement & la juftification de la raifon , de la perfedion, & de la beauté : car il eft certain qu'vne chofe . de quelque nature qu'elle foit, eft belle & parfaite , fi elle eft tout ce qu'elle doit eftre , & fi elle a tout ce qu'elle doit auoir.
La vraye Eloauence confifte à dire tout ce qu'il faut , & à ne dire que ce qu'il faut.
Il n'y a pas moins d'Eloquence dans le ton de la voix, que dans le choix des paroles.
Les paffions font les feuls Orateurs qui perfuadent toujours:
elles font comme vn art dans la nature , dont les règles font infaillibles. Par elle l'homme
Bj le
le plus (impie perfuade mieux , que ne fait le plus habile auec toutes les fleurs de l'Eloquence.
Rien n'eft fi contagieux que l'exemple , & nous ne faifons jamais de grands biens , ny de grands maux . qui ne produifent mfailliblement leur pareils. L'imitation d agir honneftement vient de l'émulation , & l'imitation des maux vient de l'excès de la malignité naturelle, qui eftant comme tenus en prifon par la bonté , eft mife en liberté par l'exemple.
L'imitation eft toujours malheureufe . & tout ce qui eft contrefait deijplaift, auec les mefmes chofes qui charment , lors qu'elles font naturelles.
Ceux qu'on exécute afFedent
quel-
quelquefois des confiances, des froideurs , & des mefpris de la mort , pour ne pas penfer à elle , & pour s'eftourdir ; de forte
âu'on peut dire , que ces froieurs, & ces mefpris font à leur efprit ce que le mouchoir fait à leur yeux.
Peu de gens connoiflent la mort : on la foufFre non par refolution , mais par ftupidité & par coutume , & la plus-part des hommes meurent parce qu'on meurt.
Nous craignons toutes chofes comme mortels, & nous les defirons toutes comme fi nous eftions immortels.
La fubtilité efl vne fauffe delicatefle , & la delicateffe eft vne fubtilité folide.
B4 Le
Le monde ne connoiflant point le véritable mérite , n'a garde de pouvoir le récompenser : auffi n'efleue-il à fes grandeurs & à fes dignités que des jerfonnes qui ont de belles quaités apparentes , & il couronne généralement tout ce qui luit, quoy que tout ce qui luit ne foit pas de l'or.
Comme il y a de bonnes viandes qui afFadiflent le cœur, il y a vn mérite fade . & des perfonnes
qui defgouftent auec des qualités bonnes &. eftimables.
On admire tout ce qui efblouït , & l'art de fçauoir bien mettre en œuvre de médiocres qualités , defrobe • l'eftime . & donne fouvent plus de réputation que de véritable mérite.
Les
Les Rois font des hommes comme des pièces de monnoye : ils les font valoir ce qu'ils veulent , & on eft forcé de les receuoir félon leurs cours, & non pas félon leurs véritables prix.
Ce n'eft pas affés d'auoir de ;randes qualités, il en faut auoir Economie.
Il y a des gens , dont le mérite confîfte à dire & à faire des fotifes vtilement, & qui gafteroient tout s'ils changeoient de conduite.
Il y en a mefme, à qui leur défauts fieflent bien, & d'autres qui font difgraciés de leurs bonnes qualités.
1 1 y a des gens niais, qui fe connoiflent fort fots, & qui employent habilement leurs fotifes. B 5 Dieu
Dieu a mis des talents différents dans l'homme, comme il a planté de différents arbres dans la nature : en forte que chaque talent de mefme que chaque arbre a fes propriétés & fes effets, qui luy font tous particuliers. De là vient que le poirier le meilleur du monde ne fauroit porter des pommes les plus communes, &. que le talent le plus excellent ne fauroit produire les mefmes effets des talents les plus communs. De là vient encore , qu'il efl auffi ridicule de vouloir faire des femences fans auoir la graine en foy, que de vouloir qu'vn parterre produife des tulipes , quand on n'y a pas planté les oignons.
Pour s'eflablir dans le monde
de, on fait tout ce qu'on peut pour y paroiftre eftably : dans toutes les profeffions, &. dans tous les arts, chacun fe fait vne mine & vn extérieur, qu'il met en la place de la choie, dont il veut auoir le mérite. De forte que tout le monde n'eft compofé que de mines , & c'eft inutilement que nous trauaillons à y trouver les chofes.
Il y a des gens qui reffemblent à ces vaudeuilles, que tout le monde chante vn certain temps, quelques fades & defgouiïants qu'ils foient.
L'honneur acquis eft caution de celuy qu'on doit acquérir.
Comme dans la nature il y a vne éternelle génération , & que la mort d'vne chofe eft toujours
la
la produdion d'vne autre; de mefme il y a toujours dans le cœur humain vne génération perpétuelle de paffions ; en forte que la ruïne de l'vne eft toujours le rétabliflement de l'autre.
Je ne fçay fi cette maxime, que chacun produit fon femblable , eft véritable dans la Phyfique ; mais je fçay bien qu'elle eft faufle dans la Morale. & que les paffions en engendrent fouvent qui leur font contraires. Ainfi l'anarice produit quelquefois la libéralité : on eft fouvent ferme de foiblefle, & l'audace naift de la timidité.
Vne preuve conuaincante, que l'homme n'a pas efté créé comme il eft. c'eft que plus il devient raifonnable. plus il rougit en
foy
foy mefme , de Textrauagance de la baflefle , & de la corruption de fes fentimens & de fes inclinations.
On fe mefconte toujours dans le jugement que l'on fait de nos aaions , quand elles font plus grandes que nos deffeins.
Il faut vne certaine proportion entre les aâions & les deffeins qui les produifent: les aâions ne font jamais tous les effets qu'elles doiuent faire.
La paffîon fait fouvent du plus habile homme vn fot , & rend quafi toujours les plus fots habiles.
Chaque homme n'eft pas plus différent des autres hommes, qu'il l'eft fouvent de luy mefme.
Tout le monde trouve à redire
re en autruy, ce qu'on trouve à redire en luy.
Vn homme d'efprit feroit bien fouvent embaraffé, fans la compagnie des fots.
Les penfees &. les fentiments ont chacun vn ton de voix , vne adion & vn air, qui leur font propres.
C'eft ce qui fait les bons & les mauvais comédiens, & c'eft ce qui fait auffî que les perfonnes plaifent ou déplaifent.
La confiance de plaire eft fouvent vn moyen de plaire infailliblement.
Rien ne doit tant diminuer la fatisfaâion, que nous auons de nous mefmes, que de voir que nous auons efté dans les eftats & dans les fentiments que nous
de-
dejaprouvons à cefte heure.
Nous n'auons prefque jamais affés de force pour fuiure toute noftre raifon.
Ce qui nous fait aimer les connoifTances nouvelles , n'eft pas tant la laffitude que l'on a des vieilles, ny le plaifir de changer, que le degouft que nous auons de n'eftre pas alTés admirés de ceux qui nous connoiflent trop , & l'efperance que nous auons de l'eftre d'auantage, de ceux qui ne nous connoiflent guère.
Les grandes Ames ne font pas celles qui ont moins de paffions & plus de vertus que les âmes communes, mais celles feulement qui ont de plus grandes veuôs.
On
On fe vente fouvent mal à propos de ne fe point ennuyer, & l'homme eft fi glorieux qu'il ne veut pas fe trouver de mauvaife compagnie.
La fanté de Famé n'eft pas plus afleurée que celle du corps , quelques efloignés que nous paroiffions eftre des paffions que nous n'auons pas encore reflenties. Il faut croire toutesfois, que l'on n'y eft pas moins expofé, qu'on l'eft à tomber malade quand on fe porte bien.
Les paffions ont vne injuftice , & vn propre intereft , qui fait qu'elles offencent & bleflent toujours , mefmes lors qu'elles parlent raifonnablement & equitablement. La charité a feule le priuilege de dire quafi tout
ce
ce qu'il luy plaift & de ne bleffer jamais perfonne.
L'efprit eft toujours la duppe du cœur.
Quelque induftrie que l'on ayt à cacher fes paTHons. foubsle voile de la pieté & de Thonneur, il y a toujours quelque endroit qui fe monftre.
La Philofophie triomphe aifément des maux paffés , & de ceux qui ne font pas prefts d'arriuer , mais les maux prefents triomphent d'elle.
La durée de nos paffions ne dépend pas plus de nous, que la durée de noftre vie.
Quoy que toutes les paffions fe deuffent cacher , elles ne craignent pas neantmoins le jour :
la feule enuie eft vne paffion
G timi-
timide & honteufe, quon ne peut jamais aduoûer.
L'amitié ia plus fainte &. la plus fincere n'eft qu'vn traffic, où nous croyons toujours gaigner quelque chofe.
Ce qui rend nos amitiés fi légères & fi changeantes , c'eft qu'il eft aifé de connoiftre les qualités de refprit, & difficile de connoiftre celles de l'ame.
Nous nous perfuadons fouvent mal à propos d'aimer les ;ens plus puiffants que nous :
intereft feul produit noftre amitié, & nous ne leur promettons pas félon ce que nous voulons leur donner, mais félon ce que nous voulons qu'ils nous donnent.
L'amour eft en l'ame de ce-
luy
luy qui aime, ce que Tame eft au corps qui i anime.
Il n'y a point d'amour pur & exempt du meflange de nos autres paffions.
Il eft mal-aifé de deffinir l'amour: tout ce qu'on peut dire eft, que dans l'ame c'eft vne paffion de régner, dans les efprits c'eft vne umpatie , & dans les corps ce n'eft quVne enuie cachée & délicate, de jouïr de ce que l'on aime après beaucoup de miftere.
On s'eft trompé, quid on a crû que l'amour & l'ambition triomphoient toujours des autres paffions ; c'eft la pareffe , toute lan- ( giflante qu'elle eft, qui en eft e plus fouvent la maiftrefle : elle ufurpe infenfiblement l'empire
G 2 fur
fur tous les deffeins, & fur toutes les adions de la vie : elle y deftruit & y confomme toutes les paffions & toutes les vertus.
1 1 n'y a point de deguifement qui puifle longtemps cacher l'amour où il eft , ny le feindre où il n'eft pas. .
Comme on n'eft jamais libre d'aimer ou de n'aimer pas, on ne peut fe plaindre auec juftice de ta cruauté d'vne Maitrefle, ny elle de la légèreté de fon amant.
Si on juge de l'amour par la plufpart de fes effets, il reflemble plus à la haine qu'à l'amitié.
On peut trouver des femmes qui n'ont jamais fait de galanteries, mais il eft rare d'en trouver qui n'en ayt jamais fait qu'vne. Il y
Il y a deux fortes de conftance en amour, IVne vient de ce que Ton trouve fans ceffe de nouveaux fujets d'aimer en la perfonne que Ton aime , comme en vne fource inépuifable; & l'autre vient de ce qu'on fe fait honneur de tenir fa parole.
Toute confiance en amour eft vne inconftance perpétuelle , qui fait que noftre cœur s'attache fucceffiuement à toutes les qualités de la perfonne que nous aimons, donnant tantoft la préférence à l'vne tantoft à l'autre :
de forte que cette confiance n'efl qu'vne inconftance an^eftée & renfermée dans vn fujet.
1 1 y a deux fortes d'inconflances ; la première vient de la légèreté de l'ejprit, qui à tous mo-
G } mens
mens change d'opinion ; ou plutoft de la pauvreté de l'efprit , qui reçoit toutes les opinions des autres : la féconde , qui eft plus excufable , vient de la fin du goût des chofes que l'on aimoit.
Les grandes & efclatantes aâions , qui efclouïflent les yeux , font reprefentées par les politiques , comme les effets des grands interefts; au lieu qu'ils font d'ordinaire les effets de l'humeur & des paffions. Ainû la guerre d'Augufte & d'Anthoine , qu'on rapporte à l'ambition qu'ils auoient de fe rendre maiftres du monde, eftoit vn effet de jaloufie.
Les affaires &. les aâions des grands hommes ont ( comme les ftatuâs ) leur point de perfpe-
diuef
âiue". Il y en a qu'il faut voir de près, pour en difcerner toutes les circonftances ; & il y en a d'autres . dont on ne juge jamais fi biê que quand on en eft efloigné.
La jaloufie eft raifonnable & jufte en quelque manière, puis qu'elle ne cherche qu'à conferuer vn bien qui nous appartient .
ou que nous croyons nous deuoir appartenir ; au lieu que l'enuie eft vne fureur, qui nous fait toujours fouhaiter la ruïne du bien des autres.
L'amour propre eft l'amour de foy mefme , & de toutes chofes pour foy : il eft plus habile que le plus habile homme du monde : il rend les hommes idolâtres d'eux mefme, & les rendroit les Tirans des autres , fi la
G 4 ^ for-
fortune leur en donnoit les moyens. Il ne repofe jamais hors de foy, & ne s'arrefte dans les fujets eftrangers , que comme les abeilles fur les fleurs , pour en tirer ce qui luy eft propre. Rien n'eft fi impétueux que fes defirs , rien de fi caché que fes deffeins, rien de fi habile que fes conduites : fes fouplefies ne fe peuvent reprefenter, fes transformations paflent celles des metamorphofes , & fes rafinemens ceux de la chimie. On ne peut fonder la profondeur de fes projets , ny en percer les ténèbres :
là il eft à couvert des yeux les plus penetraris. Il y fait mille infenfibles tours & retours : là il eft fouvent invifible à luy mefme. 1 1 y conçoit , il y nourrit , &
il y efleue (fans le fçauoir) vn grand nombre d'affeâions, & de haines. Il en forme quelquesfois de 11 monftruêufes , que lors qu'il les a mifes au jour, il les mefconnoift , ou il ne peut fe refoudre à les aduouâr. De cette nuiâ , qui les couvre, naiffent les ridicules perfuafions qu'il a de luy mefme : de là viennent fes erreurs , fes ignorances , fes groffieretés, & fes niaiferies fur fon fujet : de là vient qu'il croit que fes fentimens font morts, lors qu'ils ne font qu'endormis , qu'il s'imagine n'auoir plus enuie de courir, quand il fe repofe , & penfe auoir perdu tous les goûts qu'il a raffafîez. Mais cette obfcurité efpaiffe qui le cache à lui mefme, n'empefche pas qu'il
G 5 ne
ne voye parfaitement ce qui eft hors de luy, en quoy il eft raifonnable à nos yeux qui defcouUrent tout, & fontaueugles feulement pour eux mefmes. En effed dans îes plus grands intérêts & fes plus importantes affaires, où la violence de fes fouhaits appelle toute fon attention , il voit , il fent, il entend, il imagine, il foupçonne, il pénètre , il deuine tout :
de forte qu'on eft tenté de croire, que chacune de fes paffîons a vne magie qui luy eft propre.
