DE LA SOCIETE
d'y contribuer. La complaisance est nécessaire dans la société, mais elle doitavoimdestbornes : elle devient une servitude quand elle est excessive; il faut du moins qu’elle paraisse libre, et qu’en suivant le sentiment de nos amis, ils soient persuadés que c’est le nôtre aussi que nous suivons.
Il faut être *facilenàsexcusernosmamis; quand leurs défauts sont nés avec eux, et qu'ils sont moindres que leurs bonnes qualités; il faut souvent éviter de leur faire voir qu’on les ait remarqués et qu'on en soit choqué, et on doit? essayer de faire en sorte qu’ils puissent s'en apercevoir eux-mêmes, pour leur laisser le mérite de s'en corriger.
Il y a une sorte despolitessesqui est nécessaire dans le *commerce des *honnêtes gens; elle leur fait entendre raillerie, et elle les empêche d’être choqués et de choquer les autres par de certaines façons de parler trop sèches et trop dures, qui échappent souvent sans y penser, quand on soutient son opinion avec chaleur !°.
Le *commerce des “honnêtes gens ne peut subsister sans une certaine sorte desconfiances; elle doit être commune entre eux; il faut que chacun ait un air de
Û iscréti ui ne donne jamais lieu de craindre qu’on puisse rien dire par imprudence.
Il faut de lasvariéténdans l'esprit : ceux qui n’ont que d’une sorte d’esprit ne peuventaplaireh longtemps. On peut prendre des routes diverses, n'avoir pas les mêmes vues ni les mêmes talents, pourvu qu’on aide au plaisir de la société, et qu’on y observe la même justesse que les différentes voix et les divers instruments doivent observer dans la musique.
Comme il est malaisé que plusieurs personnes puissent avoir les mêmes intérêts, il est nécessaire au moins, pour la douceur de la société, qu'ils n’en aient pas de contraires.