‹ MaximesChapitre 11 sur 457 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

comme un homme préoccupé de la crainte de paraître ridicule!.

Ceci nous conduit à prendre garde à cette déclaration capitale qu’il a mise en tête de son portrait moral : « Premièrement, pour parler de mon humeur, je suis mélancolique?. » Nous reviendrons sur l'importance qu'il attachait aux humeurs : c’est d’elles qu'il faut partir pour expliquer un homme; de là le premièrement. I] précisait que cette partie de sa mélancolie qui lui venait de son tempérament était « assez supportable et assez douce » ; il semble qu’elle se manifestait surtout par une sorte de réticence devant la vie, qui expliquerait bien sa timidité et sa peur du ridicule, peut-être aussi d’autres traits souvent relevés : absence de véritable ambition 3, paresse, irrésolution, manque d'efficacité dans l’action et, pour tout dire, une étrange vocation à ne jouer que les seconds rôles en dépit de sa grande intelligence et de son grand courage4. Mais, selon la théorie de La Rochefoucauld, l'humeur peut être soit corrigée, soit renforcée, par la fortune ; chez lui, le mauvais sort avait fortifié la mélancolie naturelle : « J'aurais (..) une mélancolie assez supportable et assez douce, si je n'en avais point d'autre que celle qui me vient de mon tempérament ; mais 1l m'en vient tant d'ailleurs.» C'est évidemment la Fronde qui à marqué un tournant : la destruction de Verteuil, la trahison de Mme de Longueville, la blessure qui mit sa vue en péril,

de parler en public; cf. Gourdault, Notice biographique sur La Rochefoucauld, éd. GE, t. I, p. XCI. Retz parle, de son côté, de l’ « air de honte et de timidité » de l’auteur des Maximes (Portrait du duc de La Rochefoucauld, ci-dessous, p. 258, n. 1).

1. « Lui, qui craint d’être ridicule plus que toutes les choses du monde » (Mme de Sévigné à Mme de Grignan, 8 juillet 1672). Cf. max. 326 : «Le ridicule déshonore plus que le déshonneur. »

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