Rien n'eft fi intime & fi fort que fes attachemens , qu'il eflaye de rompre inutilement à la veûe des malheurs extrêmes qui le menacent. Cependant il fait quelquesfois en peu de temps , & fans aucun effort, ce qu'il n'a peu faire
auec
auec tous ceux , dont il eft capable dans le cours de plufieurs années. D'où l'on pourroit conclurre affés vrayfemblablement , que c'eft par luy niefme que fes deîîrs font allumés , plutoft que par la beauté & par le mérite de fes obiets ; que fon gouft eft le prix qui les releue , &. le fard qui les embellit ; que c'eft après luy mefme qu'il court , & qu'il fuit fon gré. Il eft tous les contraires, il eft impérieux & obeïffant , fîncere & diffimulé , mifericordieux & cruôl , timide âz audacieux , & il a de différentes inclinations, félon la diuerfité des tempéraments, qui le tournent & le dénouent pour l'ordinaire à la gloire ou aux richeffes, ouauxplaifîrs.
Il en change félon le changement
ment de nos aages , de nos fortunes , &. de nos expériences :
mais il iuy eft indiffèrent d'en auoir pluiieurs , ou de n'en auoir qu'vne , parce qu'il fe partage en plufîeurs, &: fe ramafTe en vne quand il le faut , & comme il Iuy plaift , il eft inconftant : & outre les changemens qui Iuy viennent des caufes étrangères, il y en a vne infmité , qui naifTent de Iuy &. de fon propre fonds.
Il eft inconftant d'inconftance .
de légèreté d'amour de nouveauté , de laffîtude & de degouft il eft capricieux ; & on le voit quelquesfois trauailler auec la dernière application , & auec des trauaux incroyables , à obtenir des chofes qui ne Iuy font point aduantageufes , & qui mei-
mes
mes luy font nuiûbles , mais qu'il pourfuit parce qu'il les veut. Il eft bigearre & met fouuent toute fon application dans les emplois les plus friuoles. Il trouue tout fon plaifir dans les plus fades , & conferue toute fa fierté dans les plus mefprifables. Il eft dans tous les eftats de la vie, & dans toutes les conditions. Il vit par tout, il vit de tout, & il vit de rien, &: il s'accommode des chofes & de leur priuation. 11 pafîe mefmes par pitié dans le party des gens qui luy font la guerre. Il entre dans leurs defTeins, & ce qui eft admirable , il fe hait luy mefme auec eux, il conjure fa perte, il trauaille mefme à fa ruine : enfin il ne fe foucie que d'eftre , pourueu qu'il foit : il veut
bien
bien eftre fon ennemy. Il ne faut pas s'eftonner, s'il fe joint à la plus feuere pitié , & s'il entre fi hardiment en focieté auec elle, pour fe deftruire , parce que dans le mefme temps qu'il fe ruine en vn endroit, il fe reftablit en vn autre: quand on penfe qu'il quitte fon plaifir, il le change feulement en fatisfadion ; & lors même qu'il eft vaincu , &
qu'on croit en eftre défait , on le retrouue dans les triomphes de fa desfaite. Voila la peinture de l'amour propre , dont toute la vie n'eft qu'vne grande & longue agitation , la mer en eft vne image fenfible ; & l'amour propre trouue dans la violence de fes vagues continuelles vne fidelle expreffion de la fucceffion tur-
bulan-
bulante de fes penfées & de fes éternels mouuemens.
Comme fi ce n'eftoit pas allés à l'amour, propre, d'auoir la vertu de fe transformer luy mefme, il a encore celle de transformer les objets: ce qu'il fait d'vne manière fort eftonnante.
Car non feulement il les déguife fi bien, qu'il y eft luy mefme abufé , mais auffi , comme .fi fes adions eftoient des miracles , il change l'eftat & la nature des chofes foudainement en effet.
Lors qu'vne perfonne nous eft contraire, & qu'elle tourne fa hayne & fa perfecution contre nous , c'eft no'ftre -amour propre qui juge fes adions. Il donne mefme vne eftenduë à fes deffauts, qui les rend énormes , & met fes
bon-
bonnes qualités dans vn jour û defauantageux , qu'elles deuiennent plus defgouftantes que fes defFauts. Cependant dés que cette mefme perfonne nous deuient fauorable , ou que quelqu Vn de nos interefts la reconcilie auec nous, noftre feule fatisfadiô rend aufî toft à fon mérite le luftre que noftre auerfîon venoit de luy ofter. Tous fes aduantages en reçoiuent vn fort grand du biais .
dont nous les regardons : toutes fes mauvaifes qualités difparoiffent, & nous appelions mefmes toute noftre intelligence , pour la forcer de juftifier la guerre qu'elles nous ont fait.
Quoy que toutes les paffions monftrent cette vérité , l'amour le fait voir plus clairement que
le
les autres ; car nous voyons vn amoureux agité de la rage , où l'a mis vn vifible oubly, ou pour vne infidélité defcouverte. conjurer le ciel, & les enfers : & nean tmoins auffi toft que fa Maiftreffe s'eft prefentée , & que fa veuë a calmé la fureur de fes mouvemens , fon rauiffement rend cette beauté innocente. Il n'accufe plus que luy mefme, il condamne fes condamnations , & par cette vertu miraculeufe de l'amour propre, il ofte la noir ceur aux adions mauvaifes de fa Maiftreffe, & en fepare le crime pour en changer fes foupçons.
La familiarité eft vn relafchemcnt prefque de toutes les règles de la vie ciuile, que le libertinage a introduit dans la fo-
D cie-
cieté , pour nous faire paruenir à celle qu'on appelle commode.
C'eft vn effet de l'amour propre , qui voulant tout accommoder à noftre foibleffe, nous fouftrait à l'honnefte fujedion , que nous impofent les bonnes mœurs; & pour chercher trop les moyens de nous les rendre commodes , le fait defgenerer en vices.
Les femmes ayant naturellement plus de molefle que les hommes , tombent plutoft dans ce relafchement, & y perdent d'auantage : l'authorité du fexe ne fe maintient pas : le refped, qu'on luy doit, diminue : & l'on peut dire que l'honnefte y perd la plus grande partie de fes droits.
Peu de gens font cruels de cruauté.
té , mais Ton peut dire que la plufpart des hommes font cruels &. inhumains d'amour propre.
L'Amour de la gloire , & plus encore la crainte de la honte, le deflein de faire fortune , le defir de rendre noftre vie commode & agréable, & l'enuie d'abaiffer les autres , font naiftre cette valeur, qui eft fi célèbre parmy les hommes. "
La vanité & la honte, & fur tout le tempérament , fait la valeur des hommes, & la chafteté des femmes, dont on fait tant de bruit.
La parfaite valeur, & la poltronnerie complette , font des extrémités où l'on arriue rarement ; l'efpace qui eft entre-deux eft vafte , & contient toutes les
D ^ au-
autres efpeces de courages : il n'y a pas moins de différence entre eux, qu'il y a entre les vifages &. les humeurs. Cependant ils conuiennent en beaucoup de chofes: il y a des hommes qui s'expofent volontiers au commencement d'vne adion , & qui fe relafchent &. fe rebutent aifement par fa durée. Il y en a qui font affés confiants, quand ils ont fatisfait à l'honneur du monde, & qui font fort peu de chofe au de là. On en voit qui ne
font pas toujours egallement maiflres de leur peur : d'autres fe laiffent quelques-fois emporter à des efpouvantes générales:
d'autres vont à la charge, pour n'ofer demeurer dans leurs pofles. En fin il s'en trouve , à qui
l'ha-
l'habitude des moindres périls affermit le courage , & les prépare à s'expofer à de plus grands.
Outre cela il y a vn rapport gênerai , que l'on remarque entre tous les courages des différentes efpeçes , dont nous venons de parler, qui eft que la nuit augmentant la crainte , & cachant les bonnes & les mauvaifes adions , leur donne la liberté de fe ménager. Il y a encore vn autre ménagement plus gênerai , qui à parler abfolument s'eftend fur toutes fortes d'hommes , c'eft qu'il n'y en a point qui faffent tout ce qu'ils (croient capables de faire dans vne adion , s'ils auoientvne certitude d'en reuenir : de forte qu'il eft véritable , que la crainte de la mort ofte
D i quel
quelque chofe à leur valeur, & diminué fon effet.
La pure valeur, s'il y en auoit.
feroit de faire fans tefmoings , ce qu'on ett capable de faire deuant le monde.
L'intrépidité eft vne force extraordinaire de l'ame, par laquelle elle empefche les troubles , les defordres, & les émotions, que la veuô des grands périls a accoutumé d'efleuer en elle. Par cette force les héros fe maintiennent dans vn eftat paifible, & conferuent l'vfage libre de toutes leurs fondions, dans les accidens les plus terribles , & les plus furprenans. Cette interpidité doit fouftenir le cœur dans les conjurations , au lieu que la feule valeur luy fournit toute la fermeté ,
qui
qui luy eft neceflaire dans les périls de la guerre.
On ne veut point perdre la vie, & on veut acquérir de la gloire : de là vient que les braues ont plus d'adreffe & d'efprit, pour euiter la mort, que les gens de chicane pour conferuer leurs biens.
Le valeur dans les fimples foldats eft vn meftier périlleux , qu'ils ont pris pour gaigner leur vie.
La plus-part des hommes s'expofent affés à la guerre, pour fauuer leur honneur; mais peu fe veulent toujours expofer, autant qu'il eft neceflaire , pour faire reûffir le deflein , pour lequel ils s'expofent.
Les grands & les ambitieux
D 4 font
font plus miferables que les médiocres : il faut moins pour contenter ceux-cy que ceux-là.
La generofîté eft vn defir de briller par des adions extraordinaires ; c'eft vn habile & induftrieux employ du defintereffement de la fermeté, de l'amitié, & de la magnanimité , pour aller promptement à vne grande réputation.
Quelques grands aduantages que la nature donne, ce n'eft pas elle , mais la fortune qui fait les héros.
La félicité eft dans le gouft , & non pas dans les chofes; & c'eft pour auoir ce au'on aime qu'on eft heureux , & non pas pour auoir ce que les autres trouuent aimable.
On
On pourroit dire qu'il n'y a point d'heureux ny de malheureux accidens, parce que les habiles gens fçauent proffiter des mauuais, & que les imprudens tournent bien fouuent les plus aduantageux à leur préjudice.
La nature fait le mérite , & la fortune le met en œuure.
Les biens & les maux font plus grands dans noftre imagination, qu'ils ne le font en effed ; & on n'eft jamais fi heureux, ny fi malheureux que l'on penfe.
Quelque différence qu'il y ayt entre les fortunes , il y a pourtant vne certaine proportion de biens & de maux , qui les rend égales.
Ceux qui fe fentent du mérite, fe piquent toujours d'eftre malheureux, pour perfuader aux au-
D 5 très
très & à eux mefmes , qu'ils font de véritables héros; puifque la mauvaife fortune ne s'opiniaftre jamais à perfecuter que les per~ fonnes , qui ont des qualités extraordinaires : de là vient qu'on fe confole fouuent d'eftre malheureux, par vn certain plaifir qu'on trouue à le paroiftre.
On n'eft jamais fi malheureux qu'on croit, ny fi heureux qu'on efpere.
La plus-part des gens ne voyent dans les hommes que la vogue qu'ils ont, & le mérite de leur fortune.
Il n'appartient qu'aux grands hommes d'auoir de grands deffauts.
Quoy que la prudence des miniftres fe flatte de la grandeur
de
de leurs adions, elles font bien fouuent l'efFed du hazard, ou de quelque petit deflein.
La haine qu'on a pour les fauoris n'eft autre chofe que l'amour de la fortune & de la faueur : c'eft auffi la rage de n'auoir point de faueur , qui fe confole & s'adoucit vn peu par le mefpris des fauoris. C'eft enfin vne fecrete enuie de les deftruire, qui fait que nous leur oftons nos propres hommages, ne pouuant pas leur ofter les qualités , qui leur attirent ceux de tout le monde.
Les grands hommes s'abattent & fe defmontent enfin, par la longueur de leurs infortunes : cela neveut pas dire qu'ils fuffent forts, quand ils les fupportoient , mais feulement qu'ils fe donnoient la
gehen-
géhenne pour le paroiftre, & qu'ils fouftenoient leurs malheurs par la force de leur ambition , & non pas par celle de leur ame. Cela fait voir manifeftement , qii'à vne grande vanité prés les héros font faits comme les autres hommes.
Ceux qui voudroient deffinir la vidoireparfa naiffance, feroient tentés comme les Poètes , de l'apeller la fille du ciel , puis qu'on ne trouue point fon origine fur la terre. En efFed elle eft produite Dar vne infinité d'adions , qui au . ieu de l'auoir pour but , regarde feulement les interefts particuliers de ceux qui les font; puis que tous ceux qui compofent vne armée, allant à leur propre gloire & à leur eleuation, procurent vn bien fi grand &. fi gênerai.
On
On ne fait point de diftindion dans les efpeces de colères , bien qu'il y en ayt vne légère , &. quafi innocente, qui vient de l'ardeur de la complexion ; & vne autre trescriminelle, qui eft proprement
varier, la fureur de l'orgueil & de
'amour propre.
Nous nous aperceuons des emportements & des mouuements extraordinaires de nos humeurs, & de noftre tempérament comme de la violence de la colère : mais perfonne quafi ne s'aperçoit , que ces humeurs ont vn cours ordinaire & réglé, qui meut & tourne doucement noftre volonté à des adions différentes. Elles roullent enfemble ( s'il faut ainfi dire) & exercent fuccefliuement leur empire ; de forte qu'elles
les ont vne part confiderable à toutes nos adions , dont nous croyons eftre les feuls autheurs ; & le caprice de l'humeur eft encore plus bigearre que celuy de la fortune.
