XXXIV PREFACE
donner du crédit, mais pour éloigner de La Kochefoucauld tout soupçon d'avoir, comme quelques grands seigneurs le faisaient alors, signé des œuvres dont il n'aurait pas été l'auteur.
« Ceux qui composent pour le public doivent communiquer leurs ouvrages à des amis capables d'en juger, et les corriger avant que de les publier. C'est la manière dont en ont usé tous ceux qui aspirent à la perfection. M. Ménage en a usé ainsi, et c'est pour cela que ses ouvrages sont si achevés. M. de La Kochefoucauld l'a pratiqué ainsi à l'égard de ses Mémoires et de ses Maximes/ ouvrages écrits avec tant de justesse. Il m'envoyoit ce qu'il avoit fait dans le temps qu'il y travaillait, et il voulait que je gardasse ses cahiers cinq ou six semaines afin de les examiner plus exactement, et que j'eusse plus de temps à juger du tour des pensées et de l'arrangement des paroles. Il y a des maximes qui ont été changées plus de trente fois. Pourquoi les Lettres provinciales sonf-eZ/es si bien écrites? C'est qu'elles ont été vues et revues par une douzaine de ces messieurs de Port-Koyal, qui étaient d'habiles gens et qui avaient un goût exquis pour juger ce qui pouvait plaire à des lecteurs. »
Si l'an en croyait Segrais sur parole, nous n'aurions qu'un prête-nom dans La Kochefoucauld ;