‹ Maximes et pratiques de St. Vincent de PaulChapitre 7 sur 24 · RÉSIGNATION ET INDIFFÉRENCE · texte numérisé non relu

RÉSIGNATION ET INDIFFÉRENCE

« La résignation et la sainte indifférence, dont un seul acte vaut mieux que cent mille bons succès temporels, sont encore la grande leçon du Fils de Dieu ; et ceux qui s'y rendent dociles et qui la mettent bien dans leur cœur, sont de la première classe de l'école de ce divin Maître ».

« La sainte indifférence est l'état des parfaits. C'est l'état des anges, qui sont toujours prêts à exécuter les volontés de Dieu au moindre signal qu'il leur donne, soit au ciel, soit en la terre, sans regarder en quoi ; qui ne perdent jamais Dieu de vue, quelques emplois qu'ils puissent avoir, mais le contemplent en tout et partout ; qui ont autant de joie d'être les gardiens d:un me-

chant homme que d'un homme de bien, parce qu'ils mettent leur seul contentement à accomplir ia volonté de Dieu. Au contraire, une âme manquant d'indifférence, ressemble au démon, dont l'esprit est de faire toujours sa volonté propre, et qui ne fait la volonté de Dieu que par contrainte et malgré lui ».

« L indifférence est l'état du Fils de Dieu, qui se compare par le prophète roi à une jument sans choix et sans désir, toujours prête à garder l'étable ou à sortir, à aller d'un côté ou d'un autre, à recevoir une selle ou un bât, à tourner ou à s'arrêter. Voilà comme je suis, dit Notre- Seigneur, pour nous exprimer comme il se tournait à toute main pour tout ce que Dieu voulait de lui. »

« C'est la pratique de tous les saints : de saint Pierre, qui, ne tenant ni au bateau, ni à sa robe, ni même à sa vie, se jeta dans l'eau pour aller à son maître; de saint Paul, qui, d'un seul mot: « Seigneur, que voulez-vous que je fasse?» marque le changement merveilleux que la grâce avait fait en lui, le détachement instantané de sa

loi, de sa commission, de ses prétentions, de ses sentiments, son indifférence parfaite à tout ce que Dieu voudrait de lui. »

« Par la sainte indifférence, perdons tout ressentiment et tout désir; détachons-nous de :iousmêmes et de toute créature, pour arriver à la lierté des enfants de Dieu et suivre en tout son

n plaisir ! »

Nul, depuis saint Paul, ne demanda, avant d'agir, avec plus de simplicité que Vincent : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? ?> Nul ne sépara avec plus de soin, dans toutes ses pensées et toutes ses affections, ce qui venait de l'homme pour s'en déprendre, ce qui venait de Dieu pour s'y attacher. Nul, dans le cours de l'action ou de l'entreprise, ne se régla plus constamment sur le plan que lui traçait la volonté divine. Et cette conformité à la volonté de Dieu, il la pratiquait, non-seulement dans sa conduite personnelle, mais dans toutes ses œuvres pour le bien d'autrui, dans tout ce qui intéressait sa Congrégation. Dans la crainte de prévenir Dieu, jamais il ne prit l'initiative d'aucune fondation.

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et il attendit toujours, avant d'agir, une impulsion extérieure qu'il regardait comme l'invitation, ou le çlacet de la Providence. S'agissait-il d'un sujet, d'un établissement, d'un avantage temporel pour sa Compagnie, il ne l'acceptait que de la main de Dieu, visible pour lui dans la nature et les circonstances de la proposition qui lui était faite ; et, s'il travaillait ensuite pour conserver les biens ainsi reçus, c'est que Dieu le voulait, c'est que le respect, la reconnaissance et l'amour pour le donateur, exigent qu'on veille à garder et à accroître ses dons. Attendre la volonté de Dieu et ne la jamais prévenir, lui obéir ensuite comme à une souveraine, la suivre au prix du travail, du bien, de l'honneur et même, s'il le fallait, de la vie, telle était son immuable loi. Quand une fois il l'avait connue, soit par une inspiration intérieure, soit par un commandement ou un conseil du dehors, il y conformait aussitôt la sienne, et réglait en conséquence toutes ses intentions, qu'il avait soin de renouveler de temps en temps pour que rien ne s'y mêlât d'étranger. Si cette volonté se révélait à lui par les événements qui dépendent uniquement de son souverain domaine, comme maladies, pertes, afflictions, et autres accidents de cette vie, il s'y soumettait avec patience et résignaiion,

bien plus avec affection et avec joie, lui sacrifiant toutes les répugnances naturelles.

La résignation au bon plaisir de Dieu, quoi qu'il en coûte, est, en effet, la marque de la soumission à son adorable volonté. Dans les plus fâcheuses rencontres, un seul mot : « Dieu soit béni ! Dieu soit béni ! » sortait de la bouche ou plutôt du cœur de saint Vincent de Paul, comme l'expression parfaite de son acquiescement résigné aux dispositions de la Providence.

Il y a quelque chose encore au-dessus de la résignation, qui soumet bien la nature, mais sans l'immoler: c'est là sainte indifférence. Vincent porta jusqu'à cet héroïque degré la vertu d'obéissance à la volonté de Dieu, qu'il s'agît ou de sa personne ou de ses œuvres. Santé ou maladie, vie ou mort, tout lui était indifférent. Aliments, remèdes, même ceux qui lui répugnaient davantage, ou qu'il savait lui être contraires, il prenait tout avec indifférence, et se montrait aussi content du mauvais eflet produit que de la meilleure réussite.

Indifférent pour lui, il l'était même pour l'accroissement et le progrès de sa propre congrégation; il l'était dans les maladies et les pertes de ses meilleurs ouvriers évangéliques, de ses plus chers enfants. Malades, il ne demandait leur

retour à la santé qu'à la condition que tel fût le bon plaisir et la plus grande gloire de Dieu ; morts, il n'annonçait leur perte qu'en commençant par cette invariable formule: « 11 a plu à Dieu de nous priver de tel Missionnaire. » Et ii ajoutait : « Je ne doute pas que vous n'ayez été vivement touchés de la privation de cette personne, qui nous était si chère ; mais, Dieu soit loué I vous lui avez dit aussi qu'il a bien fait de nous Tôter, et que vous ne voudriez pas qu'il en fût autrement, puisque tel a été son bon plaisir. »

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