- L'orgueil a bien plus de part que la charité aux remonftrances , que nous faifons à ceux qui commettent des fautes ; & nous les reprenons bien moins pour les en corriger, que pour les perfuader que nous en fommes exempts : & fi nous n'auions point d'orgueil , nous ne nous plaindrions pas de celuy des autres.
Nous fommes preoccuppés de telle forte en noftre faueur, que ce que nous prifons fouuent pour des vertus, n'eft en effed qu'vn nombre de vices, qui leur reflem-'
blent
blent, & que l'orgueil & l'amour propre nous ont defguifés.
L'orgueil fe defdommage toujours, & il ne perd rien, lorsmefmes qu'il renonce à la vanité.
L'aueuglement des hommes eft le plus dangereux effet de leur orgueil. Il fert à le nourrir & à l'augmenter : & c'eft bien pour manquer de lumière, que nous ignorons toutes nos miferes & tous nos deffauts.
Rien ne nous plaift tant que la confiance des grands, & des perfonnes conliderables par leurs emplois, par leur efprit, ou par leur mérite. Elle nous fait fentir vn olailir exquis, & efleue merueileufement noftre orgueil , parce que nous la regardons comme vn effet de noftre fidélité. Cependant
nous
nous ferions remplis de confufion, fi nous confiderions l'imperfeâion & la baffefle de fa naiflance : car elle vient de la vanité , de l'enuie de parler, & de l'impuiffance de retenir les fecrets. De forte qu'on peut dire, que la confiance eft vn relafchement dé l'ame , caufé par le nombre & parle poids des chofes dont elle eft pleine.
Les Philofophes, & Seneque fur tous, n'ont point ofté les crimes par leurs préceptes, ils n'ont fait que les employer aux baftimens de l'orgueil.
L'orgueil , comme lafle de fes artifices & de fes différentes metamorphofes , après auoir joué tout feul tous les perfonnages de la comédie humaine, fe monftre auec vn vifage naturel, & fe
décou-
dfi&M
découureparlafierté: de forte qu'à proprement parler, la fierté eft l'eîclat & la déclaration de l'orgueil.
Quand la vanité ne fait point parler . on n'a pas enuie de dire grand 'chofe.
On ne fçauroit compter toutes les efpeces de vanité : pour cela il faut fçauoir le détail des chofes, & comme il eft prefque infini. De là vient que fi peu de gens font fçauans, & que nos connoifTances font fuperfluôs & imparfaites. On defcrit les chofes au lieu de les deffinir. En effet on ne les connoift & on ne les peut connoiftre qu'en gros, & par des marques communes, c'eft comme fi quelqu'vn difoit, que le corps humain eft droit, & compofé de différentes parties,
Ë fans
fans dire la matière , la fituation.
les fondions , les rapports , & les différences de fes parties.
C'eft plutoft par l'eftime de nos fentimens, que nous exage:rons les bonnes qualités des autres , que par leur mérite : & nous nous louons en effet, lors qu'il leble que nous leur donnons des louanges. La modeftie qui femble les refufer, n'eft en effet qu'vn defir d'en auoir de plus délicates.
On n'aime point à louer, &.
on ne louô jamais perfonne fans intereft. La louange eft vne flatterie habile , cachée , & délicate , qui fatisfait différemment celuy qui la donne , & celuy qui la reçoit : l'vn la prend comme vne recompenfe de fon mérite, l'autre la donne pour faire remarquer
fon
fon équité & fon difcernement.
Vous choiliflbns fouvent des louanges empoifonnées qui defcouvrent par contrecoup des deffauts en nos amis, que nous n'ofons divulguer.
Vous efleuons la gloire des vns , pour abaiffer par là celle des autres ; & on loûeroit moins Monfieur le Prince & Monlieur de Turenne . fi on ne vouloit pas les blafmer tous deux.
Peu de gens font affés fages , oour aimer mieux le blafme qui eur fert , que la louange qui les trahit.
Il y a des reproches qui louent.
& des louanges qui meldifent.
La raillerie eft vne gayeté a- ^reable de l'eforit, qui enjoué la conuerfation , & qui lie la fo-
E2 cie
cieté, fi elle eft obligeante, ou qui la trouble fi elle ne l'eft pas.
Elle eft plus pour celuy qui la fait, que pour celuy qui la Ibuffre.
C'eft toujours vn combat de bel efprit , que produit la vanité :
d'où vient que ceux qui en manquent, pour la fouftenir, & ceux qu'vn defFaut reproché fait rougir, s'en offenient également, comme d'vne deffaite injurieufe qu'ils ne fauroient pardonner.
C'eft vn poifon, qui tout pur efteint l'amitié , & excite la hayne ; mais qui corrigé par l'agréement de l'efprit, & la flatterie de la louange, l'acquiert ou la conferue : & il en faut vfer fobrement auec fes amis & auec les foibles.
L'intereft fait jouôr toute forte
te de perfonnages, & mefmes celuy de defintereffé.
Il n'y a que Dieu , qui fâche fi vn procédé eft net, lincere, & honnefte.
La fincerité eft vne naturelle ouverture du cœur : on la trouve en fort peu de gens : & celle qui fe pratique d ordinaire , n'eft qu'vne fine diffimulation , pour arriuer à la confiance des autres.
Vn habile homme doit fçauoir régler le rang de fes interefts , & les conduire chacun dans fon ordre. Noftre auidité les trouble fouvent, en nous faifant courir à cent chofes à la fois.
De là vient que pour defirer trop les moins importantes, nous ne faifons pas allés pour obtenir les plus confiderables.
E } L'in-
L'intereft , à qui on reproche d'aueugler les vns, eft tout ce qui fait la lumière des autres.
On ne blafme le vice , & on ne louô la vertu que par intereft.
La nature , qui fe vante d'eftre toujours fenlible , eft dans la moindre occafion eftouffée par l'intereft.
Les Philofophes ne condamnent les richeffes, que par le mauvais vfage que nous en faifons :
il dépend de nous de les acquérir, & de nous en feruir fans crime, au lieu qu'elles nourriflent & accroiffent les vices , comme le bois entretient & augmente le feu. Nous pouvons les confacrer à toutes les vertus , & les rendre mefmes par là plus agréables & plus efclattantes.
Le
Le mefpris des richefles . dans les Philofophes , eftoit vn defir caché de vanger leur mérite de l'injuftice de la fortune , par le mefpris des mefmes biens , dont elle les priuoit. C 'eftoit vn fecret qu'ils auoyent trouvé , pour fe defdommager de l'amlliflement de la pauvreté. C 'eftoit enfin vn chemin deftourné , pour aller à la confideration , qu'ils ne pouvoyent auoir par lès richefles.
La finefle n'eft qu'vne pauvre habileté.
Rien n'eft fi dangereux que l'vfage des finefles, que tant de gens d'efprit employent communément. Les plus habiles affedent de les euiter toute leur vie, pour s'en feruir dans quelque grande occafion, & pour
E 4 quel-
que grand întereft.
Comme elles font l'effet d'vn petit efprit, il arriue quafi toujours que celuy qui s'en fert pour fe courir en vn endroit , fe defcouvre en vn autre.
La plus d'efliée de toutes les fineffes eft , de faire femblant de tomber dans les pièges, que l'on nous tend. On n'eft jamais fi aifément ttompé , que quand on fonge à tromper les autres.
Chacun penfe eftre plus fin que les autres ; & fi l'on eftoit habile, on ne feroit jamais de fineffes ny de trahifon.
La folie nous fuit dans tous les temps de la vie ; & fi quelqu'vn paroift fage , c'eft feulement parce que les folies font proportionnées a fon âge & à la fortune. ^ Les
Les plus fages le font dans les chofes indifférentes, mais ils ne le font prefque jamais dans leurs plus ferieufes affaires : & qui vit lans folie n'eft pas il fage qu'il croit.
La foibleffe fait commettre plus de trahifons, que le véritable deflein de trahir.
Quelque prétexte que nous donnions à nos affligions , ce n'eft que l'intereft & la vanité qui les caufent.
Il y a vne efpece d'ypocrifie dans les afflidions : car tous prétexte de pleurer vne perfonne qui nous eft chère, nous pleurons la diminution de noftre bien , de noftre plaifir, de noftre confîderation , en la perfonne que nous auons perdue. De cette ma-
E 5 «.niere
niere les morts ont l'honneur des larmes, qui ne coulent que pour ceux qui les pleurent. J'ay dit que c'eftoit vne efpece d'ypocrifie, parce que par elle l'homme fe trompe feulement luy mefme. Il y en a vne autre, qui n'eft pas fi innocente & qui impofe à tout le monde. G'eft l'afflidion de certaines perfonnes.
qui afpirent à la gloire d'vne belle & immortelle douleur. Car le temps qui confomme tout ayant confommé ce qu'elles pleurent, elles ne laifient pas d'opiniaftrer leurs pleurs , leurs plaintes , & leurs foupirs : elles prenent vn perfonnage' lugubre, & trauailïent à perfuader, par toutes leurs adions qu'elles egalleront la durée de leurs pleurs à leur propre j
vie.
vie. Cette trifte & fatiguante vanité fe trouve pour l'ordinaire dans les femmes ambitieufes , parce que leur fexe leur fermant tous les chemins à la gloire elles fe jettent dans celuy-cy, & s'efforcent à fe rendre célèbres , par la montre dVne inconfolable douleur.
Outre ce que nous auons dit , il y a encore quelque autres .efpeces de larmes , qui coulent de certaines petites fources, & qui par confequent s'efcoulent incontinent. On pleure pour auoir la réputation d'eftre tendre : on pleure pour eftre pleuré , & on pleure enfin de honte de ne pas pleurer.
Les faux honneftes gens font ceux qui defguifent la corruption
»am
tion de leur cœur aux autres . & à eux mefmes : les vrays honneftes gens font ceux qui la connoiffent parfaitement , & la confejfent aux autres.
Le vray honnefte homme eft celuy, qui ne fe pique de rien .
Vne des chofes qui fait . que l'on trouve û peu de gens , qui nous paroiffent raifonnables & agréables dans la conuerfation , c'eft qu'il n'y a quafi perfonne , qui ne penfe plutoft à ce qu'il veut dire, qu'à refpondre precifèment à ce qu'on luy dit; & que les plus habiles , & les plus complaifants . fe contentent de monftrer feulement vne mine attentiue, au mefme temps que l'on voit dans leur yeux, & dans leurs efprits, vn égarement & vne
pre-
ibifc
précipitation , de retourner à ce qu'ils veulent dire, au lieu de confiderer, que c'eft vn mauvais moyen de plaire ou de perfuader les autres, de chercher fi fort à fe plaire à foy mefine ; & que bien efcouter & bien refpondre c'eft vne des grandes perfedions qu'on puille auoir.
La coquetterie eft le fonds de l'humeur de toutes les femmes, mais toutes n'en ont pas l'exercice , pafce que la coquetterie de quelques-vns eft arreftée & enfermée par leur tempérament & par leur raifon.
La galanterie eft vn tour de l'efprit, par lequel il pénètre les chofes les plus flatteufes, c'eft à dire, celles qui font les plus capables de plaire.
La
La politelTe eft vn tour de l'efprit , par lequel il penfe toujours des cnofes agréables, honneftes, & délicates.
II y a de jolies chofes, que l'efprit ne cherche point, & qu'il trouve toutes acheuées en luy mefme : de forte qu'il femble qu'elles y foient cachées , comme 1 or & les diaments dans le fein de la terre.
La politefle des Eftats eft le commencement de leur décadence, parce qu'elle applique tous les particuliers à leurs interefts propres , & les deftoiirne du bien public.
La ciuilité eft vne enuie d'en receuoir: c'eft auffi vn defir d'eftre eftimé poli.
La fouveraine habileté confi-
fte
fte à bien connoiftre le prix de chaque cliofe.
On hayt fouvenl les vices, mais on mefprife toujours le manque de vertu.
Quand on ne trouve point fon repos en foy mefme, il eft inutile de le chercher ailleurs.
Ce qui nous empefche fouvent , de bien juger des fentences qui prouvent la fauffeté des vertus, c'eft que nous croyons trop aifément, qu'elles font véritables
Pai^. ^f max. I.
— max. II.
Pag. 4, max. I!!.
— max. IV.
— max. V.
Ms. »• . . . Dans la composition des plus grands remèdes de la médecine. . . La prudence les assemble , elU les tempère. . 1665. — Conforme.
1678. — On a supprimé : de la médecine,
Ms. — La vertu est un fantôme. . . afin de faire. . .
1 665 . — Ce que le monde nomme vertu^ n'est d'ordinaire qu'un fantosme. . .
Cette,maxime, supprimée dans 1678, est citée à tort comme inédite par M. É. de Barthélémy.
Un Ms. vu par M. Gilbert donne la variante suivante : La vertu est un fantôme produit par nos passions , du nom duquel on se sert afin de faire, . .
Ms. — Conforme.
1665. — Toutes les vertus se perdent. . .
1678. — Les vertus se perdent. . .
Cette maxime en forme deux dans le Ms. et dans 1665; la seconde phrase seule a été conservée dans 1678.
Ms. — Les crimes deviennent innocents et même glorieux par leur nombre et par leur excès ... les massacres de provinces entières sont des conquêtes, il y a des héros en mal comme en bien.
1665. — H y a des crimes ^«i deviennent innocens, et mesme glorieu> par leur éclat , leur nombre, et leur tnctz. . .
La 2^ partie est identique partout.
Ms. — . . .Conservent toutes seules le mérite. . .
1665. — Pendant que la paresse et la timidité ont seules le mérite de nous tenir dans nostre devoir, nostre vertu. . .
(i) Pour le manuscrit autographe du château de la, Roclje-Guyon, nous avons suivi la publication qui en a été raite, en 1863, par M. Edouard de Barthélémy ; pour les variantes de la première édition française, en 166^, nous donnons celles d'un exemplaire de premier état, sans aucun changement, ni carton, conforme à celui dont la description détaillée se trouve p. 236 du Catalogue de vente de la bibliothèque de M. A. Rochebilicre.
Page 5, max. VI.
max. VII.
