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A présente édition, dont la préparation a coïncidé avec le LE: tricentenaire des Maximes, diffère sensiblement des précédentes, en particulier de celle de la collection des « Grands Ecrivains de la France» que presque toutes se bornent à recopier depuis un siècle. Aussi est-il indispensable de fournir quelques explications et justifications.

Le plus simple sera de partir d’une brève chronologie des faits :

— 1863. Édouard de Barthélemy publie, dans un volume d'Œuvres inédites de La Rochefoucauld publiées d'après les manuscrits conservés bar la famille, une version manuscrite des Maximes.

— 1868. Gilbert donne, dans la collection des Grands Écrivains, le tome I des Œuvres de La Rochefoucauld, contenant les Maximes. Il reproduit dans les notes un très grand nombre de variantes tirées d’un manuscrit également communiqué par la famille de l’auteur. Mais — première cause de l’insuffisance de cette édition — il ne prend pas au sérieux le travail de Barthélemy, et ne semble pas s’aviser qu'ils n’ont pas eu communication du même manuscrit. Il meurt peu après, sans avoir pu achever la publication des Œuvres, ni ajouter les justifications qu'il s'était réservé d'apporter dans les tomes suivants.

— 1879. L'érudit belge Willems fait connaître l'édition pré-originale et subreptice des Maximes, publiée en Hollande. La Rochefoucauld avait parlé de cette édition, mais comme on n’en trouvait nulle part d'exemplaires, on avait fini par croire — Gilbert comme les autres — qu’elle n'avait jamais existé.

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Encore une raison pour laquelle l'édition des Maximes dans la collection des Grands Écrivains est périmée.

Le directeur de la collection, Régnier, en eut immédiatement conscience. Il reprit les recherches pour son compte, et il eut la surprise de se voir communiquer par la famille de l’auteur un troisième manuscrit, différent de ceux qu’avaient vus Barthélemy et Gilbert, tandis que ces deux manuscrits-là devenaient introuvables (ils le sont toujours!) Très perplexe, il prit le parti de publier un important appendice au tome I (1883), riche et précis, mais nécessairement confus, puisqu'il s'agissait de fournir toute la matière des découvertes postérieures à l'édition de Gilbert (nous n'avons mentionné ici que les plus importantes), sans remettre en cause la structure de cette édition.

Depuis, l’on en est pratiquement resté là, bien que de nouvelles découvertes soient survenues, et que des études minutieuses, conduites notamment par M. Jean Marchand, aient eu lieu quant aux éditions et manuscrits de La Rochefoucauld.

Il y avait pourtant au moins une chose que l’on aurait pu faire : intégrer à une édition nouvelle les données de l’appendice de 1883 ; autrement dit, réaliser l'édition que Régnier aurait faite à ce moment-là si sa collection n'avait été prisonnière du travail publié par Gilbert. Pourquoi ne l’a-t-on pas fait? Probablement parce que d’une part il n’est pas interdit d'espérer voir un jour réapparaître les manuscrits consultés par Barthélemy et Gilbert, d'autre part parce que plus les années passent, plus l’on hésite à bousculer la structure de l'édition des Grands Écrivains, devenue quasi traditionnelle.

Il nous a semblé que le tricentenaire était une bonne occasion de lever cette hypothèque. Au risque d’être sur quelques points convaincu d’omission, voire de légère inexactitude, si les manuscrits actuellement introuvables venaient à revoir le jour, nous avons voulu tirer toutes les conséquences des documents dont on dispose présentement, et mettre à la disposition des lecteurs tous ces documents. Aussi notre édition sera-t-elle essentiellement critique; l’on y trouvera les divers états du texte, aussi bien les éditions que les versions manuscrites, que celles-ci restent accessibles ou qu’elles ne

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soient connues que par le témoignage d’érudits comme Barthélemy ou Gilbert. Le lecteur pourra ainsi juger en toute connaissance de cause.

Sans entrer ici dans le détail, nous indiquons dès maintenant les principales particularités de cette édition par rapport à celle des Grands Écrivains :

Maximes proprement dites — Naturellement, la dernière édition publiée sous le contrôle de l’auteur (s° édition, 1678) continue à constituer le texte de base. Mais, à propos de chaque maxime, sera donnée la liste exhaustive des endroits où l’on en trouve des versions antérieures (éditions, manuscrits ou lettres).

Maximes supprimées et. posthumes — L'une des conséquences de l'exploitation systématique des états anciens du texte a été de provoquer une transformation assez considérable de ces deux collections de maximes, arbitrairement numérotées par l'édition G.E.F. sur le même plan que l'édition définitive. Des justifications détaillées seront données dans les notices, ainsi que des tableaux de concordance avec l’édition des Grands Écrivains.

Réflexions diverses — Sur ce point aussi Régnier avait apporté les éléments d’une révision de certaines parties du texte. Nous en tenons compte; il en résulte notamment le rattachement du portrait de Retz aux Réflexions diverses.

Lettres — L'on sait l'intérêt, pour l'étude de la genèse des Maximes, de nombreuses lettres écrites par La Rochefoucauld lui-même, par Mme de Sablé ou par tel ou tel de leurs correspondants. Dans l'édition G.E-F, il fallait les chercher, tantôt dans une série de Jugements (au tome I), tantôt dans la correspondance de l’auteur (première partie du tome II). Ces lettres, complétées et reclassées, apparaîtront ici en une série suivie.

Remarques de la reine Christine de Suède sur les Maximes — Cette publication constitue une nouveauté, dont il nous a semblé qu’elle apporterait une pièce très précieuse au dossier du succès des Maximes. Les remarques de Christine de Suède sont à coup sûr beaucoup plus originales, intelligentes et révélatrices, que celles du médiocre « annotateur contemporain » dont les observations faites en marge d’un exemplaire

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