LA SOEUR DE GOETHE A KESTNER
6 janvier 1776*
Un gros péché, mon cher Kestner, pèse sur mon cœur. — C'est abominable que de n'avoir pas répondu depuis longtemps à voire aimable lettre. Rien' ne pourrait m'excuaer, si ce n'est que je n'ai écrit à personne depuis deux ans, —juste le temps qu'a duré ma maladie et une espèce de mélancolie qui en est la conséquence naturelle.— Votre chère et si active Lotte ne s'en étonnera pas, parce qu'elle peut s'imaginer aisément ce que c'est que d'être épouse et mère, et d'être alitée pendant deux ans, sans même pouvoir mettre un bas.
Zimmermann est arrivé comme mon bon génie pour sauver mon corps et mon âme. Il m'a donné de l'espérance et m'a encouragée tant, que depuis j'ai eu peu d'heures tout à fait sombres.— En effet, ses excellentes ordonnances ont amélioré mon état physique tellement que je ressens un grand adoucissement. — Je manque principalement d'une amie qui saurait m'égayer et détourner mes pensées de mon triste état, vers d'autres objets. — Il est fâcheux que je ne puisse m'occuper de rien, ni d'un travail, ni de lecture, ni de musique. — Aussi j'ai grande peine à écrire, comme vous voyez.
Ma petite fille me procurerait beaucoup de satisfaction si je pouvais m'en occuper. Mais je suis obligée de l'abandonner aux soins de personnes étrangères; ce qui contribue beaucoup à mon chagrin. — Elle est très-gaie et veut danser toute la journée. C'est pour cela qu'elle aime mieux être avec tous les autres qu'avec moi. — Elle ne peut pas encore marcher seule, mais elle trotine avec une extrême vivacité quand on la conduit. —Écrivez-moi beaucoup de détails sur vos enfants, car j'apprends que vous avez le bonheur d'en avoir deux. — Je voudrais bien les connaître et savoir s'ils ressemblent à Lotte, s'ils sont gais ou tranquilles, etc.
Pardonnez-moi tant de questions. Je ne les aurais pas faites si je n'étais pas sûre que vous y répondrez volontiers. — Adieu, j'embrasse cent fois votre chère Lotte.