— max. VIII.
— max. IX.
max. X.
Page 6j max. XI.
— max. XII.
— max. XIII.
Page 7, max. XIV.
1678. — Pendant que la paresse et la timidité nous retiennent. . . nôtre vertu en a souvent tout Thonneur.
Inédite.
Cette maxime est dédoublée ailleurs, et l'ordre en est interverti.
Ms. — La clémence des princes est une politique. . .
1665. ■— La clémence des Princes est souvent une politique. . . La clémence dont nous faisons une vertu, se pratique tantost pour la gloire^ Quelquefois par paresse , souvent par crainte , et presque toujours par tous les trois ensemble.
1678. ■— La clémence des Princes n'est souvent qu^une politique pour gagner. . . Cette clémence dont on fait une vertu, se pratique tantost par vanité^ quelquefois par paresse, souvent par crainte^ et presque toujours par tous les trois ensemble.
Ms. — ... Ils savent renfermer leur agitation dans leur cœur,
1665. — ... Ils sçavent enfermer, leur agitation dans leur cceur.
1678. — . . .N'est que /^art de renfermer leur agitation dans leur cœur,
Maxime ne figurant pas dans le Ms. publié par M. de Barthélémy ; conforme à 1665 et 1678. M. Gilbert donne la variante suivante d'un Ms. : La gravité est un mystère de corps qu'on a trouvé pour cacher le défaw/ i'esprit.
Ms. — ^Ne différant que par cette addition : C'est comme un prix dont elles augmentent la leur y et la suppression du mot enfin.
1665. — Conforme, sauf le mot enfin qui a été retranché.
1678. — Conforme pour la première partie qui seule a été conservée.
Ms. et 1665. — Conforme.
1678. — La reconciliation avec nos ennemis n'est qu'un désir de rendre nôtre condition meilleure. . .
Ne figure pas dans le Ms.
1665. — . . .Nous ne payons pas pour la justice qu'il j^ a de nous aquiter. . .
1678. — . . .Hlle entretient le commerce: et nous ne payons ipzs parce qu'il est juste de nous acquitter. . .
Ms. — Les François. . . comme la' plupart des hommes. . .
1665. — ... Ceux qui les ont obligez, et cessent de hoir ceux qui leur ont fait des outrages; l'aplication ... à laquelle ils ont peine à se soumettre.
1678. — . . .Ils baissent mesme ceux qui les ont obligez, et cessent de haïr ceux qui leur ont fait des outrages. L'application. . . à la laquelle ils ont peine de se soumettre.
Ms. — . . Jusqu^au ciel. . . Elle est la règle. . . et de notre conduite. . . Matière aussi changeante et inconnue. . . Dieu. . . quand il veut en accorde les mouvements. . . Que nous faisons à la Providence.
1665. — Texte conforme au Ms. jusqu'à la phrase : Dieu seul. . . qui est supprimée. . . Toutes les louanges dont nous flattons nostre Prudence ^ ne
sont quê des $ffêts de nostre amour propre , qui ^applaudit en toutes choses, et en toutes rencontres.
1678. — Maxime fort réduite , ne formant plus que cinq lignes: Ilny a point d'éloges qu'on ne donne à la prudence. Cependant elle ne sçauroit nous asseurer du moindre événement.
Page 8, max. XV. Aucune variante.
Page 9, max. XVI . Aucune variante.
— max. XVII . Ms. — . . .Et on est toujours satisfait. . .
1665. — Conforme.
1678. — On ne peut se consoler d'être trompé. . .
— max. XVIII. Ms. et 1678. — II est 2L\is&\jacile,..
1665. — Il est aussi aisé de se tromper sans s'en appercevoir. . .
— max. XIX. Ms. — . . .Voir deux hommes assemblés. . . Dit qu'il vient recevoir des
instructions pour sa conduite. . . et son dessein. . . est. . . et de rendre celui qu'il vient consulter garant de l'affaire qu'il lui propose. Celui qui conseille paye d'abord la confiance de son ami des marques d'un zélé ardent et désintéressé, et il cherche. . . de sorte que son conseil lui est bien plus propre . . .
1665. — . . .Voir deux hommes assemble^. . . Dit qu'il vient recevoir des instructions pour sa conduite, et son dessein le plus souvent est de faire aprouver ses sentimens, et de rendre celuy qu'il vient consulter, garant. . . Celuy qui conseille, paye d'abord la confiance àt son amy des marques d'un zèle ardent, et désintéressé , et il cherche. . . de sorte que son conseil luy est bien plus propre. . .
1678. — Rien n'est moins sincère que la manière de demander et de donner des conseils. Celuy qui en demande paroist avoir une déférence respectueuse pour les senttmens de son amy y bien qufil ne pense qu'à luy faire approuver les siens; et à le rendre garant de sa conduite. Et celuy qui conseille paye la confiance qu'on luy témoigne d'un zèle ardent et désintéressé, quqy qu'il ne cherche le plus souvent dans les conseils qu'il donne que son propre interest ou sa gloire.
Page 10 , max. XX. Ne figure pas dans le Ms.
1665 et 1678. — La force et la foiblesse de l'esprit sotU mal nommées, elles ne sont en effet que la bonne, ou la mauvaise disposition des organes du corps,
— max. XXI. Ms. ■— Rien n'est impossible de soy. . .
1665. — Il y a peu de choses impossibles d'elles'mesmes,et l'on trouve plus de voyes que l'on ne pense pour y arriver. Et si l'on avoit asse{ d'aplication et de volonté, nous aurions tousjours assez de moyens.
Cette maxime a été l'objet d'un carton qui l'a remplacée par la suivante qui est toute différente : il n'y a pas moins d'éloquence dans le ton de la voix y que dans le choix des paroles.
1678. — Nous avons plus de force que de volonté: et c'est souvent pour nous excuser à nous mesme , que nom nous imaginons que les choses sont impossibles.
Page 1 1 , max. XXII . Ms. — La pitié est souvnU un sentiment de nos propres maux dans Us
sujets étrangers. C'est une habile prévoyance des malneurs. . . Pour les engager à nous les rendre en de semblables occasions. . . Les services que nous rendons à ceux qui sont accueillis de quelques infortunes , sont. . . des biens que nous nous faisons anticipés.
166^. — . . .Qui nous fait donner du secours aux autres pour les engager à nous h rendre. . . de sorte que les services que nous rendons à ceux ^ui en ont besoin, sont. . . des biens anticipez que nous nous faisons a nous mesmes,
1678. — La pitié est sauvent un sentiment de nos propres maux dans les maux (fautruj^, Cest une habile prévoyance... ffous donnons du secours aux autres pour les engager à nous en donner en de semblables occasions... et ces services que nous /mit rendons sont.. . des biens que nous nous faisons à nous^mesmes par avance,
— max. XXIII. Ne se trouve pas dans le Ms.
1665 et 1678. — Celuy là n'est pas raisonnable à qui le hasard fait trouver la raison ; mais celuy qui la connoist, qui la discerne ^ et qui la gouste.
Page 13, max. XXIV. Ms. — . . . Par l'impression que nous donnons de la justice i^s nostr^s.
166^. -— Nous avouons nos defllauts, affin qu'en dormant bonne opinion de ia Justice de ru>stre esprit : nous reparions le tort qu'ils nous ont fait dans l'esprit des autres.
1678. — . . . Pour reparer ^tfr nôtre sincérité le tort. . .
— max. XXV. Ms. — L'humilité n'est souvent qu'une feinte soumission. . . C'est ce
qui fait les bons ou les mauvais comédiens, et c'est ce qui fait aussi que les personnes plaisent ou déplaisent. C'est son plus grand déguisement. . . C'est comme il est sans doute que le Prothée ... il en est un véritable dans la nature. . . sous toutes ses figures. . . si rare ni si plaisant que lorsqu'on le voit sous la forme et sous l'habit de l'humilité. Car alors on le voit les yeux baissés ; sa contenance est modeste . . . sa parole douce . . . Il ne reçoit les charges auxquelles on l'élève . . .
1665. ■— L'humilité n'est souvent qu'une feinte soumission. . . C'est un
cache sous la forme, et sous l'habit de l'humilité , car alors on le voit les yeux baissez ^ffs «n^ contenance modeste... toutes ses paroles sont douces. . . pleines d^estimepour les autres. . . Si on Ven veut croire il est indigne de tous les honneurs ) il n'est capable d'aucun employ, il ne reçoit les charges . . . C'est l'orgueil qui joue tous ces personnages que l'on prend pour l'humilité.
mieux déguisé et plus capable de tromper, que lors qu'il se cache sous la figure de l'humilité.
Page 13, max. XXVI. Dédoublée dans le Ms., dans 1665 et 1678.
Ms. -— Première partie identique. Voici la seconde : La modération des personnes heureuses est le calme de leur humeur adoucie par la ^ss^sskw du bien.
1665. — La modération dans la bonne fortune, n'est que Vaprehmsùm de la honte. .. La modération àts personnes heureuses est le calme de leur humeur, adoucie par \z. j^ssession du bien. La modération est une crainte de Venvie, et du mépris. . . et enfin pour la bien définir. . .
1678. — La modération des personnes heureuses vient du calme que la bonne fortune donne à leur humeur, La modération est une crainte de tomber dans Vermie et dans le mépris gue méritent ceux qui s'enyvrent de leur bonheur. . . et enlin la modération des hommes dans leur plus hau/^ élévation, est un désir de paroistre plus grands que leur fortune.
P. 14, max. XXVII. Manque dans le Ms.
1665. — La modération dans la plus part des hommes, n'a garde de combattre . . . puis qu'elles ne se peuvent trouver ensemole ; la modération n'estant d^ordinaire qu'une paresse. . . de manière qu'on peut justement dire à leur égard ^ que la modération est «ii^ bassesse de rame. . .
1678. — La modération ne peut avoir le mérite de combatre l'ambition et de la soumettre : elles ne se trouvent jamais ensemble. La modération est la langueur et la paresse de Vame, comme l'ambition en est l'activité et l'ardeur.
P. 15, max. XXVIIL Ms. — Conforme.
166^. — L'honnesteté des femmes. . .
1678. — L'honnesteté des femmes tsX souvent. . .
— max. XXIX. Ms. — Conforme.
1665. — Le mot et supprimé.
1678. — Ce qu'on nomme libéralité n'est leplus souvent que la vanité de donner. . .
— max. XXX. Ms.et 1665. — Conforme. — Supprimée dans 1678.
Comme elle se trouvait deux fois dans 1665 (nos 1^5 et 259), on a fait un carton et donné le dernier chiffre à cette autre maxime : lljf a une révolution générale qui change le goust des Esprits, aussi bien que les fortunes du monde.
— max. XXXI. Ms. — La fidélité est une invention rare de la réputation par laquelle
un homme ... car il engage les hommes, par leurs biens, par leur honneur, par leur liberté.. .
/ 1665. — ... Où il fait le moins d'avances... C'est un rafinement
de sa poMtïqae, avec lequel il engage les hommes ^ar leurs biens, par leur honneur, par leur liberté. . .
i6^g. — La fidélité quiparoist en la pluspart des hommes, n'est qu^xint invention de l'amour propre pour attirer la confiance. C'est un moyen de nous élever au dessus des autres, et de nous rendre dépositaires des choses lesplus importantes.
Page i6,max. XXXII. Cette maxime ne figure pas dans le Ms; nous y avons seulement trouvé,
sous le n^ 92, la maxime suivante : La dévotion qufon donne aux princes est un second amour propre.
\(xS^. — L'éducation que Von donne aux Princes. . . Dans les exemplaires cartonnés de cette édition ily a : L'éducation que l'on dor\ne d'ordinaire aux Jeunes gens, est un second orgueil. . .
Le Ms. vu par M. Gilbert offre aussi cette variante.
1678. — Réimpression de la maxime objet d'un carton en 1665, mais avec le mot amour propre de 1664.
P. i6,max.XXXIIl. Ms. — Conforme.
1665. — Nostre repentir vfêstpas une douleur du mal que nous avons fait, c'est une crainte de celuy qui nous en peut arriver,
1678. — Nôtre repentir West pas tant un regret du mal que nous avons fait, qu'uue crainte de celuy qui nous en peut arrioer.
Le Ms. vu par M. Gilbert porte : Notre repentir ne vient point du regret de nos actions. . .
— max. XXXIV. Ms. — Il est bien malaisé de distinguer la bonté générale et répandue, . .
1665. — Semblable au Ms. sauf le mot sur substitué à pour, 1678. — Supprimée.
L'édition d'Amelot de la Houssaye, en 1714^ donne la leçon de 1664, ce qui prouve qu'il a eu entre les mains le texte imprimé en Hollande.
max. XXXV. Ms. — . . .Qui nous fait sortir hors de nous-mêmes. . . En sorte qu'il
semble que la bonté soit la niaiserie et ^innocence de Vamour propre ; cependant la bonté est le plus prompt de tous les moyens dont se sert l'amour propre , . .
Dans l'édition du Ms. donnée par M. de Barthélémy, cette maxime se termine ainsi : C'est un chemin dérobé par oà il revient à lui-même plus riche et plus ., .
1665.— ...Qui nous fait sortir hors de nous mesmes... L'amour propre... ou se laisse dépouiller... D^ sorte qu'il semble. . . cependant £:'est le plus utile de tous les moyens . . . avec lequel il réunit, U dispose et tourne. . .
1678. — • Réduite et remaniée comme il suit : // semble que l'amour propre soit la dupe de la bonté, et qu'il s'oublie luy-mesme lors que nous travaillons pour l'advaùtage des autres. Cependant c^est prendre le chemin le plus assuré pour arriver à ses fins : c'est prêter à usure sous preteocte de donner : c'est enfin s'aquerir tout le monde par un mq^en subtil et délicat.
P. 18, max.XXXVl. Ms. — ...S'il n'a ^ la force... n'est qu'une privation du vice, ou
plutôt la timidité du vice et son endormissement.
