‹ Maximes et pratiques de St. Vincent de PaulChapitre 3 sur 24 · FOI · texte numérisé non relu

FOI

/p^"pomme plus on porte ses yeux pour re-

Kgarder le soleil, et moins on le voit, de >£z&r! même plus on s'efforce de raisonner sur les vérités de notre religion, et moins on les connaît par la foi. C'est assez que l'Église nous les propose : nous ne saurions manquer de la croire, et de nous y soumettre.

« L'Eglise est le royaume de Dieu, lequel inspire à ceux qu'il a préposés pour la gou-

verner, les bonnes conduites qu'ils tiennent. Son Saint-Esprit préside dans les conciles, et c'est de lui que sont procédées les lumières répandues par toute la terre, qui ont éclairé les saints, offusqué les méchants, développé les doutes, manifesté les vérités, découvert les erreurs, et montré les voies par lesquelles l'Eglise en général, et chaque fidèle en particulier, peut marcher avec assurance. »

« Non, non, il n'y a que les vérités éternelles qui soient capables de nous remplir le cœur, et de nous conduire avec assurance. Il ne faut que s'appuyer fortement et solidement sur quelqu'une des perfections de Dieu, comme sur sa bonté, sur sa providence, sur sa vérité, sur son immensité, etc ; il ne faut, dis-je, que se bien établir sur ces fondements divins pour devenir parfait en peu de temps. Ce n'est pas qu'il ne soit bon aussi de se convaincre par des raisons fortes et prégnantes qui peuvent toujours servir, mais avec une subordination aux vérités de la foi. L'expérience nous apprend que les prédicateurs qui prêchent conformément aux lumières de la foi, opèrent plus dans les âmes que ceux qui remplissent leurs discours de raisonnements hu-

mains et de raisons de philosophie, parce que les lumières de la foi sont toujours accompagnées d'une certaine onction toute céleste, qui se répand secrètement dans les cœurs des auditeurs ; et de là on peut juger s'il n'est pas nécessaire, tant pour notre propre perfection que pour procurer le salut des âmes, de nous accoutumer de suivre toujours, et en toutes choses, les lumières de la foi. »

« Je ne dois pas considérer un pauvre paysan ou une pauvre femme selon leur extérieur, ni selon ce qui paraît de la portée de leur esprit; d'autant que bien souvent ils n'ont pas presque la ligure ni l'esprit de personnes raisonnables, tant ils sont grossiers et terrestres. Mais tournez la médaille, et vous verrez, par les lumières de la foi, que le Fils de Dieu, qui a voulu être pauvre, nous est représenté par ces pauvres; qu'il n'avait presque pas la figure d'un homme en sa passion, et qu'il passait pour fou dans l'esprit des Gentils, et pour pierre de scandale dans celui des Juifs ; et avec tout cela il se qualifie l'évangéliste des pauvres, evangeli^are pauperibus misit me. O Dieu, qu'il fait beau voir les pauvres, si nous les considérons en Dieu et dans

l'estime que Jésus-Christ en a faite ! mais si nous les regardons selon les sentiments de la chair et de l'esprit mondain, ils paraîtront méprisables. »

Cette foi, première disposition requise pour s'approcher de Dieu, racine de toutes les vertus chrétiennes, fondement de tout l'édifice spirituel, fut toujours l'appui et l'inspiration de saint Vincent de Paul.

Foi admirable, qui eut chez lui la simplicité de l'enfance et la vigueur de l'âge parfait, qu'il entretint dans son cœur comme un principe de vie surnaturelle et comme une source d'où sa charité prenait naissance pour se répandre sur le monde.

Foi ferme, et qui, semblable à ces arbres dont les vents et les orages enfoncent plus profondément les racines en terre, se fortifia encore dans les tentations et les épreuves. A Tunis, elle résista aux promesses et aux menaces de ses maîtres ; à la cour de la reine Marguerite, elle sortit victorieuse de la tentation d'incrédulité dont il s'était chargé pour délivrer un ami ; dans les troubles du jansénisme, elle échappa à tous les pièges de l'hérésie et à toutes les séductions des sectaires.

Foi pure et simple, c'est-à-dire appuyée uni-

quement sur la première vérité, qui est Dieu, et sur l'autorité de l'Eglise.

Foi expansive et communicative, comme toutes les vertus chrétiennes, qui aimait à se répandre par les canaux des catéchismes et des instructions, surtout parmi les pauvres et les gens de la campagne; qui, comme l'Océan, voulait embrasser le monde entier, et qui, ne le pouvant par elle-même, y réussit par cette compagnie de Missionnaires envoyés dans tous les pavs d'infidélité.

Foi militante et toujours armée contre l'erreur : armée de ce Credo, que le Saint portait sur sa poitrine comme une cuirasse; armée de la prière, qu'il regardait comme la meilleure défense dans le combat et comme la source de toute lumière et de toute force ; armée de zèle et de charité, pour préserver de la contagion des mauvaises doctrines, d'abord ses enfants, ensuite les communautés soit religieuses soit séculières dont il était le supérieur, ou même des docteurs et des évêques qu'il retint dans la fidélité.

Foi humble jusque dans son triomphe, et reportant toute gloire à Dieu.

Foi, enfin, pleine et agissante ; foi qui éclairait son esprit, échauffait son cœur, animait ses pensées et ses affections, ses paroles et ses actes,

et le dirigeait en tout et partout selon les vérités et les maximes de Jésus-Christ ; foi qu'il portait non-seulement dans les choses de Dieu, mais jusque dans les choses temporelles et humaines, n'en entreprenant aucune qu'il ne lui donnât la foi pour principe, qu'il ne la rapportât à une fin surnaturelle.

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