‹ Maximes de La Rochefoucauld; premier texte imprimé à La Haye en 1664, collationné sur le ms. autographe et sur les éditions de 1665 et 1678, précédé d'une préfaceChapitre 17 sur 17 · SONDE DE LA CONSCIENCE · texte numérisé non relu

SONDE DE LA CONSCIENCE

La cognoissance d'autruy est vtile, mais celle de soi-mesme est nécessaire, (p. i .)

Combien de cachettes et de replis a le cœur d vn chacun pour se cacher soi-mesme? Les yeux, le front, la face mentent souuent ; combien plus souuent la langue ? (p. 56.)

Les hommes souventesfois, qui semblent estre d'vne humeur douce et débonnaire, s'eslancent furieusement en des colères enragées, iusqu'à commettre des meurtres et carnages : derechef ceux qui en leur port et conuersation sembloyent estre chastes et retenus, se desbordent en lubricitez sales et brutales, (p. 73.)

Asseurément ton ame est vn séminaire beaucoup plus fertile de toutes sortes d'iniquitez, que ton corps n'est des maladies, (p. 75.)

ia6 APPENDICE.

La pensée de Thomme touchant sa misère quand il est heureux véritablement, peut amoindrir sa félicité, mais elle nepeutle rendre misérable, (p. 8i.)

Les richesses sont des bénédictions de Dieu, et sont des excellens instrumens de la vertu, (p. 85.)

La sagesse est bonne sans héritage à celui qui en ioult, mais elle n'est pas si bonne ni si fauorable aux autres : elle ne se peut faire valoir auec tant d'auantage sans l'aide de cest instrument, (ibid.)

Il vaut mieux que nous nous estimions pires que nous ne sommes, que de nous estimer meilleurs, et nous abuser nous mesmes. (p. 213.)

L'honnesteté du cœur doit estre mesurée par l'intention qu'il a en faisant quelque action : de sorte que ce cœur là est honneste qui vise à faire droitement ce qu'il a à faire, (p. 221.)

Quand le iugement est depraué par l'affection, toutes choses seront iugees selon le plaisir de l'affection, (p. 505.)

La tromperie de l'affection de l'amour est, quand nous pensons aimer les personnes, entant qu'elles sont et créatures de Dieu en Adam, et ses nouueiles créatures en Christ ; quand à la vérité, nous n'aimons point leurs personnes, mais leurs richesses, honneurs, leur réputation, et autres telles qualités.

attachées à leurs personnes. . • Mais, il en va tout autrement de plusieurs d'entre nous, quand nous considérons le mouuement qui nous pousse à aimer autruy , nous préférons leurs bourses et leur condition à leurs personnes, (p. 507.)

Plusieurs s'imaginent faussement qu'ils s'affligent pour les calamitez publiques ; quoi qu'à la vérité ce n'est pas pour le bien public qu'ils sont en peine, mais pour ce qui les touche en particulier, (p. 524.)

Se tromper soi mesme est vne fraude plus grande que de tromper autruy. (p. 534.)

Le cœur est l'origine, d'où tous les autres ruisseaux de corruption découlent, (p. 542.)

Le cœur de l'homme en gênerai (le cœur du genre humain) est désespérément malin, (p. 546.)

Un cœur mauvais est tousiours un cœur trompeur. (554.)

Vn cœur mauuais pipera l'homme au dedans duquel il est, et beaucoup plus d'autres, (ibid.)

Non seulement le cœur d'autruy est difficile à à estre cognu, mais mesme le nostre. (p. 555.)

Comme il en est de l'œil, qui voit autruy, mais ne se voit pas soi-mesme non pas mesme la face en laquelle il est : de mesme en est-il de nos cœurs :

ils sont assez auisez à cognoistre beaucoup de choses, toutesfois ils sont ignorans d'eux mesmes , estrangers chez eux. (p. 556.)

Ce n'est rien à vn homme d'estre chaste, quand il n'a rien qui le prouoque à lasciueté et souillure : d'estre sobre en vne table maigre et pauure,quand il ne peut faire autrement . (p • 5 8 5 . )

Vn coeur sincère est vn coeur humble. Vn coeur hypocrite est tousiours hautain et vain. (p. 590.)

Là où la sincérité a tousiours très-bonne opinion d'autruy, eile estcraintifve et soupçonneuse de soimesme. (p. 591.)

L'hypocrisie est bien tost lasse de bien faire, et ne se met pas en besongne, sans voir son travail accompagné de louanges. L'hypocrisie cherche vn théâtre public : mais la sincérité se tient cachée en son cabinet,et comme en la prière, de mesme en tous autres bons deuoirs, elle agit à portes closes, (p. 593 .)

Vne conscience corrompue est large, elle peut engloutir quoi que ce soit : la conscience sincère est estroitte, et la moindre charge est capable de la molester, {p. 602.)

L'art commence là où la nature finit, (p. 60.1.)

On disoit d'Antoine qu'il haïssoit les tyrans, mais non pas la tyrannie : on peut dire aussi vrayement

de l'hypocrite, qu'il hait les pécheurs, mais non pas le péché, (p. 607.)

Vn bon cœur est tousiours prest de ietter la première pierre contre soi-mesme, et est vn peu plus lent à censurer les autres, (ibid.)

Ton cœur est beaucoup plus cauteleux à te deceuoir qu'aucun trompeur, qui que ce soit, à piper son voisin, (p. 621.)

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