DE LA SOCIETE
et qu'ils ont chacun de vraies beautés. On voit néanmoins des femmes d’une beauté éclatante, mais irrégulière, qui en effacent souvent de plus véritablement belles; mais comme le goût, qui se “prévient aisément, est le juge de la beauté, et que la beauté des plus belles personnes n’est pas toujours égale, s'il arrive que les moins belles effacent les autres, ce sera seulement durant quelques moments; ce sera que la différence de la lumière et du jour fera plus ou moins discerner la vérité qui est dans les traits ou dans les couleurs, qu’elle fera paraître ce que la moins belle aura de beau, et empêchera de paraître ce qui est de vrai et de beau dans l’autre”.
Il. DE LA SOCIÉTÉ
ON dessein n’est pas de parler desl'amitiéemparlant de lassociété# bien qu’elles aient quelque rapport,
elles sont néanmoins très différente LS d'élévation et de dignité', et le plus grand mérite de i l'autre cestideluisressembler. Je ne parlerai donc pré-
sentement que du *commerce particulier que les honnêtes gens doivent avoir ensemble.
IL serait inutile de dire combien la société est méces-
sairetawæhommes : tous la désirent et tous la cherchent, mais peu se servent des moyens deda-rendre-agréable et
de la faire durer. Chacun veut trouver son plaisir et ses avantages aux dépens des autres ; on se préfère toujours à ceux avec qui on se propose de vivre, et on leur fait presque toujours sentir cette préférence ; c'est ce qui trouble et qui détruit la société. Il faudrait du moins savoir cacher ce désir de préférence, puisqu'il est trop
9. L'ordre de préoccupations manifesté par cette réflexion est à mettre en rapports avec les préoccupations manifestées par la maxime supprimée n° 49 et le post-scriptum de la lettre 2 (p. 542).
II. DE LA SOCIÉTÉ. N° 4 des deux éditions du XVIII‘ siècle. 1. Éditions du xvirIe siècle : humilité au lieu de dignité.
naturel en nous pour nous en pouvoir défaire; il fau-
drait faire son plaisir et celui des autres?, ménagemleur
beaucoup de part à un si grand ouvrage, mais il ne.suffithpasseul pour nous conduire dans les divers chemins qu’il faut tenir. Le rapport qui se rencontre entre les esprits ne maintiendrait pas longtemps la société, si elle n’était réglée et soutenue par sens; par l’'humeur;-et par.dességardssqui doivent être entre les personnes qui veulent vivre ensemble. S'il arrive quelquefois que des gens opposés d'humeur et d’esprit paraissent unis, ils tiennent sans doute par des liaisons étrangères®, qui ne durent pas longtemps. On peut être aussi en société avec des personnes sur qui nous avons de la supériorité par la naissance ou par des qualités personnelles; mais ceux qui ont cet avantage n’en doivent pas abuser; ils doivent rarement le faire sentir, et ne s’en servir que pour instruire les autres; ils doivent les faire apercevoir4 qu’ils ont besoin d’être conduits, et les mener par raison, en s’accommodant autant qu'il est possible à leurs “sentiments et à leurs intérêts. sg Pour rendre la société #*commode, il ce que chacun conserve-saliberté : il faut se voir, Où ne se voir point, sans sujétion, se divertir ensemble, et même s’ennuyer ensemble; il faut se pouvoir séparer, sans que cette séparation apporte de changement; il faut se pouvoir passer les uns des autres, si on ne veut pas s’exposer à embarrasser quelquefois, et on doit se souvenir qu'on incommode souvent, quand on croit ne pouvoir jamais incommoder 6. Il faut contribuer, autant qu'on le peut, au divertissement des personnes avec qui on veut
vivre ; mais il ne faut pas être toujours? chargé du soin
G : de celui des autres.
Éditions du XVINI* siècle : raisons étrangères. G : leur faire apercevoir.
G : pour se divertir ensemble.
Cf. max. 242.
Ch : toujours être.