‹ Maximes (volume 2)Chapitre 2 sur 85 · PREFACE III · texte numérisé non relu

PREFACE III

lide. Il se peut faire seulement que, comptant un peu trop sur les ressources de leur heureux naturel, ils s'attachent moins à le cultiver et à l'embellir par les ornements que peut apporter une étude assidue, n

La critique de Jean Gervais, loin d'être malveillante, semble au contraire inspirée par un certain sentiment de vanité angoumoisine dont La Rochefoucauld n'aurait pu se choquer, car il en aurait confessé la justesse pour ce qui le regardait personnellement, et, sans aucun doute, il eût applaudi à la remarque suivante :

(( Quoique les bibliothèques y soient rares et encore moins fréquentées, on prétend être savant sans pédanterie, théologien sans école, jurisconsulte sans chicane, et y avoir du goCtt pour les belles-lettres sans y donner trop de temps. »

Jean Gervais, dans son mémoire secret, n'a pas oublié la noblesse du pays, et, tout en luy rendant hommage pour sa bravoure, il ne laisse pas de faire des restrictions :

« Les gentilshommes de cette province qui prennent le parti de la guerre se rebutent bientôt si on ne les place brusquement ; ce que leurs ennemis leur imputent à orgueil et à légèreté, ceux qui en jugent plus sainement se contentent de dire que leur peu de fortune ne leur permet pas de se

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soutenir longtemps au service^ s'ils ne sont promptement aidés des bienfaits de leur prince. »

A cela l'on peut répondre que pauvreté n'est pas vice, et que cette ambition d'honneurs et de places était la maladie ordinaire de la jeune noblesse.

Mais Jean Gervais porte une accusation plus grave. « On voit, dit-il, que presque tous ceux qui avoient embrassé la profession des armes, se sont retirés peu après dans leurs villages; quelques-uns d'eux cependant n'en ont ni moins de vanité ni moins d'esprit de violence et d'injustice; ces défauts les caractérisent. Le paysan qui a le malheur de vivre sous leur domination se plaint souvent d'être vexé et maltraité par ces tyranneaux, chose trop ordinaire aux gentilshommes de campagne d'une origine et d'une fortune au-dessous des médiocres. Il n'y a guère que ceux d'une naissance plus illustre, d'une noblesse plus ancienne, et qui ne sont pas pressés par une impérieuse nécessité, qui se comportent dans leurs terres avec la modération et l'équité convenables aux gens de condition. »

C'était, pour Jean Gervais, l'occasion de faire mention des La Rochefoucauld; mais rien n'est venu sous la plume du lieutenant criminel, et il pouvait parler de la modération et de l'équité de cette grande maison, quand il dit à propos des

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domaines : « Toutes les terres que M. le duc de La Rochefoucauld possède en Angoumois sont en très beaux droits et renferment quantité de vassaux. Les revenus en sont presque tous en rentes et agriers; mais les pays en sont communément d'une médiocre bonté, et cultivés par les tenanciers les plus pauvres de la province, peut-être aussi parce que les deniers seigneuriaux y sont trop gros et qu'il ne s'y fait que peu de commerce. » Jean Gervais, dans ces lignes, en dit assez pour faire comprendre qu'il ne faisait pas bon vivre sous l'administration des intendants de cette grande maison.

Les La Rochefoucauld possédaient dans l' Angoumois le comté, puis duché -pairie (1622) de La Rochefoucauld; la baronnie de Verteuil, avec de a grandes mouvances, dont Aulnac et Bayers étoient les principales » . Ils avaient aussi plusieurs autres terres dans ce voisinage, « composant le plus beau pays que l'on puisse voir et le plus agréable pour la chasse; la principauté de Marsillac, la baronnie de Montignac, etc. »

C'est dans cette contrée charmante et faite pour le plaisir des yeux et de la chasse que dut naître

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l'auteur des Maximes, François VI, duc de La Rochefoucauld.

Le lieu qui le vit naître n'est pas connu, et la date de sa naissance a été longtemps douteuse. Les biographes ont d'abord accepté i6o5, et aujourd'hui l'on s'est fixé à l'année i6i3 avec assez de probabilité, puisque son père François V naquit en i588.

La Rochefoucauld aurait pu, dans ses Mémoires, épargnera la postérité ces doutes et ces hésitations; mais toutes les grandes familles avaient alors leurs archives et leur histoire privées qui ne regardaient pas le public; et le prince de Marsillac ne tenait peut-être pas à donner certains détails intimes qu'il valait mieux laisser dans l'oubli. Pourquoi avouer qu'il avait failli naître hugnenot, son père ayant attendu le couronnement de Marie de Médicis (i6îo) pour se convertir à la religion catholique ?

Il nous dit qu'en 1628 // servait en Italie en qualité de mestre de camp; mais comment s'était écoulée sa première enfance? Les biographes avancent que son éducation fut négligée. Cela signifie probablement qu'il ne suivit pas les leçons d'une université. Le prince de Marsillac n'a pu avoir une enfance oisive et paresseuse ; et on regrettera toujours qu'il soit resté muet sur le détail

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