CLXXVIII
Nous ne pouvons rien aimer que par rapport à nous , et nous ne faisons que suivre notre goût et notre plaisir quand nous préférons nos amis à nousmêmes ; c’est néanmoins par cette préférence seule que l’amitié peut être vraie et parfaite.
Le premier mouvement de joie que nous avons du bonheur de nos amis ne vient pas toujours de la bonté de notre naturel , ni de l’amitié que nous avons pour eux ; c’est le plus souvent un effet de l’amour-propre, qui nous flatte de l’espérance d’être heureux à
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notre tour, ou de retirer quelque utilité
de leur bonne fortune.
Les hommes ne vivroient pas longtemps en société s’ils n’étoient les dupes les uns des autres*
La persévérance n’est digne ni de blâme ni de louange ; parcequ’elle n’est que la durée des goûts et des sentiments, qu’on ne s’ôte et qu’on ne se donne point.
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Ce qui nous fait aimer les nouvelles connoissancesn’estpastant la lassitude que nous avons des vieilles , ou le plaisir de changer, que le dégoût de n’être pas assez admiré de ceux qui nous connoissent trop , et l’espérance die l’être davantage de ceux qui ne nous connoissent pas tant.
MORALES