‹ Maximes (volume 2)Chapitre 85 sur 85 · Aujourd'hui dans Eure-et-Loir · texte numérisé non relu

Aujourd'hui dans Eure-et-Loir

raient jamais pensé alors que les lignes écrites sur eux par La Rochefoucauld contribueraient peut-être à mieux conserver dans l'avenir la gloire de leur nom que ne pourrait faire le récit de leurs exploits guerriers.

P. 239. Des coquettes et des vieillards. Ces trois pages semblent écrites d'hier, tant le style est vif et mordant, tant les remarques ont d'actualité! Mais aussi notre auteur n'avait qu'à regarder autour de lui et en lui-même pour trouver des sujets à réflexions.

P. 242. De la différence des esprits. Cette dissertation ou dissection n'est pas éloignée de l'esprit qui dominait à l'hôtel de Rambouillet; et nous pensons que plusieurs des confidents de l'écrivain y ont mis du leur. La Rochefoacauld n'était pas homme à tourner et retourner ainsi un mot à la manière du sieur de Vaugelas. Il y met un trait tout personnel : « 11 y a des gens habiles dans tout ce qui ne les regarde pas, et tres-malhabiles dans ce qui les regarde. » La Rochefoucauld se reporte, ce nous semble, à sa conduite envers la reine et à son rôle pendant la Fronde.

P. 248, Des événements de ce siècle. Nous n'avons là que des esquisses, que des coups de crayon; mais quelle vigueur de trait! quelle sûreté de main! La vie circule dans ces linéaments à peine indiqués.

Bussy-Rabuiin, dans une lettre emphatique, réclame de Louis XIV l'honneur d'être son historien et de raconter les grandes merveilles de son règne ; si le roi n'accepta pas les offres du cousin de M°"^ de Sévigné, il n'a pas privé la France d'une grande œuvre littéraire.

Mais, si La Rochefoucauld avait, dans sa retraite, écrit l'histoire , pour laquelle il était né par tempérament, le duc de Saint-Simon aurait eu un prédécesseur, et notre langue un chef-d'œuvre de plus; et la vérité I ne garderait pas tant de voiles qui la dérobent à nos

regards. L'homme qui a osé écrire le dernier alinéa de cette dix-septième réflexion avait une âme élevée, fière et indépendante, digne en un mot de donner des leçons aux autres en châtiant les vices et les crimes.

P. 262. De la retraite. Si La Rochefoucauld était un poète dans l'acception ordinaire du mot, nous dirions que cette réflexion est le chant du cygne; c'est en philosophe que le grand écrivain exprime ses adieux à la vie active; mais parle-t-il pour lui seul? Il prenait le parti à la mode, ou plutôt il notait ce qu'il voyait faire autour de lui: car un esprit de cette trempe était incapable de languir dans une oisiveté contemplative.

C'est, en effet, dans ses dernières années que La Rochefoucauld aurait écrit ses Réflexions diverses. N'est-ce pas de lui-même qu'il parle dans ces lignes : « Leur ^oût, détrompé de désirs inutiles, se tourne alors vers des objets muets et insensibles, les bastimens, l'agricilture, l'économie, l'étude; toutes ces choses sont soumises à leurs volontez ! »

« Les plus sages sçavent employer à leur salut le temps qu'il leur reste.... Les autres n'ont au moins qu'euxmesmes pour témoins de leur miséfe )),etc.

Ce dernier trait est pour lui.

N'oublions pas que, dans cette analyse du cœur humain, les femmes surtout , les illustres pénitentes du -siècle, se sont présentées à l'imagination du peintre.

Page 1