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C'est une espèce de bonheur de connoistre jusques à quel point on doit estre malheureux.
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Quand on ne trouve pas son repos en soymesme, il est inutile de le chercher ailleurs.
Il faudroit pouvoir respondre de sa fortune pour pouvoir respondre de ce que l'on fera.
L'amour est à l'ame de celuy qui aime ce que l'ame est au corps qu'elle anime.
Comme on n'est jamais en liberté d'aimer ou de cesser d'aimer, l'amant ne peut se plaindre avec justice de l'inconstance de sa maislresse, ny elle de la légèreté de son amant.
La justice, dans les juges qui sont modérez, n'est que l'amour de leur élévation.
Quand nous sommes las d'aimer, nous sommes
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bien aises que l'on devienne infidelle, pour nous dégager de nostre fidélité.
Le premier mouvement de joye que nous avons du bonheur de nos amis ne vient ny de la bonté de nostre naturel ny de l'amitié que nous avons pour eux : c'est un effet de l'amour propre, qui nous flatte de l'espérance d'estre heureux à nostre tour, ou de retirer quelque utilité de leur bonne fortune.
Dans l'adversité de nos meilleurs amis nous trouvons toujours quelque chose qui ne nous déplaist pas.
Comment prétendons nous qu'un autre garde nostre secret, si nous n'avons pas pu le garder nous-mesmes?
Comme si ce n'estoit pas assez à l'amour propre d'avoir la vertu de se transformer luy-
mesme, il a encore celle de transformer les objets; ce qu'il fait d'une manière fort estonnante : car non seulement il les déguise si bien qu'il y est luy-mesme trompé, mais il change aussi Testât et la nature des choses. En effet, lors qu'une personne nous est contraire, et qu'elle tourne sa haine et sa persécution contre nous, c'est avec toute la sévérité de la justice que l'amour propre juge ses actions ; il donne à ses deffauts une estenduë qui les rend énormes, et il met ses bonnes qualitez dans un jour si desadvantageux qu'elles deviennent plus dégoustantes que ses deffauts. Cependant, dés que cette mesme personne nous devient favorable, ou que quelqu'un de nos interests la reconcilie avec nous, nostre seule satisfaction rend aussitost à son mérite le lustre que nostre aversion venoit de luy oster; les mauvaises qualitez s'effacent, et les bonnes paroissent avec plus d'advantage qu'auparavant; nous rapellons mesme toute nostre indulgence pour la forcera justifier la guerre qu'elle nous a faite. Quoy que toutes les passions monstrent cette vérité, l'amour la fait voir plus clairement que les autres : car nous voyons un amoureux, agité de la rage où Ta mis Toubly ou l'infidélité de ce qu'il aime, méditer pour sa vengeance tout ce que cette passion
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inspire de plus violent; neantmoins , aussitost que sa veuë a calmé la fureur de ses mouvemens, son ravissement rend cette beauté innocente, il n'accuse plus que luy-mesme, il condamne ses condamnations, et, par cette vertu miraculeuse de l'amour propre, il oste la noirceur aux mauvaises actions de sa maistresse, et en sépare le crime pour s'en charger luy-mesme.
L'aveuglement des hommes est le plus dangereux effet de leur orgueil : il sert à le nourrir et à l'augmenter, et nous oste la connoissance des remèdes qui pourroient soulager nos misères et nous guérir de nos défauts.
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On n'a plus de raison quand on n'espère plus d'en trouver aux autres.
Les philosophes, et Seneque sur tous, n'ont point osté les crimes par leurs préceptes; ils n'ont fait que les employer au bastiment de l'orgueil.
Les plus sages le sont dans les choses indifférentes, mais ils ne le sont presque jamais dans leurs plus sérieuses affaires.
La plus subtile folie se fait de la plus subtile sagesse.
La sobriété est l'amour de la santé, ou l'impuissance de manger beaucoup.
On n'oublie jamais mieux les choses que quand on s'est lassé d'en parler.
On ne blâme le vice et on ne loue la vertu que par interest.
