‹ Maximes et réflexionsChapitre 12 sur 37 · SOMMAIRE · texte numérisé non relu

SOMMAIRE

ImoDocTioif . — Admiration de Goethe pour Napoléon. AmtiLEs de Goethe.— Son entrevue avec l'Empereur.— Passage de Werther blâmé par Napoléon — Quel est ce passage?

— Hypothèses des critiques et solution du problème.

Notes. — Journaux du temps.— Le Congrès d*Erfurt. — Les salons de cette Fille. — M«« de Recke. — M»« la princesse de La Tour et Taxis— Le dncdeBassano.— Le maréchal Soult.— M. dcTalleyraod. —Le duc de Montébello. — Le comte de Reinhardt.

— Le chancelier de Muller. — Napoléon invite notre auteur à se rendre à Paris et à écrire un nouveau drame. — Pôle du 6 octobre à Weimar.— La Mort de César.— Tahna.— Napoléon et Alexandre au bal de la duchesse de Weimar. — Entretien de Napoléon et de Wieland. —Mémoires inédits de M. de Talîeyrand. — Lettres de Goethe, de Zelter et de Reinhardt. — Origine du Werther.

- La véritable Charlotte. — Correspondance inédite de Goethe ci des épcux Kestner.

à>mhdice. — Lettre de Wieland. — Portrait de Napoléon.

- Derniers détails sur le Congrès d'Erfurt.

S'il est une étude intéressante , c'est celle de la vie intime des grands hommes. Jaloux de connaître tout ce qui les touche , nous voulons pénétrer dans les replis de leurs pensées , comprendre les secrètes opérations de leur esprit , découvrir les nuances les plus délicates de leurs sentiments. Nous avons leurs livres entre les mains ; cela ne nous suffit pas. Une insatiable curiosité nous pousse à fouiller leurs mémoires , leurs lettres, à rechercher leurs autographes, à perejer même cet incognito de l'intérieur qu'une certaine pudeur nous fait respecter chez les autres. Nous aimons à chercher dans leur conduite l'empreinte des' opinions et des sentiments qu'ils ont exprimés dans leurs œuvres, à saisir les rapports nécessaires et nombreux du caractère moral et du génie, en un mot à comparer l'homme à l'auteur. Il faut cependant l'avouer : dans leurs ouvrages nous voyons l'homme

dbyÔpogle

se parer de tous les ornements qui peuvent public. Notre imagination rêve, derrière cette toilette recherchée, des pensées et des sentiii n'ont rien de ceux du vulgaire, et elle e génie, même dans les circonstances les plus s, de je ne sais quelle auréole qui le relève des autres hommes.

ble toutefois que pour juger les grands il faille se tenir à distance comme au Si vous approchez trop, si vous pénétrez coulisse, si vous voyez jouer tous ces :achés à dessein, les héros ne vous paraisque de simples mortels. L'industrie du 8 qui vous surprenait de loin vous semble t peu délicate : l'illusion scénique s'évanouit i et l'admiration s'affaiblit.

ervation est vraie pour la plupart de ceux

désignons ordinairement par ce nom de

mm£8, il ne faudrait pas croire néanmoins

pplique à tous ceux qui méritent réellement

y a des caractères exceptionnels qui sont

tout et même dans les moindres actions

ie; ce n'est pas d'eux qu'on peut dire

pas de grand homme pour son valet de

« Cela vient simplement , comme le dit si

octhc , de ce que le grand homme ne peut

nu que par ses pairs. »

it pas vouloir trop analyser les détails

insignifiants de la vie privée des grands hommes. Acceptons-les tels qu'ils se présentent ; il y a certains défauts inséparables de la nature humaine qui sont presque toujours rachetés par les immenses et nobles qualités du génie.

De même , ne demandez pas au poète le secret du drame. Que de fois il ne comprend pas lui-même les grands effets qu'il a produits et les nobles sentiments qu'il a peints avec tant d'art ! Le plus souvent les sons divins qu'il a tirés de sa lyre ne lui appartiennent pas: dans les moments d'enthousiasme l'homme s'efface, et Dieu semble parler par sa bouche. Cela est vrai des grands poètes, cela est vrai des grands hommes en général : philosophes , poètes , hommes de guerre et législateurs , tous remplissent ici-bas une mission providentielle.

Il y a bien prés de la poésie à la science; la raison et l'imagination mènent au vrai par deux routes différentes. Les hommes d'action aussi , les grands capitaines, quelque dédain qu'ils affectent pour les spéculations des penseurs ou les créations du poète, ne sont, en dépit d'eux-mêmes, que les serviteurs des idées. Forts, grands et vraiment ïmittortels, s'ils mettent leur épée au service des grandes pensées , ils ne laissent qu'une trace faible et fugitive , s'ils se bornent à remplir un rôle de destructions Cest souvent avec l'épée qu'il faut tailler les tables de la loi ; c'est toujours avec la raison qu'on les écrit.

Telle fut la double gloire de Napoléon : législateur et conquérant, son influence s'exercera désormais sur tous les temps.