1665. — . . .S'il n'a la force, et la hardiesse <^^estre méchant, toute autre bonté n'est le plus souvent qu'une paresse, ou une impuissance de la mauvaise volonté,
1678. — . . .5'il n'a/ws la force <i'estre méchant : toute autre bonté n'est le plus souvent qu'une paresse ou une impuissance de la volonté,
— max.XXXVIl. Cette maxime comprend dans le Ms. les n®" 55, 123-124; et dans 1665,
les n®« 88-91 1 dans 1678 , on n'a conservé que la première partie remaniée de l'édition de 1664.
n'est qu'une vive appréhension... Cette crainte retient l'homme dans les bornes des biens que la naissance ou la fortune lui ont données; et, sans cette crainte, il feroit des courses continuelles sur les autres (r)9 1 24). 1665. — La justice n'est qu'une vive aprehension . . . Cette crainte
retient l'homme dans les bornes des biens que la naissance, ou la fortune luy ont donnez, et sans cette crainte il feroit... (n® 88.)— La justice dans les juges... (89.) — On blâme ^injustice, non pas par Vaversum que ¥on a pour elle, mais pour le préjudice que l'on en reçoit (n" 90). — L'amour de la justice n'est que la crainte de souffrir l'injustice (n* 91).
1678. — L'amour de la justice nfest en la pluspart des hommes que la crainte de souffrir l'injustice.
Page 19-30, Ces deux maximes n'en forment qu'une dans les trois textes dont nous
M. XXXVIII-XXXIX. donnons les variantes, et l'ordre y est interverti.
Ms. — ... On peut dire la même chose de son étendue, de sa profondeur. . . de sa justesse.. . L'étendue de l'esprit, c'est la mesure de sa lumière. . . Le discernement les compare et les distingue. Lai justesse ne voit. . . La droiture prend toujours le bon biais des choses. . . La délicatesse aperçoit l'imperceptible, et le jugement prononce ce qu'elle sfint. Si on les examine bien, on trouvera que toutes «^5 qualités. . . lequel voyarU tout, rencontre dans la plénitude de ses lumières tous les avantages. . . La finesse n'est qu'une pauvre habileté,
1663. — Le jugement n'est autre chose que la grandeur de la lumière de l'esprit, son estenduë est la mesure de sa lumière, sa profondeur est celle qui pénètre le fonds des choses, son discernement tes compare et les distingue, sa justesse ne voit. . . sa droiture les i>Tend toujours par le bon biais, sa délicatesse aperçoit ««i^s qui paroisseni imperceptibles, et le jugement décide. . . la grandeur de l'esprit, lequel voyant tout, rencontre dans la plénitude de ses lumières. . .
1678. — On s'est trompé lors qu^on a et eu que l'esprit et le jugement estoient deux choses différentes : Le jugement n'est que la grandeur de la lumière de l'esprit ; cette lumière pénètre le fonds des choses ; ellejf remarque tout ce qu'il/aut remarquer et apperçoit celles qui semblent imperceptibles : Ainsi il faut demeurer d'accord que c^est l'étendus de la lumière de l'esprit qui produit tous lez effets qu'on attribue au jugement,
P^ge 20, max. XL. Ms. — La persévérance n'est digne . . . qu!pn ne s'ôte ni qu'on ne
se donne point,
1665 et 1678. «- La persévérance n'est digne ny de blftme. . . qu'on ne s'oste, et qu'on ne se donnepoint,
— max. XLI. Ms. — La vérité qui fait les hommes véritables. . .
1663. — L'aversion du tnensonge est une imperceptible ambition de rendre nos témoignages considérables, et d'attirer knos paroles. . .
1678. — Semblable à 1665, sauf le moi souvent ajouté après est.
Page 2!, max. XLII. Ms. — ^' La première phrase s'y trouve deux fois, mais sous une forme
différente.
La vérité est le fondement et la justification de la beauté (n® 8). — La vérité est le fondement et la raison de la perfection de la beauté ; une chose, de quelque nature qu'elle soit... . (n® 207 .)
1665. — La vérité est le fondement et la raison de la perfection. . . une chose ...ne sçauroit estre belle, et parfaite, si elle «'est véritablement tout ce qu'elle doit estre, et si elle n'z tout ce qu'elle doit avoir.
Cette maxime, qui n'est pas dans 1678, a été supprimée dès la seconde édition.
— max. XLIII. Ms., i66ç et 1678. — La v^f/â^/^ éloquence consiste. . .
Page ai, max. XLIV. Le Ms. ne donne pas cette maxime, et il n'y a pas de variante en 1665.
1678. — Il ny a pas moins d'éloquence dans le ton de la voix , dans les yeux et dans Vatr de la personne^ que dans le choix des paroles.
— max. XLV. Ms. — Seulement la première phrase de 1664.
1665. — . . .Elles sont comme un art de la nature, dont les règles sont infaillibles, ^M'homme le plus simple que la passion fait parler^ persuade mieux que ceUty qui n'a que la seule éloquence.
1678. — ... Elles sont comme un art de la nature. . . et l'homme. . . qui a de la passion^ persuade mieux que le plus éloquent qui n'en a point.
Page 32, max. XLVI. Ms. — ...L'imitation du Mm vient de l'émulation, et des maux de
l'excès de la malignité naturelle^qui, étant comme retenue prisonnière par la honte, est la mise en liberté. .
1665. — . . .Nous imitons les bonnes actions par VémulaXïon, et les mauvaises par la malignité de nostre nature ; qui estant retenue en prison par la honte. . .
1678. — . . .Qui f^en produisent de semblables. Nous imitons les bonnes actions par émulation , et les mauvaises par la malignité de nôtre nature que la honte retenoit prisonnière ^ et que Vexemple met ett liberté.
— max. XLVIl. Ms. — . . .Avec les mêmes choses qui plaisent. . .
1665. — Conforme.
1678. — Supprimée.
— max. XLVIII. Ms. — Conforme.
1665. — Ceux qu'on /tf*/ mourir, aflFectent... pour ne pas penser à elle ; de sorte qu'on peut dire que ces froideurs. . . font à leur esprit ce que le bandeau fait à leurs yeux.
'envisager. De sorte qu'on peut dire que à leur esprit ce que le bandeau est à leurs yeux.
Page 33, max. XLIX. Ms. — ... On la souffre, non par la résolution , mais par la stupidité
et par la coutume. . .
1665. — . . .On fi^ la souffre >i5 ordinairement par resolution. . .
1678. — ...On ne lai souffre pas ordinairement. .. et la pldspart des hommes meurent, parce qu'on m^^^ s'empescher de mourir.
— max. L. Ms. — .. .Nous craignons. . . et nous désirons toute chose.
Cette maxime , que M. de Barthélémy donne comme inédite . et que M. Gilbert imprime parmi les maximes posthumes, figure dans l'édition d'Amelot de la Houssaye.
— max. Ll. Ne se trouve pas dans le Ms.
1665. — Conforme, sauf une inversion : est une solide subtilité.
1678. — La trop grande subtilité. . . et la véritable délicatesse est une solide subtilité.
Page 34, max. LU. Ms. — Le monde ne cognoissant pas le véritable mérite... aussi
eslève-t-il à ses grandeurs. . . que des personnes qui ont de belles qualités, et il couronne tout ce qui luit. . .
1665 et 1678. -~ Le monde récompense plus souvent les apparences du mérite que le mérite mesme.
Page 24, max. LUI. Ms. — . . .Des personnes qui desgoutent des qualités. . .
1665. — . . .Des personnes qui dégoûtent avec des qualitez bonnes et inestimables. ^- Les exemplaires cartonnés de cette édition donnent estimables,
1678. — Il y a des gens dégoûtons aœc du mérite , et d'autres qui plaisent avec des défauts,
— max. LIV. . Ms. — . . . Uair de bien savoir mettre en œuvre de médiocres qualités
dérobe souvent Testime. . .
166^. — L'art de sçavoir bien mettre en œuvre de médiocres qualitez, donne souvent.. .
1678. •— Commence ainsi : L'art de savoir. . . Conforme à 1664 pour le reste. *
Page 25 y max. LV. Ms. — Conforme.
1665. — ... Et f on est forcé de les recevoir. . . 1678. — Supprimée.
max. LVI. Pas de variantes dans les trois autres textes.
— max. LVII. Ms. et 1665. — Conforme.
Dans les exemplaires cartonnés de cette première édition, on a corrigé sottises et gasteroient en sotises et gâtetotent,
1678. — Il y a des gens dont tout le mérite. . .
— max. LVIII. Ms. * 11 y a des personnes à qui les défauts. . .
1665 et 1678. — Il y a des personnes à qui les défauts. . . et d'autres qui sont disgraciées avec leurs bonnes qualitez.
Le Ms. vu par M. Gilbert porte : et d'autres qui sont dégoûtantes, malgré toutes les bonnes qualités.
— max. LIX. Ms. — Il y a des ^ens niais qui se cognoissent niais et qui emploient
habilement leur ntaiserie,
\66^ et 1678. — Il y a des gens niais qui 3e connoissent , et qui employent habilement leur niaiserie.
Page 26 , max. LX. Ms. — ...Comme il a planté des arbres diférents... en sorte c[ue chaque
talent ainsi que chaque arbre a sa propriété et son eilet qui leur sont particuliers. . . Ne sauroit porter les pommes. . . et que le talent le plus» excellent ne sauroit produire les mêmes effets du talent le plus commun. De là aussi vient qu'il est aussi ridicule de vouloir faire des sentences sans avoir la graine. . . quoiqu'on on Wy ait point semé <f oignons.
Cette maxime posthume figure dans l'édition d'Amelot de la Houssaye, qui donne aussi le mot semences au lieu de sentences.
— max. LXI. Dédoublée dans nos trois textes.
Ms. — Pas de variante.
1665. — ... On fait tout ce que Von peut. . . (n® 65.) — Et c'est inutilement que nous travaillons à y trouver rien de réel (n^ 279).
1678. — ...On fait tout ce que /'on peut... (n® 56.) — Dans toutes les
ce
' professions chacun affecU une mine et un extérieur pour paroistre
qu'il veut qufan le crove. Ainsi on peut dire que le monde n*est composé que de mines (n® 256).
Page 27, max. LXII. Ms. — Il y a des gens qui ressemblent aux vaudevilles, que tout le
monde raconte, . .
1665. — Il y a des gens qui ressemblent aux vaudevilles. . .
1678.— Il y a des gens qui ressemblent aux Vaudevilles, ^n'o» ne chante ^trun certain temps.
— max. LXIII. Pas de variante.
M. Gilbert donne, d'après un Ms., les variantes suivantes : L'honneur que l'on acquiert est caution de celui que l'on doit acquérir.
— max. LXIV. Ms. — ...De même il y a dans le cœur... en sorte que la ruine de l'une
est toujours Vétallissement d'une autre, ^
i66ç. — Il y a dans le cœur humain une génération perpétuelle de passions, en sorte que la ruine de l'une est toujours l'établissement d'une autre.
1678. ^- Il y a dans le cœur. . . En sorte que la ruine de l'une est presque toujours l'établissement d'une autre.
Page 28, max. LXV. Ms. — Ainsi l'avarice produit quelquefois la libéralité, et la libéralité
Vavarice,
1665. — Conforme au texte du Ms. ; commençant par Les passions en engendrent. . . Le mot ainsi avant l'avarice a été supprimé.
1678. — Les passions en engendrent souvent qui leur sont contraires. L'avarice produit quelquefois \3i prodigalité ^Ha prodigalité l'avarice : on est souvent ferme ^r foiblesse, et audacieux par timidité.
— max. LXVI. Maxime posthume, donnée comme inédite par M. de Barthélémy.
Ms. — ... Plus il devient raisonnable et plus il rougit en luj^ mesme. . .
Page a9,max. LXVII. Ms. et 1665. — Pas de variante.
1678. -— Quelque éclatante que soit une action, elle ne doit pas passer pottr grande lors qu'elle n'est pas l'effet d'un grand dessein,
— max. LXVIII. Ms. — . . .Sans lesquels les actions ne font jamais. . .
1665. — '1 ^^^^ ""^ certaine proportion entre les actions et les desseins, si on en veut tirer tous les effets qu^tWes peuvent produire.
1678. — Texte de 1665, sauf ^0/^ au lieu défaut,
— max. LXIX. Ms. — La passion fait souvent un sot du plus habile homme , et rend
souvent lefipius sot habile,
1665. — Conforme, sauf le moi fol substitué à sot,
1678. — La passion fait souvent un fou du plus habile homme ; et rend souvent. . .
— max. LXX. Ms. — Conforme.
1665. — Chaque homme se trouve quelquefois aussi différent £i^ luy-
mesme, qu'il l'est des autres,
i&fi, — On est quelquefois aussi différent de sof-mésme que des autres.
Page 29, max. LXXL Maxime ne figurant pas dans le Ms.
1665. — Conforme.
1678. — Supprimée.
Page 3o,max. LXXII. Ms., 1665 et 1678. — Un homme d'esprit seroitsotnwf/ ^f>»i.. .
M. LXXIII-LXXIV. Ces deux maximes sont réunies dans les autres éditions.
Ms. — Les peines et les sentiments ont chacun. . . un air de visage, . . c'est ce qui fait les bons ou les mauvais comédiens . . .
1665. — ^^^^ ^^ sentimens ont chacun un ton de voix , un geste et des mines. . . Ce rapori bon j ou mauvais fait les bons ou les mauvais Commediens. . .
1678. — TousXes sentimens ont chacun un ton de voix, des gestes et des mines. . . Et ce rapport bon ou mauvais , agréable ou désagréable, est ce qui fait que les personnes. . .
Page 30, max. LXXV. Ms. — La confiance de plaire est souvent le moyen. . .
1663. — ^ confiance de plaire , est souvent un moyen de déplaire infailliblement.
1678. — Supprimée.
— max. LXXVI. Ms — Rien ne doit tant diminuer la satisfaction. . . que de voir que
nous avons esté dans des estats et dans des sentiments. . .
1663. — • • • Que ^^ voir que nous avons esté contens dans Testât. . .
1678. — ...Que de voir que nous desapprouvons dans un temps ce que nous approuvions dans un autre.
P. 31 , max. LXXVII. Ms., 1665 et 1678. •— Nous n'avons ^ assez de force. . .
— max. LXXVI il. Ms. — Ce qui nous fait aimer les nouvelles cognoissances. . . et l'espérance de l'estre davantage. . .
1665. — . . .N'est pas tant la lassitude que nous avons . . . ou le plaisir de changer. . .
