DANS L'ÉDITION POSTHUME DE
Force gens veulent être dévots, mais personne ne veut être humble.
Le travail du corps délivre des peines de l'esprit, et c'est ce qui rend les pauvres heureux.
Les véritables mortifications sont celles qui ne sont point connues; la vanité rend les autres faciles
L'humilité est l'autel sur lequel Dieu veut qu'on luy offre des sacrifices.
REFLEXIONS AJOUTEES
. Il faut peu de chose pour rendre le sage heureux; rien ne peut rendre un fol content : c'est-pourquov presque tous les hommes sont misérables.
Nous nous tourmentons moins pour devenir heureux que pour faire croire que nous le sommes.
Il est bien plus aisé d'éteindre un premier désir que de satisfaire tous ceux qui le suivent,
La sagesse est à l'ame ce que la santé est pour le corps.
Les grands de la terre ne pouvant donner la santé du corps ni le repos d'esprit, on achepte
l82 RÉFLEXIONS AJOUTÉES
toujours trop cher tous les biens qu'ils peuvent faire.
Un véritable amy est le plus grand de tous les biens et celuy de tous qu'on songe le moins à acquérir.
Les amans ne voyent les défauts de leurs maîtresses que lorsque leur enchantement est fini.
La prudence et l'amour ne sont pas faits l'un pour l'autre; à mesure que l'amour croît, la prudence diminue.
Il est quelquefois agréable à un mary d'avoir une femme jalouse : il entend toujours parler de ce qu'il aime.
Qu'une femme est à plaindre quand elle a tout ensemble de l'amour et de la vertu !
DANS l'Édition posthume i83
Le sage trouve mieux son compte à ne point s'engager qu'à vaincre.
Il est plus nécessaire d'étudier les hommes que les livres.
Le bonheur ou le malheur vont d'ordinaire à ceux qui ont le plus de l'un ou de l'autre.
Une honneste femme est un trésor caché; celuy qui l'a trouvée fait fort bien de ne s'en pas vanter.
Quand nous aimons trop, il est mal aisé de reconnoître si l'on cesse de nous aimer.
Il n'est jamais plus difficile de bien parler que quand on a honte de se taire.
Il n'est rien de plus naturel ni de plus trompeur que de croire qu'on est aimé.
Nous aimons mieux voir ceux à qui nous faisons du bien que ceux qui nous en font,
II est plus difficile de dissimuler les sentimens que l'on a que de feindre ceux que l'on n'a pas.
Les amitiez renoiiées demandent plus de soins que celles qui n'ont jamais été rompues.
Un homme à qui personne ne plaît est bien plus malheureux que celuy qui ne plaît à personne.
Nota. — Les chiffres romains placés au commencement des alinéas renvoient aux pensées de la présente édition; ceux qui se trouvent à la fin renvoient à l'édition d'où sont tirées les variantes citées. Celles de ces variantes qui ne sont pas suivies d'une date appartiennent à l'édition de i665.
Épigraphe, page 3 5. — Nos vertus ne sont le plus souvent que des vices déguisés. — Var. : Ce que le monde nomme vertu n'est d'ordinaire qu'un fantosme formé par nos pasiions, à qui on donne un nom honneste pour faire impunément ce qu'on veut. — clxxix.
I. — Nous sommes préoccupez de telle sorte en nostre faveur que ce que nous prenons souvent pour des rertus n'est en effet qu'un nombre de vices qui leur ressemblent, et que l'orgueil et l'amour propre nous ont déguisez, — clxxxi.
Autre. — De plusieurs actions différentes que la Fortune arrange comme il luy plaist, il s'en fait plusieurs vertus. — ccxciii.
l86 VARIANTES PRINCIPALES
XXI. — Ceux qu'on fait mourir affectent quelquefois des constances, des froideurs et des mépris de la mort, pour ne pas penser à elle, de sorte qu'on peut dire que ces froideurs et ces mépris font à leur esprit ce que le bandeau fait à leurs yeux. — xxiv.
XXIV. — Les grands hommes s'abattent et se démontent à la fin parla longueur de leurs infortunes : cela fait bien voir qu'ils n'estoient pas forts quand ils les supportoienl, mais seulement qu'ils se donnoient la gesne pour le paroistre, et qu'il soùtenoient leurs mal-heurs par la force de leur ambition, et non pas par celle de leur ame ; enfin, à une grande vanité prés, les héros sont faits comme les autres hommes. — xxvii.
XXXII. — La jalousie ne subsiste que dans les doutes, l'incertitude est sa matière ; c'est une passion qui cherche tous les jours de nouveaux sujets d'inquiétude et de nouveaux tourmens ; on cesse d'estre jaloux dés que 'on est éclaircy de ce qui causoit la jalousie. — xxxv.
Autre. — La jalousie se nourrit dans les doutes. C'est une passion qui cherche toijjours de nouveaux sujets d'inquiétude et de nouveaux tourmens; et elle devient fureur si-tost qu'on passe du doute à la certitude. — XXXII (1666).
XLVI. — L'attachement ou l'indifférence pour la vie sont des gousts de l'amour propre, dont on ne doit non plus disputer que de ceux de la langue ou du choix des couleurs. — lu.
L. — Ceux qui se sentent du mérite se picquent toujours d'estre malheureux, pour persuader aux autres et à eux-mesmes qu'ils sont au dessus de leurs malheurs et qu'ils sont dignes d'estre en butte à la fortune. — lvii.