‹ Maximes (volume 2)Chapitre 3 sur 85 · PREFACE VII · texte numérisé non relu

PREFACE VII

de ses premières années. Il faut donc s'en tenir aux conjectures.

La Kochefoucauld n'a jamais parlé des opinions religieuses de ses ancêtres, et à la date de 1 62 4-1 62 5, on lit dans ses Mémoires :

« Richelieu voulut établir l'autorité du roy et la sienne par la ruine des huguenots et des grandes familles du royaume, pour attaquer ensuite la maison d'Autriche et abaisser une puissance si redoutable à la France. »

La ruine des huguenots ne signifie pas, croyonsnous, sous la plume de notre écrivain, la suppression de l'influence politique des protestants, mais bien l'extirpation de l'hérésie.

La Kochefoucauld devait connaître la réponse que le cardinal avait faite à l'assemblée des notables (1627), « que Sa Majesté entendait que tous ses sujets suivissent sa religion » .

Si La Kochefoucauld s'est tenu sur une réserve excessive en cette matière, ne serait-ce pas parce qu'il avait conservé dans son coeur un reste de foi huguenote, lui dont le grand-père François IV s'était fait remarquer par son dévouement à la cause du prince de Condé et du roi de Navarre?

Les femmes de cette famille, et particulièrement la grand'mère de notre auteur, avaient montré un zèle très vif pour la nouvelle doctrine. Il faut dire

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aussi que la religion calholique comptait d'illustres dignitaires dans cette famille. Au moment où le jeune prince de Marsillac faisait ses débuts dans la carrière des armes, à l'âge de dix-sept ans, un de ses grands-oncles, le cardinal de La Rochefoucauld, était grand aumônier de France et abbé de Sainte-Geneviève. Après s'être montré partisan de la Ligue, au point d'essayer de soulever l'Auvergne contre l'autorité royale, il rentra en grâce avec Henri IV qui lui fît obtenir la barrette. Dans l'assemblée des notables de 1626- 1627, le cardinal de La Rochefoucauld fut violemment accusé par les gentilshommes et soldats estropiés « de détourner à son profit les deniers destinés à leur soulagement et subsistance ».

La Rochefoucauld, d'après les usages reçus alors, devait succéder à son père en qualité de gouverneur du Poitou; mais, en i632, ce dernier fut dépouillé de son commandement par Richelieu, et ne put jamais rentrer en faveur.

Les aventures de la Fronde n'étaient pas de nature à concilier à notre héros la confiance de Mazarin, et lorsqu'en 1662^ un an après la mort du premier ministre, il fut nommé commandeur de l'ordre du Saint-Esprit, la maturité de l'âge était venue apportant le calme de Vesprit et quelques infirmités physiques; et, d'un autre côté , La Ko-

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chefoucauld avait pris des habitudes studieuses; ses MÉMOIRES étaient écrits, ses Maximes circulaient manuscrites sous les yeux iies intimes.

Cependant, s'il était moins préoccupé de sa propre fortune, il songeait aux siens : il avait marié son fils ainéj le prince de Marsillac, à l'unique héritière de M. le duc de Liancourt; et quand La Kochefoucauld mourut, en 1680^ il eut la consolation de voir le premier héritier de son nom grand-maître de la garde-robe du roi, charge aussi honorable que lucrative.

Il vaut mieux, dans l'intérêt de notre gloire littéraire, que La Kochefoucauld ait laissé à sa famille ces fonctions brillantes pour se livrer à des travaux plus modestes à la vérité, mais plus durables dans le souvenir des hommes.

Les RÉFLEXIONS sont-elles et peuvent-elles être un genre littéraire? C'est une question que je n'ai pas l'intention d'agiter ici; mais, à part les écrits pédagogiques de certains philosophes anciens ou modernes, je ne vois pas que dans l'antiquité des esprits supérieurs se soient proposé d'écrire uniquement des maximes. Celles que nous lisons dans Ménandre, dans P. Syrus, etc., ne sont autre chose que des

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pensées tirées d'ouvrages où elles étaient semées dans le tissu de la composition. Il n'y a pas d'écrivain sérieux qui ne prête matière à un recueil de ré" flexions ou de sentences; mais au XVW siècle, sous l'influence des salons, des ruelles, et surtout de l'hôtel Kambouillet, le ton s'établit de parler et d'écrire par sentences ; et plus ces sentences étaient raffinées, quintessenciées, plus elles excitaient l'approbation des beaux esprits ; les grandes dames ne voulaient pas rester en arrière, et, comme dans les conversations elles provoquaient des mots fins et délicats, elles répétaient et vantaient les pointes spirituelles dont elles avaient fait naître l'expression.

La Kochefoucauld a vécu dans ce monde bel esprit plutôt que lettré, mais il était né penseur et écrivain de génie, je veux dire d'instinct. Venu à une époque troublée et frivole, il s'est appliqué à reproduire les réflexions que le niilieu où (7 s'est trouvé a éveillées en lui. Si l'auteur des Maximes avait été nourri de fortes études historiques et philosophiques, si, au moment de prendre la plume, il avait pu évoquer en pensée les hommes et les choses des vieilles annales chez les divers peuples, avec les jugements portés par des écrivains supérieurs, on peut croire qu'il n'eût pas été aussi amer, aussi décourageant parfois dans l'analyse

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qu'il fait des sentiments intimes de l'homnie; mais il y aurait perdu de son moi, de son originalité.

Après avoir lu les Mémoires et /'Apologie, nous demeurons convaincu que La Kochefoucauld ne pouvait écrire ou penser une autre auvre que les Maximes.

Ce grand seigneur, amoureux sans passion vraie, factieux sans conviction politique, n'ayant jamais vécu par la pensée avec des hommes d'une autre époque, ne voyant de ses contemporains que ceux qui partageaient ses affections ou ses anti^ pathies, se jeta à corps perdu dans une entreprise sans issue parce qu'elle n'avait rien d'avouable, et quand, la tourmente calmée, il fît retour sur lui-même et qu'il voulut présenter sa défense, non devant sa conscience, mais devant un certain public, il écrivit ses Maximes, que les anciens frondeurs et leurs adversaires lurent sans trop de récriminations ni de protestations, car elles mettaient en lumière les mobiles secrets qui avaient guidé les acteurs de cette sombre tragi-comédie qu'on appelle la Fronde. Tous, vainqueurs et vaincus, durent se reconnaître. Nous ne regardons pas comme protestations les quelques phrases sentinientales qui s'échangèrent par lettres avant ou après la publication du livre des Maximes.

La princesse de Guymené écrira à M'"^ de

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