1678. — Ce qui nous fait aimer les nouvelles connaissances n'est pas tant la lassitude que nous avons. ..ouïe plaisir de changer. . . que le dégoût de n'estre pas assez admirez. . . et l'espérance de restre davantage de ceux qui ne nous connoissent pas tant.
— max. LXXIX. Ms. — Les grandes âmes ne sont pas celles. . . mais celles ^»f ont seulement les plus grandes veues .
166^. — Les grandes âmes ne sont pas celles qui ont... plus de vertu. . . mais celles seulement qui ont de plus grands desseins.
1678. — Supprimée.
Page 32, max. LXXX. Ms. — On se vante souvent de ne se point ennuyer. . .
1663. — Aucune variante.
1678. — Nous nous vantons souvent de ne nous point ennuyer ; et nous sommes si glorieux que nous ne voulons pas nous trouver de mauvaise compagnie.
max. LXXXI. Ms. — La santé de l'âme n'est pas plus assurée que celle du corps et
94 NOTES 6l VARIANTES.
quelque éloigné que nous paroissions des passions. . . il faut croire toutefois qu'on «'est pas moins exposé que /'on est à tomber malade . . .
1665. — ,„Et quoy que Von paroisse éloigné des passions, cm n'y est pas moins exposé qtfà tomber malade. . .
1678. — ...£/ quqy que Von paroisse éloigné des passions on n'est pas moins en danger de sy laisser emporter^ que de tomber malade. . .
P. 33, max. LXXXIU Ms. ~ ...La charité a seule le privilège de dire quand tout ce qui leur
plaît est de ne blesser jamais personne.
M. Gilbert donne d'après un ms. une leçon conforme au texte de
1664, sauf la suppression du mot quasi,
1665. — Les passions ont une injustice. . . qui fait qu'il est dangereux de les suivre, lors mesme qu'elles paroissent les plus raisonnables,
1678. — Les passions ont une injustice. . . qui fait qu'il est dangereux de les suivre ^ et qu'on s'en doit défier lors mesme qu'elles paroissent Us plus raisonnables,
P. 33, max. LXXXIII. Aucune variante.
— max. LXXXIV. Ms. — Quelque industrie qu'on ait à cacher ses passions. . . il y ^ a
toujours quelque coin qui se montre.
166$. — ...Il y wa toujours...
1678. — Quelque soin que Ton prenne de couvrir ses passions ^f des apparences de pieté et (f honneur, elles paroissent toujours au travers de ces voiles,
— max. LXXXV. Ms. — La philosophie triomphe... et de ceux qui ne sont pas pirh
d^arriver...
1665. — Pas de variante.
1678. — ,.,^\.des maux à venir. . .
Voici le texte du Ms. vu par M. Gilbert: La philosophie ne /ait des merveilles que contre les maux passés ou cotUre ceux qui ne sont pas prêts d'arriver, mais elle n'a pas grande vertu contre \es maux présents.
— max. LXXXVl. Ms. — . . .M> dépend pas de nous plus que. . .
1665 et 1678. — Aucune variante.
— max. LXXXVII. Ms. — ... Pas de variante.
1665. — N'os^ substitué à ne peut,
1678. — On fait souvent vanité des passions mesme les plus criminelles
mais l'envie est une passion . . . que Von n'ose jamais avouer.
P. 34, M. LXXXVIIl. Ms. — L'amitié la plus sainte et la plus sacrée, , .
1665. — L'amitié la plus désintéressée n'est qu'un trafic, où nostre amour propre se propose to(!L]ours quelque chose à gaigner,
\6'jS, ~ Ce que les hommes ont nommé amitié, n'est qu^une société , qu^un mesnagement réciproque d'intérêts, et qu^un eschange de bons offices ; ce n'est enfin qu'un commerce où V amour-propre se propose toujours quelquechose à gagner,
— max. LXXXIX. Ms. — Conforme.
1665. — Ce qui rend nos inclinations. , ,
1678. — Ce qui nous rend si changeons dans nos amitû^, c'est quMl est difficile de connoître les qualitez & Vam$y et facile de connoître celles de Vesprit,
Page 34, max. XC. Ms. ~ Nous nous persuadons souvent d'aimer des gens selon ce que
nous leur voulons donner. . .
i66j. — . . .Et nous ne nous donnons pas à eux pour le bien que nous leur voulons/aire ; mais pour celuy que nous en voulons recevoir,
ifyj%, — Nous nous persuadons souvent d'aimer... et néanmoins y est l'interest seul qui proauit nôtre amitié. Nous ne nous donnons pas à eux pour le bien que nous leur voulons faire^ mais pour celuy que nous en voulons recevoir.
— max. XCI. Cette maxime, supprimée en i678,reproduit le texte du Ms. et de 1665,
sans les deux coquilles de 1664.
Page 55, max. XCII . Ms. — 11 n'y a point d'amour pur et exempt de mélange des autres passions, que celle qui est cachée au fond du coeur, et que nous ignorons nousmêmes,
X 1665. — Texte de 1664 complété par l'addition du Ms.
1678. — S'il y a M» amour. . . c'est celuy qui est caché au fonds du coeur, et que nous ignorons nous-mesmes,
— max. XCIII. Ms. — ...Et tout ce qu'on en peut dire, ^est que dans l'âme. . . et dans
le corps que ce n'est. . . après beaucoup de mystères.
1665. — . . .Dans le corps. . . après beaucoup de mystère.
1678. — 11 est difficile de définir l'amour. Ce qu'on en peut dire. . . et dans le corps . . . après beaucoup de mystères.
— max. XCIV. Ms. — On s'est trompé quand on a cru, après tant de grands exemples,
que l'ambition et l'amour. . . elle usurpe insensiblement sur tous les desseins. . . enfin elle émousse et éteint toutes les passions. . .
1665. — On s'est trompé quand on a crû qu'il n'y avoit que Us violentes passions comme l'ambittony et l'amour qui pussent triompher des autres ; la paresse ... ne laisse pas d'en estre souvent la maistresse, elle usurpe sur tous les desseins . elle. . . y consomme insensiblement. . .
1678. — C'est se tromper que de croire qufil n'y ait que les violentes passions y comme l'ambition et l'amour, qui puissent triompher des autres. La paresse. . . ne laisse pas d'en estre souvent la maistresse : elle usurpe sur tous les desseins. . . elle. . . y consume insensiblement les passions et les vertus.
Page 36, max. XCV. Aucune variante.
— max. XCVI. Ms. — Comme on n'est jamais libre d'aimer ou de cesser d'aimer, on ne
peut se plaindre. . . de la cruauté de ses maîtresses, ni de la légèreté de son amant.
1665. — Comme on n'est jamais en liberté d'aimer, ou de cesser d'zlmery Vamant ne peut se plaindre avec justice de ^inconstance de sa Maistresse...
1678. — Supprimée.
- max. XCVll. Pas de variante.
Page 37, max. XCIX.
— max. C.
— max. Cl.
Page36,max.XCVin. Ms. — Il y a beaucoup d$ femmes qui n'ont jamais fait de galantert/^ mais
je ne say s'il y en a qui n'en n'ayent jamais fait qu'une.
1665. — . . .Galanterie. . . qui n'en a^«f/ jamais fait qu'une.
1678. — ...Qui n'ont jamais eu de galanten>. .. qui n'en £^ent jamais eu qu'une.
Ms. — Cette maxime et la suivante n'en forment qu'une, et l'ordre en est interverti.
La durée de Vamour et ce qu'on appelle ordinairement la constance sont deux sortes de choses bien différentes ; la première vient de ce que l'on trouve sans cesse dans la personne que Von aime de nouveaux sujets d'amour, comme dans une source inépuisable ; la seconde vient de ce que /^on se fait un honneur. . .
1663. — . . ,Dans la personne. . . (comme dans une source inépuisable) de nouveaux sujets d'aimer. . . on se fait un honneur. . .
1678. — ... Dans la personne que l'on aime de nouveaux sujets d'aimer : et l'autre vient de ce que ^on se fait un honneur d'estre constant.
Ms. — La constance en amour. . . cette constance n'est que nostre inconstance. . .
1665 et 1678. — La constance. . . renfermée dans un mesme sujet.
Ms. — . . .Uurte qui vient. . . à toMt moment. . . la seconde. . . qui vient du dégoût des choses.
1665. — U y Si une inconstance qui vient... Change à tout momen/ d'opinion, ou de sa faiblesse qui luyfait recevoir toutes les opinions d'autruy ; ily en a une autre, . . qui vient de la fin du goust des choses.
1678. — Semblable à 1665, mais on a supprimé la phrase : qui change à tout moment d'opinion, et on a ajouté la conjonction Savant ily en a une autre,. .
Ms. — Ces grandes. . . actions, qui éblouissent les yeux des hommes. . . au lieu que ce sont d'ordinaire. . .
1665. — . . . Au lieu que ce sont d'ordinaire. . .
1678. — Ces grandes. . . actions. . . comme les effets des grands iessWns; au lieu que ce sont. . . ^'estoit^^^s/f^ ^u'un effet de jalousie.
Ms. — Les affaires. . . comme les statues ont... 11 y en a d'autres. . . quand on est éloigné.
1665. — Toutes les grandes choses ont leur point de perspective, comme les statues. . . pour en bien juger. . .
1678. — Les hommes et les affaires ont leur point de perspective, il y en a. . . pour en bien juger \ et d'autres dont on ne juge jamais. . .
Page ^9. max. CIV. Ms. — La jalousie est raisonnable en quelque manière. . .
1665. — ' . . .Que nous croyons nous appartenir. . . 1678. — La jalousie est en quelque manière juste et raisonnable, puis qu'elle ne tena qu'à conserver un bien . . . que nous croyons nous appartenir. . . une fureur qui ne peut souffrir le bien des autres.
P- 39-47) nwx. CV. Ms. — L'amour propre est l'amour. . . de toutes choses pour soi ; il rend
les hommes. . . Il ne se repose jamais . . . On ne peut sonder la profondeur, ni percer les ténèbres ie ses aWiW5.. . 11 en forme de si mons-
Page 38, max. CIL
~ max. cm.
trueuses. . . De cette nuit qui le couvre. . . quMl s'imagine n'avoir plus envie de courir d^s ^u'iX se repose, et 9»^/ pense. . . en quoi il est semblable à nos yeux qui découvrent tout. . . Et dans ses plus importantes affaires. . . Chacune de ses passions a une espèce de masie. . . Et qu'il suit son gré lorsqu'il suit les choses qui sont à son gré. Il est tous les contraires; il est. . . timide et audacieux : il a de différentes inclinations, selon la diversité des tempéraments qui le tournent et le dévouent tantôt k\2i%\o\xt^ ton/o^ aux richesses, ^ tow/d/ aux plaisirs. . . Outre les changements qui viennent... Et on le voit quelquefois travailler avec le dernier empressement. . . 11 vit partout, et il vit de tout ; il vit de rien, il s'accommode des choses.. . il passe même dans le parti des gens... il travaille lui-même à sa ruine : enfin, il ne se soucie que d'être, et pourvu qu'il soit... Il ne faut donc pas s'étonner s'il se joint quelqv-e/ois a la plus rude austérité,. . Quand on pense qu'il quitte son plaisir, il ne /ait que le suspendre ou le changer ^ et lors même qu'il est vaincu... on le trouve qui triomphe dans sa propre défaite. . . Et l'amour-propre trouve dans la violence continuelle de ses vagues. . .
1665. — Reproduction du Ms., ne différant que par les variantes suivantes : Il travaille même à sa ruine. . . On le retrouve qui triomphe. . . L'amour propre trouve dans le flus et le reflus de ses vagues continuelles, . .
1678. —Supprimée.
P. 47-48, M. CVI-CVII. Ces deux maximes n'en forment qu'une dans le Ms. et dans 1665; La
Rochefoucauld n'en a conservé, en 1678, qu'un résumé en 8 lignes.
Ms. — ...Il les déguise si bien qu'il y est lui-même abusé, mais soudainement il change l'état. . . C'est avec toute la sévérité de la justice que notre amour-propre juge de ses actions; il donne à ses défauts une étendue qui les rend énormes, et il met ses bonnes qualités. . . Le lustre que notre aversion venoit d* effacer, . , Nous appelons même toute notre indulgence^ pour la forcer à justifier la guerre qu'elles nous ont fai^. . . L'amour la fait voir. . . Un amoureux agité de la rage où l'a mis /'oubli ou /'infidélité de ce qu'il atme, méditer pour sa vengeance tout ce que cette passion inspire déplus violent. Néanmoins aussi-tôt que sa vue a calmé la fureur. . . il ôte la noirceur aux mauvaises actions de sa maîtresse . . .
bonnes quafitez'. .^. Les mauvaises qualité^ s'affacent et les bonnes pi sent avec plus d'avantage qu'auparavant y nous rapellons mesme toute nostre indulgence pour la forcer à Justifier la guerre qu'elle nous a idÀte. . . La rage ou l'a mis l'oubli ou ^infidélité de ce qu'il aimey méditer pour sa vengeance y tout ce que cette passion inspire déplus violent; neantmoinsaussitost que sa veue a calmé la fureur. . . il oste la noirceur aux mauvaises actions de sa maistrèsse, et en sépare le crime pour s'en charger luy-mesme.
1678. — L'amour propre nous augmente ou nous diminue les bonnes quorlite{ de nos amis à proportion de la satisfaction qne nous avons d^eux : et nous jugeons de leur mérite par la manière dont tls vivent avec nous,
P. 49-30, M. CVIII-CIX. Ces deux maximes, qui ne figurent nulle part, sont données comme
inédites par M. Willems.
Page 50, max. CX* Cette maxime, que M. Willems a dédoublée dans son tableau de concordance, se compose de deux parties bien distinctes, dont la i'* est inédite. La seconde partie n'étant pas en alinéa comme les autres maximes de 1664, nous n'avons pas cru devoir la séparer dans une réimpression rigoureusement exacte^ où nous avons conservé même de monstrueuses coquilles. C'est ce qui explique pourquoi nous n'avons que 188 maximes au lieu de 189 indiquées dans la hlotice faite par le consciencieux bibliographe des Elzeviers.