« Napoléon, dit Goethe, vivait toujours dans l'idéal et n'en avait cependant pas conscience; il niait l'idéal et lui refusait toute réalité , tandis qu'il en poursuivait avec ardeur la réalisation. Mais sa raison si lucide et si incorruptible ne pouvait supporter perpétuellement celte contradiction intérieure , et ses paroles sont de la plus haute importance lorsque , dans les occasions où il est pour ainsi dire forcé, il s'exprime sur ce sujet de la manière la plus originale et la plus intéressante :

« Il considère l'idée comme un être de raison. . . »

a Lorsqu'il s'entretient avec ses amis , il parle avec conviction et confiance des suites inévitables de s sa vie et dé ses actions. Il avoue volontiers que la vie engendre la vie, qu'une idée féconde exerce son influence sur toutes les époques. Il se plaît â reconnaître qu'il a donné une impulsion nouvelle, une nouvelle direction à la marche du monde 1 . »

L'enthousiasme du poète pour la grandeur du héros

1 Goelhe's sœmtliche Werke in 40 Baenden. Stuttgart und Tûbingen. — Cotta 1840. Bd. Y. s. 305.

Goethe, Maximes et Réflexions, traduites pour la première fois par S. Sklower. Paris et Leipzig. — Brockhaus, 1842, p. 89 et suiv.

éclate encore dans les strophes suivantes , que nous reproduisons dans l'original , pour ne pas détruire , selon une belle expression de Beethoven , la sublime architecture du rhythme. En effet , chaque mot s'y trouve é sa place et peint à larges traits le génie, h gloire et la puissance de l'Empereur :

Worôber trûb jahrtranderte gesonnen

Er ùbersieht's im hellstem geisteslicht,

Das kleinlicbe ist ailes weggeronnen ,

Nur meer und erde haben hier gewicbt ;

Ist jeneni erst das ufer abgewonnen,

Dass sich daran die stolze woge bricht,

So trittdurch weisen schluss, durch machtgefechte

Das Teste band in aile seine rechtc.

Und wenn dem helden ailes zwar gelungen, Dendas geschick zum gunstling auserwxhlt Und ihm vor allcn ailes aufgedrungen, Was die geschichte jemals aufgeza?hli ; Ja reichlicher alsdichter je gesnngenl Ihm bat bis jetzt das bœchste noch gefehlt ; Nunsteht dasreich gesicbcrt wie gerûndet, Nun fûhlt er froh im sohne sich gegrundet.

Und dass auchdiesem eigne hoheit gnûge , Ist Roma selbst zur wœchterin bestellt.

Die gœttin ,hehr an ihres Kœnigs wiego, Denkt abermaldasschicksal einer welt.

Was sind hier die trophxen aller siège ?

Wo sich der vater in dem sohn gefœllt.

Zusamraen werden sie das glûck geniessen, Mit milder hatid den Janusterapel schliessen 1 .

1 Goethe, édit. Cotta , VI, 384.

ous ne pouvons résister à une vive émotion en ît celte ode où le poète, entraîné par son génie , !ve au-dessus de lui-même , et nous élève avec lui ; les plus sublimes régions de la poésie lyrique, t le portrait le plus fidèle, le plus vrai, et en même ps le plus poétique de l'Empereur à l'apogée de )rtune.

ais Goethe trouve encore des paroles d'admiration r le grand souverain trahi par le sort. Il lui reste ours attaché. C'est avec une profonde douleur qu'il se préparer contre la France la lutte de l'Europe isée. Le poète, placé entre deux sentiments qui se battent, l'esprit de nationalité et la vive sympathie l éprouve poor Napoléon , hésite un instant entre deux forces opposées ; son génie est travaillé par e lutte intérieure , mais l'amour pour l'Empereur porte à la fin , et il refuse de prendre part à combats acharnés contre cette belle France qu'il iidére lui-même comme sa seconde patrie.

bs Annales de Goethe (MonaU und Jahreshefte) iennent plus d'une allusion à cette époque.

s ces tablettes, où il consigne ses impressions et inte les événements d'une vie si remplie, nous vons aussi un épisode du congrès d'Erfurt. Le grand intérêt de ce récit rapide, qui ne contient, ;t vrai , que de simples fragments, consiste en ce l nous fait assister A l'entretien du poète avec pereur Napoléon. On voit que ces notes, destinées

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seulement à fixer ses souvenirs, ne devaient pas voir le jour.

Je ne sais si je me trompe, mais il me semble que cette entrevue des deux plus grands génies de notre siècle doit naturellement exciter la curiosité du public et contribuer en même temps â faire connaître leur caractère.

Nous donnons la traduction de ce morceau remarquable qui renferme une énigme dont Goethe ne nous i pas laissé le mot dans ses nombreux ouvrages, mais on nous saura toujours gré de l'avoir publié pour la première fois en français et d'y avoir ajouté les hypothèses de quelques critiques sur ce point obscur. Nous essayerons même de résoudre ce problème, grâce aux dernières publications faites en Allemagne et aux recherches particulières auxquelles nous nous sommes livré.

Nous plaçons â la fin de ces pages, à titre de renseignements et de pièces justificatives, quelques notes empruntées â des ouvrages fort peu connus en France , et un second entrelien de l'Empereur avec Wieland qui captivera, nous osons le croire, l'attention de tous les esprits sérieux.

Le lecteur jugera si nous avons apporté à ce travail le soin qu'exige une telle étude. D'autres, sans doute, avec les matériaux dont nous disposons auraient

[eux rempli une pareille tâche ; mais personne ne ût fait avec plus d'admiration pour ces deux ands hommes , dont l'un fut proclamé par le monde lier le premier capitaine de tous les temps, Vautre, i consentement de l'Europe littéraire , le premier ëte des temps modernes.

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