PREFACE XXXVII
Lettres provinciales, serai'f aussi le produit d'une collaboration. Heureusement que Segrais n'a pas dit cela de son vivant, personne ne l'eût pris au sérieux.
Avant de mettre le point final à nos recherches, nous ajouterons encore ces lignes de Voltaire : « On lut avidement ce petit recueil, il accoutuma à penser et à renfermer ses pensées dans un tour vif, précis et délicat; c'était un mérite que personne n'avait eu avant lui en Europe depuis la renaissance des lettres. »
Croit-on que si La Rochefoucauld ne se distinguait que par son style précis, il eût vécu et comme écrivain et comme moraliste? Assurément ce petit recueil séduit le public qui pense et le séduira encore longtemps, parce que, quoi qu'on en dise, l'homme du siècle de La Rochefoucauld se retrouve aussi par plusieurs côtés dans l'homme de tous les temps.
Il en est de la morale de La Rochefoucauld comme de celle de La Fontaine. Le fabuliste a été, au XVIII^ siècle et au XIX^, attaqué par deux esprits supérieurs, par J.-J. Rousseau et par Lamartine, qui trouvaient sa morale un peu relâchée et trop empreinte d'égoisme. La Fontaine a eu des défenseurs plus chaleureux que ne le furent jamais ceux de La Rochefoucauld ; et tous les deux ce-