Voici les variantes de la seconde partie supprimée en 1678 :
Ms. — Peu de gens sont cruels de cruauté , mais tous les hommes sont cruels d'amour-propre.
1665. — La férocité naturelle fait moins de cruels que l'amour propre.
Page ^1, max. CXI. Ms: ~~ L'amour de la gloire... plus encore la crainte... fait cette
valeur...
1665. — Pas de variante.
1678. — L'amour de la gloire, la crainte de la honte... sont souvent les causes de cette valeur si célèbre...
— max. CXII. Ms. ^ La vanité et la honte... y^w^ la valeur des hommes... dont cha-
cun mène tant de bruit.
1665. — La vanité, la honte, et sur tout le temperament,/oif/ la valeur des hommes.
1678, — La vanité, la honte... /on/ souvent la valeur des hommes, et la vertu des femmes.
— max. CXIII. Ms. — . . .Toutes les autres espèces de courage. Il n'y a pas moins de
différence entre eux ^M'entre les visages et les humeurs. . . Qui ne sont pas toujours également maitres d'eux-mêmes. D'autres se laissent... entraîner... La nuit augmentant la crainte... elle donne... Il y a encore un autre ménagement... qui... s'étend sur tout^ sort^ d'hommes ; c'est qu'il n'y en a pomt qui fass^ tout ce qu'f'/ serait capable de faire dans une occasiony s'ils avoient une certitude de réussir ; de sorte qu'il est visible que la crainte de la mort. . .
166$. — ...Sont des extremitez où on arrive {deux extremitez, exemplaires cartonnés) . . . L'espace qui est entre les deux {entre deux^ ex. cart.). . . toutes les autres espèces décourage; il n'y a pas moins de différence en/f'eux (entfellesy ex. cart.) qu'il y a (ywa, ex. cart.). . . 11 y en a. . . qui font fort peu de chose5 au de là ; on en voit qui ne sont pas également maistres (tousjours également maistres, ex. cart) de leur peur, d'autres se laissent quelquefois entraisner. . . et les prépare à s'exposer à de plus grands (après ces mots on trouve dans les ex. cart. le passage suivant : Iljf en a encore qui sont braoes à coups cPespée^ qui w peuvent souffrir les coups de mousquet^ et d? autres y sont asseurer qui
craignent de se battre à coups d^espée.) Outre cela il y a un raport
entre tous ies courages i^ différentes espèces... S'estend sur tout^ sort^ d'hommes. . . Ce qu'ils seroient capables de faire dans uneo^^sion (action, ex. cart.) ... De sorte que la crainte de la mort (de sorte quHl est visible que la crainte. . . ex. cart.).
1678. — . . .Sont deux extremitez. . . Il n'y a pas moins de différence erUr* elles ^v'entre les visages et les humeurs. Il y a des hommes. . . Il y en a qui sont contens. . . Entraîner à des terreurs générales. D'autres
sont assure^ aux coups de mousquet, et appréhendent de se battre à coups d'épée» Tous ces courages de différentes espèces conviennent en ce que la nuit augmentant la crainte... elle donne \sl liberté de se ménager.
qu' la mort este quelque chose de la valeur.
Page 54, max. CXIV. Ms. — ... Devant tout le monde,
1665. — Pas de variante.
1678. — Li parfaite valeur #5/ de faire sans témoins ce qu'on seroit capable de faire devant tout le monde. . .
— max. CXV. Maxime dédoublée en 1665, dont on a supprimé la seconde partie, en
Ms. — ... Dans les accidents les plus surprenants et les plus terribles. Cette intrépidité doit soutenir le cœur dans /<i conjurati(7ii. . . la fermeté qui leur est nécessaire. . .
166^. — • . . .Les Héros se maintiennent ffi un estât paisible. . . L'intrépidité doit soutenir le cœur. . .
1678. — L'intrépidité est une force... de Vime qui Téleve au dessus des troubles^ des desordres, et des émotions que la veuë des grands périls pourrait exciter en elle : et c^est par cette force que les Héros se maintiennent en un estât paisible et conservent l'usage libre de leur raison dans les accidens les plus surprenons et les plus terribles
Pag. ^3, max. CXVI. Ms. — . . .De là vient que, quelque chicatig^jgt^onremafque dans les
partiesy elle n^est point égale à ta cnicaîte des bravesT " -
1665. — ... Pour conserver leur hien.
1678. — . . .Ce qui fait c^ue les braves. . . que les gens de chicane t^en ont pour conserver leur bi«f .
-— max. CXVIl. Ms. — La valeur dans le simple solda/. . .
1665. — Pas de variante.
1678. — La valeur est dans les simples soldats. . .
— max. CXVIII. Ms. — Pas de variante.
1665 et 1678. — La pluspart des hommes s'exposent assez dans la guerre . . .
M. Gilbert donne la variante suivante d'un Ms. : On est presque toujours assef brave pour sortir sans honte des périls de la guerre ; mais peu de gens le sont assefpour s'exposer toujours, . .
— max. CXIX. Cette maxime peut être considérée comme inédite , la maxime pos-
thume (n® 522) de l'édition des Grands Ecrivains n'offre que des rapports insignifiants.
Page 56, max. CXX. Ms. — . . .C'est un. . . emploi. . . de la fermeté en amitié. . . pour
aller plutôt h un plus grand intérêt.
loo NOTES & VARIANTES.
1665. — La générosité est un industrieux employ du désintéressement^ pour aller />/Ms/a5/ â un plus grand inUrest,
1678. — Ce quiparoist générosité n'^y/ souvent qu'une ambition déguisée qui méprise de petits interests pour aller à déplus grands,
Page^ô^max. CXXl. Ms. et 1665. — Pas de variante.
1678. — . . .Ce n'est pas elle seule, mais la fortune avec elle qui fait les Héros.
— max. CXXll. Ms. — • Aucune variante sauf amiable au lieu d^aimable,
1665. — . . .Cest^f avoir. . . et non pas ^or avoir. . . 1678. — . . .Cest^f avoir. . et non par avoir. . .
Page c^, M. CXXIII. Ms. — . . .Les imprudents tournent bien souvent à leur préjudice les
plus avantageux.
1665 et 1678. — 11 n'y a point d'accidens si malheureux, dont les habiles gens ne tirent quelque avantage, ny de si heureux, que les imprudens ne puissent tourner à leur prejuaice.
— max. CXXIV. Texte conforme partout.
— max. CXXV. Ms. — Pas de variante.
1665. — Seulement la seconde partie de cette maxime, sans variante.
1678. — Seulement la dernière partie, avec la substitution de qu'on s'imagine à que l'on pense»
— max. CXXVl. Ms. — (iae\(\\ie disproportion q}i^\\ y ait entre les fortunes, il y a pour-
tant toujours. . .
1665. — Pas de variante.
1678. — Quelque différence qui ^rows^ entre les fortunes, il y 2i néanmoins une certaine compensation de biens. . .
— max.CXXVII. Maxime dédoublée dans le Ms. et 1665, dont la 3* partie a été supprimée
dans 1678.
Ms. — ... Puisque la mauvaise fortune ne s'opiniâtre jamais k poursuivre que. . . (n® 95.) — On se console d'estre malheureux en effet par un certain plaisir. . . (n* 50.)
1665. — ... Pour persuader. . . qu'ils sont au dessus de leurs malheurs, et qu'ils sont dignes d'estreen butte â la fortune (n^ ^7.) — On se console... (n» 60.)
1678. — Ceux qui crqyent avoir du mérite, se forU un honneur d'être malheureux, pour persuader. . . qu'ils sont dignes d'estfe en bute à la fortune,
P. 58 max. CXXVni. Ms. — On n'est jamais si malheureux qu'on ctaint. . .
1665. — . . .Ny si heureux qu'on avoites^é, 1678. — On n'est jamais si heureux ny si malheureux qu'on s'imagine.
— max. CXXIX. ^s. - Pas de variante.
1665. — ...Ou bien le mérite de leur fortune.
16^8. ^. La pluspart des gens ne jugent des hommes que par la vogue
qu'ils ont, ou par leur fortune.
— max. CXXX. Aucune variante.
NOTES et VARIANTES. loi
P. ç8, max.CXXXI. Ms. — Quoique la vanité des Ministres... ettâ 5fif/bien souvent Us
effets du hasard.. .
1663. — Quoy que la grandeur des Ministres se flatte de celle de leurs actions, elles sont bien souvent les effets du hazard. . .
1678. — Quoy que Us hommes se flattent de leurs grandes actions, elles fM sont /MIS souvent /l^5 effets d'un grand dessein, mais des effets du hasard.
P. 59, max. CXXXll. Ms. — . . .N'est autre chose que Tamour de ces faveurs, Cest aussi la
rage de n'avoir ^5 /a faveur qui console et adoucit. . . c'est aussi une secrète envie de /a détruire. . . ne pouvant que leur ôter ce qui leur attifa celUs de tout le monde.
1663. ~~ • • -N'est autre chose que l'amour de la faveur ; U dépit de ne la pas posséder, se console. . . par le mépris de ceux qui la possèdent ; c'est enfin une secrette envie de la destruire. . . ne pouvant pas leur oster ce qui leur attira. . .
1678. — La haine pour les favoris n'est autre chose que l'amour de la faveur. Le dépit de ne la pas posséder se console et s'adoucit par le mépris que Von témoigne de ceux qui la possèdent ; et nous leur refusons nos nommages ne pouvant pas leur oster ce qui leur attire . . .
— max. CXXXIII. Ms. — Les grands hommes s'abattent et se démontent à la fin. .. mais
seulement qu'ils se donnoient U genre pour le paroître. . . et non pas par celle de leur cœur. . .
1665. — Les grands hommes s'abatent et se démontent à la fin... cela fait bien voir qu'ils n^estoient pas forts quand ils les suportoient. . . Enfin à une grande vanité près, les Héros. . .
1678. — Lorsque les grands hommes se laissent abattre par la longueur de leurs infortunes, ils font voir qu'ils ne Us soûtenoient ^u^ par la force de leur ambition . . . etqu*k une grande vanité près. . .
P. 6o,M. CXXXIV. Ms. et 1665. — Conforme.
1678. — Supprimée.
P. 6* , M. CXXXV. Ms. — On ne fait point de distinction dans la colère. . .
1665. — Les mots de la fin : et de l'amour propre n'y sont pas . 1678. — Supprimée.
— max.CXXXVI. Dédoublée partout ailleurs, l'ordre en a été interverti dans le Ms. et
Ms. — Nous ne nous apercevons que des emportements et des mouvements extraordinaires de nos humeurs, comme de la violence, de la colère, etc. . . un cours ordinaire et réglé qui meut et tourne doucement et imperceptiblement notre volonté. . . (n* 255.) — Le caprice de l'hommeest encore plus bizarre. . . (n° 83.)
1665. — Nous fi^ nous apercevons ^fi^ des emportemens. . . Ces humeurs ont un cours. . . qui meut et tourne doucement et imperceptibUment nostre volonté. . . et exercent successivement un empire secret en nous mesme] de sorte qu'elles ont une part considérable en toutes nos actions, sans que nous U puissions reconnoistre (n^ 48).— Le caprice de nostre humeur. . . (n® 50.)
loa NOTES & VARIANTES.
1678. » Les humeurs du corps ont Un cours. . . qui meut et tourne imperceftiblefnetU nôtre volonté : elles roulent ensemble et exercent successivement un empire secret m nous : de sorte qu'elles ont une part considérable à toutes nos actions, sans que nous le puissions connottre (n* 297). —Le caprice de nostre humeur. . . (n* 45.)
P. 63, M. CXXXVII . Cette maxime a été dédoublée et Tordre en a été interverti.
Ms. — L'orgueil a bien plus de part que la bonté aux remontrances. . . et nous ne les reprenons pas tant pour les en corriger, que pour leur persuader. . . (n" 69.) — Si nous n'avions /ws d'orgueil. . . (n" 67.)
166^.— L'orgueil a bien plus de part que la bonté, . . (n® 41.)— Si nous n'avions point d'orgueil ... (n"* 58.)
1678. ~ L'orgueil a plus de part que la bonté. . . et nous ne les reprenons^ toii^ pour les en corriger que pour leur persuader. . . (n^ 37.) —Si nous n'avions point d'orgueil. . . {n^ 34.)
M. CXXXVIIl. Ms. — Nous sommes préoccupés dételle sorte... que ce que nous
prenons le plus souvent pour des vertus ne sont^ en effet, que des vices. . .
1665. — . . .Que ce que nous/)f/MOfi$ . . .
1678. •— Supprimée.
P. 63, M. CXXXIX. Ms. et 1665. — Pas de variante.
1678. — // supprimé.
— max. CXL. Ms. — . . .11 sert encore à .'a nourrir. . . et c'est pour manquer de lu-
mières que nous ignorons toutes nos misères et nos défauts.
1665. — . . .11 sert. . . à l'augmenter, et nous oste la connaissance des remèdes qui pourraient soulager rws misères et nous guérir de nos défauts,
1678. — Supprimée.
— max. CXLI. Ms. — . . .Nous serons remplis de confusion, si nous considérons. . . La
confiance est comme un relâchement de l'âme. . .
1665. — ... Parce (jue nous ^ regardons comme un effet. . . car elle vient... de l'impuissance de retenir le secr^; de sorte qu'on peut dire que la confiance est comme un relâchement. . .
1678. — Rien ne flatte plus nôtre orgueil que la confiance des grands, parce que nous les regardons comme un effet de nôtre mérite, sans considérer qu'elle ne vient le plus souvent que de vanité, ou (fimpuissance de garder te secret.
Page 64,max. CXLII. Ms. — Les philosophes et Sénèque surtout, , , Ils n'ont fait que les employer en bastimen/ de l'orgueil.
166^. — . . .Ils n'ont fait que les employer a« histiment de l'orgueil. 1678. — Supprimée,
— max. CXLIII. Ms. — Enfin l'orçueil, comme lassé de ses artifices et de ses métamor-
phoses, après avoir joué tout seul le personnage de la comédie humaine. . •
166^. — Conforme.
1678. — Supprimée.
Page65»M. CXLIV. Ms. et 1665. — Pas de variante.
