A MADEMOISELLE DE SCUDÉRY
D'après un autographe figurant dans la Collection
de M. RoCHBBILlèRB
Je suis encore trop esblouy de tout ce que je viens de receuoir de vostre part pour entreprendre de vous en rendre les très humbles remerciments que je vous dois, on n'a jamais fait vn sy beau présent de sy* bonne grâce, et la lettre que vous m'auès fait l'honneur de m'escrire pase encore tout ce que vous m'auès enuoié, je suis très afligé par l'interest public et par le mien particulier de ne pouuoir plus espérer de voir la suite de ce quy estoit sy bien commancé, je ne sçay neantmoins sy on voudra soutenir jusqu'au bout ce qu'on vient de faire ladessus , sy la liberté est rétablie j'oseray vous demander la continuation de vos bienfaits, je croy Mademoiselle que M de Corbinelly vous a tesmoigné combien j'ay pris de part a ceux que vous auès receu du Roy, le remerciment que vous luy auès fait est bien digne de luy et de vous, il me semble qu'il sciet toujours bien d'escrire ainsy quand on le peut faire et qu'il ne sciet pas toujours bien d'escrire de
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belles lettres, c'est vn grand art que de le sauoir sy bien desguiser, au reste Mademoiselle vous auès tellement embelly quelques vnes de mes dernières maximes qu'elles vous apartiennent bien plus qu'a moy, je souhaiterois passionement que vous voulussiès faire la mesme grâce aux autres, fiâtes moy s'il vous plait celle de croire Mademoiselle que rien ne me sera jamais sy cher que la part que vous m'auès fait l'honneur de me promettre dans vostre amitié et que personne ne l'estime ny ne la désire sy véritablement que vostre très humble et très obéissant serviteur
la ROCHEFOUCAULD
le ^ de décembre
A Mademoiselle
Mademoiselle de SCUDERY