La louange qu'on nous donne sert au moins à nous fixer dans la pratique des vertus.
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L'amour propre empesche bien que celuy qui nous flatte ne soit jamais celuy qui nous flatte le plus.
On ne fait point de distinction dans les espèces de colères, bien qu'il y en ait une légère et quasi innocente, qui vient de l'ardeur de la complexion, et une autre tres-criminelle, qui est à proprement parler la fureur de l'orgueil.
Les grandes âmes ne sont pas celles qui ont moins de passions et plus de vertu que les âmes communes, mais celles seulement qui ont de plus grands desseins.
Les roys font des hommes comme des pièces de monnoye : ils les font valoir ce qu'ils veulent, et l'on est forcé de les recevoir selon leur cours, et non pas selon leur véritable prix.
La férocité naturelle fait moins de cruels que l'amour propre.
On peut dire de toutes nos vertus ce qu'un poëte italien a dit de l'honnesteté des femmes, que ce n'est souvent autre chose qu'un art de paroistre honneste.
Il y a des crimes qui deviennent innocens et mesme glorieux par leur éclat, leur nombre et leur excez; de là vient que les voleries publiques sont des habiletez, et que prendre des provinces injustement s'appelle faire des conquestes.
"On ne trouve point dans l'homme le bien ny le pial dans l'excès.
Ceux qui sont incapables de commettre de
grands crimes n'en soupçonnent pas facilement les autres.
La pompe des enterremens regarde plus la vanité des vivans que l'honneur des morts.
Quelque incertitude et quelque variété qui paroisse dans le monde, on y remarque neantmoins un certain enchaisnement secret, et un ordre réglé de tout temps par la Providence, qui fait que chaque chose marche en son rang et suit le cours de sa destinée.
L'intrépidité doit soutenir le cœur dans les conjurations, au lieu que la seule valeur luy fournit toute la fermeté qui luy est nécessaire dans les périls de la guerre.
Ceux qui voudroient définir la victoire par sa naissance seroient tentez, comme les poètes, de
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l'appeler la fille du Ciel, puis qu'on ne trouve point son origine sur la terre. En effet, elle est produite par une infinité d'actions qui, au lieu de l'avoir pour but, regardent seulement les interests particuliers de ceux qui les font, puis que tous ceux qui composent une armée, allant à leur propre gloire et à leur élévation, procurent un bien si grand et si gênerai.
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On ne peut respondre de son courage quand on n'a jamais esté dans le péril.
On donne plus souvent les bornes à sa reconnoissance qu'à ses désirs et à ses espérances.
L'imitation es: toujours malheureuse, et tout ce qui est contrefait déplaist avec les mesmes choses qui charment lors qu'elles sont naturelles.
CCXLVIII Nous ne regrettons pas la perte de nos amis
selon leur mérite, mais selon nos besoins et selon l'opinion que nous croyons leur avoir donnée de ce que nous valons.
Il est bien mal-aisé de distinguer la bonté générale et répandue sur tout le monde de la grande habileté.
Pour pouvoir estre toujours bon, il faut que les autres croyent qu'ils ne peuvent jamais nous estre impunément méchans.
La confiance de plaire est souvent un moyen de déplaire infailliblement.
La confiance que l'on a en soy fait naistre la plus grande partie de celle que l'on a aux autres.
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Il y a une révolution générale qui change le goust des esprits aussi bien que les fortunes du monde.
La vérité est le fondement et la raison de la perfection et de la beauté : une chose, de quelque nature qu'elle soit, ne sçauroit estre belle et parfaite si elle n'est véritablement tout ce qu'elle doit estre et si elle n'a tout ce qu'elle doit avoir.
Il y a de belles choses qui ont plus d'esdat quand elles demeurent imparfaites que quand elles sont trop achevées.
La magnanimité est un noble effort de l'orgueil par lequel il rend l'homme maistre de luymesme, pour le rendre maistre de toutes choses.
lyS RÉFLEXIONS SUPPRIMEES