1678. — On parle peu quand la vanité ne fait^ parler.
max. CXLV. Ms. — Pour savoir, il faut savoir le détail des choses, et comme il est
infini, de là vient qufily a si peu de gens qui sont savants. . . ei qu'on éècntdes choses. . . On ne \esfait cognoistre qu'en gros. . . de mesme que si quelqu'un disoit que le corps... sans dire lenonme, la situation... et les différences de ces parties.
1665 et 16^8. ^- Pour bien sçavoir Us choses, il m faut scavoir le détail, et comme il est presque infiny, nos connoissances sont toujours superficielles et imparfaites.
Page66,max.CXLVI. Maxime dédoublée dans le Ms. et 1665 ; la première partie seule
conservée dans 1678.
Ms. et 1665. •* . . . La modestie qui semble refuser les louanges. . . 1678. — C'est plutôt par l'estime de nos propres sentimens. . . que par l'estime de leur mérite : et nous voulons nous attirer des louanges lors qu'il semble que nous leur en donnons.
— max. CXLVII. Cette maxime et les deux suivantes n'en forment qu'une dans le Ms.
Ms. — On n'aime point à louer, on ne loue personne jamais sans intérêt. . . L'un la prend comme la recompense de son mérite. . .
166^ et 1678. — Aucune variante.
P. 67, max. CXLVIII. Ms. — Formant la seconde partie du n*^ précédent , pas de variante.
1665. — . . .Qui font voir par contrecoup en ceux que nous louons des défauts, que nous n'osons découvrir autrement. — ^Voir la note de la maxime suivante .
1678. — Ne diffère de la première édition française que par cette variante : que nous n'osons découvrir d^une autre sorte.
— m^x.CXLIX. Ms. — Troisième partie de la maxime 147 de 1664. — Nous élevons
mesme la gloire. . . et on loueroit moins le duc de Turenne et Monsieur le Prince. . .
1665. — Seulement dans les exemplaires cartonnés, où elle forme le complément de la maxime CXLVII I , avec cette variante : Si on ne les vouloit point blâmer. . .
16^8. — ... Pour abaisser celle des autres. . . Et quelques/ois on loueroit moins. . . si on ne les vouloit ^fi^ blâmer tous deux.
^ max. CL. Ms. — ... Le blâme qui leur est utile à la louange. . .
1665. — Pas de variante.
1678. — . . . Pour préférer le blâme qui leur est utile à la louange . . .
— max. CL! . Aucune variante.
— max. CLII . Inédite.
P. 68, M. CLIll-CLV. Inédites.
— max. CLVl. Ms. — Conforme.
1665. — L'intérest ^r/^ toutes sortes de langues, etjoOe toutes sortes de personnage:, et mesme celuy de desinteres»^.
1678. — Semblable à 1665 sauf la suppression du mot ^ après toutes sortes de personnages.
Page69, max.CLVIl. Ms. •— . . .Si un procédé net. . . êstphstôit un $ff^ d$ probité que d'ha-
hiUté.
1665. — Il n'y 3. personne qui sçache si un procédé net. . . estplâtost un effet de probité, que d'habileté.
1678. — H est difficile de juger si un procédé net. . . est un effet de probité ou d'habilité,
— max. CLVIII. Ms. — La sincérité, c'est une naturelle ouverture du cœur. . .
1665. — ... Une naturelle ouverture de cœur. . .
1678. — La sincérité est une ouverture de cœur. . . Et celle que Von voit d'ordinaire. . . ^ur attirer la confiance des autres.
— max. CLIX. Ms. — ...Notre avidité /^trouble souvent, en nous faisant courir à
tant de choses à la fois . . . nous ne la faisons pas servir pour obtenir. . .
1665. — . . .Nostre avidité /^ trouble souvent, en nous faisant courir à ton/ de choses à la fois, que pour désirer... nous ne les faisons pas assez servir à ohienu . . .
1678. — Un habile homme doit régler. . . Nôtre avidité le trouble souvent en nous faisant courir à tant de choses à la fois, que pour désirer trop les moins importantes, on manque les plus considérables.
Page 70, max. CLX. Ms. — ... Est ce qui fait toute la lumière des autres.
166^. — Conforme.
1678. — L'interest qui aveugle \es uns, fait la lumière des autres.
— max. CLXI. Ms. et 1665. — Conforme.
1678. — Supprimée.
— max. CLXI I. Ms. — Pas de variante.
1 663. — Le bon naturel qui se vante toujours . . .
1678. — Le bon naturel qui se vante d'estre si sensible est souvent
étouffé par le moindre interest.
M. Gilbert donne, d'après un Ms., la leçon suivante: La nature^ qui se pique d'être si sensible, est d^ordinaire arrêtée par le plus petit intérêt.
— max. CLXIII. Ms. —...£/ au lieu qu'elles nourissent et accroissent les crimes comme>
le bois entretient le feu ; nous pouvons. . .
Ne fî^re pas dans 1665, ni dans 1678. M. Gilbert la place parmi les maximes posthumes.
Page7 1, max. CLXI V. Ms. — Le mépris des richesses étoit^ dans les philosophes. . . pour se
garantir de l'avilissement. . . pour aller à la considération que les richesses donnent. . .
1665. — Pas de variante.
16^8. — Le mépris des richesses estoit. . . c'estoit un secret pour se
garentir de l'avilissement de la pauvreté : c'estoit un chemin. . .
— max. CLXV. Cette maxime, que M. Gilbert donne comme posthume, figure deux
fois, sans variante, dans le Ms. sous los N°" 132 (dernière ligne,) et 149.
— max.CLXVI. Ms. — ... Que tent de gens d'esprit employent si communément. . .
pour s'en servir à quelque grande occasion et pat quelque grand intérêt.
1665. — Les plus habile^ affectent toute leur vie d'éviter* 2ffs)lii^5s#5, pour s'en servir en quelque grande occasion . . .
1678. — Ne différant de 1665 que par le mot hlàmer substitué à éviter.
P. 72, max. CLXVn. Ms. — Comme la finesse est l'effet, . .
1665. — V usage ordinaire de la finesse est.,, et il arrive. . .
1678. — Conforme à 1665, sauf /a marque zn lieu de /'^if^, et presque au lieu de quasi,
— M. CLXVllI. Ms. — La plus déliée de toutes les finesses est de savoir bien faire sem-
blant. . . qu*on nous tend ; f on n'est jamais. . .
1665. — ... Est de sçavoir bien faire semblant. . .
1678. — La plus subtile de toutes les finesses est de savoir bien feindre de tomber. . . ^ on n'est jamais. . .
— max. CLXIX. Ms. — Chacun pense estre plus fin que les autres. On peut être plus fin
qu'un autre, mats non pas plus fin que tous les autres.
1665. — Si oft estoit/otf;ofif5 as5«f habile... ny de trahisons.
i6jS, Le n® 394 est conforme au Ms. — On trouve n® 127 la maxime suivante ayant quelque rapport avec le texte de 1664: Le vrajf moyen éP estre trompé, à est de se croire plus fin que les autres,
— max. CLXX. Ms. — V enfance nous suit. . . Si quelqu'un. . .
166^ et 1678. ^ Conforme, sauf la suppression de et avant si quelqu'un .
P. 73, max. CLXXI. Ms. et 1678. — Seulement la dernière partie du texte de 1664.
1665. — Dédoublée. Le mot^ seul y est supprimé.
Voici, d'après M. Gilbert, la leçon d'un Ms. : celui qui vit sans folie n'est pas si raisonnable qu'il \e veut faire croire,
— M. CLXXIl. Ms. — Pas de variante.
166^ et 1678. — V on f ail plus sotin^/ i^5 trahisons ^rfoiblesse, que par un dessein/ortw^ de trahir.
-- M. CLXXIIl. Ms. et 1665. — Conforme.
1678. — ... Ce n'est souvent que l'înterest. . .
M. CLXXIV-CLXXV. Réunies dans nos autres textes.
Ms. -- Il y a dans les afflictions une espèce... car, sous prétexte de pleurer la perte d'une personne qui nous est chère, nous pleurons la nôtre; âest-àrdire la diminution de notre bien... de notre considération. De cette manière , les morts ont l'honneur des larmes qui coulent pour les vivants, j'ay dit que (^est une espèce d'hypocrisie. .. ^dtftf^ ^»'W/^ impose à tout le monde... Car le temps... Payant consommée, elles ne laissent pas. . . qu'elle é^Xexoit la durée de leur déplaisir^ leur propre vie... Se trouve til'ordinaire... Comme leur sexe leur ferm^ tous les chemins qui mènent à la gloire, elles s'efforcent de se rendre célèbres. . . Il j^ a, outre ce que nous avons dit,
io6 NOTES & VARIANTES.
encore quelques espèces de larmes. . . On pleure pour être plaint y on pleure pour être pleuré ; enfin on pleure de la honte de ne pleurer pas,
1663. -—•••Sous prétexte de pleurer la perte i'une personne qui nous est chère, nous nous pleurons nous mesmes ; nous pleurons la diminution . . . en la personne que nous pleurons. . . pour ceux qui les versent, . . Se trompe seulement sojf mesme ... car le temps qui consume tout, Tayant consumée ...la durée de tous leurs déplaisirs.,, se trouve ^'ordinaire... les chemins qui mènent à la gloire ... Il y a encore une autre espèce de larmes qui n^ont que de petites sources, qui coulent facilement, et qui s'écoulent aussiiost.,. on pleure ^our estrepleint, ou pour estre pleuré, et on pleure quelque/ois de honte de ne pleurer pas,
1678. — Il y a dans les afflictions diverses sof/^5 d'hypocrisie. Aiiis l^une, sous prétexte de pleurer la perte d'une personne. . . nous nous pleurons nous-mesmes ; nous regretons la bonne opinion qu'elle avoit de nous ; nou« pleurons la diminution. . . de nôtre considération. Ainsi les morts. . .
âue pour les vivons. Je dis que <fest une espèce d'hypocrisie, à cause que ans ces sortes d^a/fltctions on se trompe sqy-mesme. Il y a une autre hypocrisie, . . parce airelle impose. . . Après que le temps qui consume tout a fait cesser ceûe qu'elles avoient en effet. . . à persuader. . . que leur déplaisir ne finira qtravec leur vie. . . Se trouve d'ordinaire. . . Comme leur sexe leur ferme tous les chemins qui mènent à la gloire, elles s'efforcent de se rendre célèbres par la montre d'une inconsolable affliction, 11 y a encore une autre espèce de larmes qui n'ont que de petites sources qui coulent et se tarissent facilement. . . on pleure pour estre plaint ; on pleure pour estre pleuré ; enfin on pleure pour éviter la honte de ne pleurerpas.
P. 75, max.CLXXVI. Ms. et 1665. — Conforme.
1678. — ^ . . .Qui déguisent leurs défauts. . .
P. 76, M. CLXXVII, Ms. — Le vrai honnête homme <:*est celui. . .
1663 et 1678. — Pas de variante.
— M. CLXXVIII. Ms. — . . .Qui paroissent. . . Les plus habiles. . . dans leurs yeux et
leur esprit. . . une précipitation pour retourner. . . bien répondre est une des plus grandes perfections. . .
1665. — ...Qui paroissent. . . et dans leur esprit, un égarement pour ce qu'on leur dit, et une précipitation pour. . . un mauvais moyen de plaire aux autres, ou de les persuader, que de chercher. . . est une des plus grandes perfections qu'on puisse avoir dans la conversation.
1678. — Ne différant de 1665 que par la substitution de presque à quasi et par la suppression de et que avant les mots : les plus habiles,
P. 77,max. CLXXIX. Ms. — La coquetterie est le fond. . . mais toutes en ont l'exercice. .
arrêtée et renfermée. . .
1665. — ...Mais toutes ne coquettent pas, parce que la coquetterie de quelques-unes est retenue par leur tempérament. . . — Les exemplaires cartonnés portent : est le fonds ** l'humeur. . . ne la mettent pas en pratique. . ,
1678.— La coquetterie est le fon^ de l'humeur des femmes. Mais toutes ne la mettent pas en pratique, parce que la coqueteriede quelques-unes est r e têmi f par la crainte 0» par to raison.
P. 77, M. CLXXX. Ms. — La galuntene d0 l'esprit est un tour de l'esprit, par lequel il pénètre et conçoit. . . le plus capables de plaire aux autres,
166^. — Semblable au Ms., sauf le mot entre dans substitué à pénètre et conçoit,
1678. — La galanterie de l'esprit est de dire des choses flateuses d'une manière agréable,
P. 78, M. CLXXXI. Ms. et 1665. — La politesse de l'esprit est un tour par lequel il pense
toujours des choses honnêtes et délicates.
1678. — La politesse de Vesprit consiste à penser des choses honnestes et délicates.
— M. CLXXXII. Ms. — . . .Comme l'or et le diamant . .
1665. — Conforme, sauf la suppression des mots : de sorte qu\
1678. — // arrive souvent que des choses se présentent plus achevées i nostre esprit qu^il ne les pourroit faire avec beaucoup d^art,
— M. CLXXXIII. Ms. — . . .Est le commencement de la décadence. . .
1665. — Le luxe et la trop grande politesse dans les Estats, sont le présage asseuré de leur décadence | parceque tous les particuliers s'attachant à à leurs interests propres, tls se détournent du bien public.
1678. — Supprimée.
— M. CLXXXIV. Ms. et 1665. — Conforme.
1678. — La civilité est un désir d'en recevoir, ^d'estre estimé poly.
— M. CLXXXV. Ms. et 1678. — ... Le prix des choses.
1665. — Pas de variante.
D'après M. Gilbert^ le Ms. ajoute: et Vesprit de son temps,
P. 79, M. CLXXXVl. Ms. — Conforme.
166^. — On peut haïr y et mépriser les vices, sans haïr, ny mépriser les vicieux, mais on a tousjours du mespris pour ceux qui manquent de vertu.
1678. — On if^ méprise pas tous ceux qui ont des vices ; mais on méprise tous ceux qui n'ont aucune vertu.
— CLXXXVIl. Ms. et 1665. — Quand on ne trouve >I5. . .
1678. — Supprimée.
— CLXXXVin. Cette maxime, que M. de Barthélémy donne comme inédite ,et que M.
Gilbert range parmi les maximes posthumes, est la reproduction exacte du Ms.